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Critiques

L’Autre, Sylvie Le Bihan

Ecrit par Martine L. Petauton , le Lundi, 26 Mai 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Seuil

L’Autre, mai 2014, 200 pages, 16 € . Ecrivain(s): Sylvie Le Bihan Edition: Seuil

 

Un thriller de livre, tenant en haleine son lecteur en quelques heures passées – toutes affaires cessantes – dans ces pages fortes. Un policier ? Que non pas ! Mieux, une enquête fine qui désosse au petit couteau de cuisine (et elle s’y connaît, Sylvie Le Bihan !) une relation, un couple, où l’une – celle qu’on suit, qu’on regarde – est défaite de bout en bout par l’autre. Une histoire de maltraitance conjugale ? d’un genre à part. Une affaire d’emprise ? Il y a de ça, en plus raffiné. Un Vaudou qui marcherait dans la rue ? Eh bien…

Scénario digne d’un film réussi (qui, soyons-en sûrs, naîtra un jour prochain) : une femme moderne (un peu naïve sous des abords délurés), en activité professionnelle porteuse, rencontre… – lecteurs qui tressaillent dès les premiers mots du Petit Chaperon rouge, s’abstenir – un de ces nouveaux séducteurs-trader, plein aux as, avocat d’affaires, comme les rues de La City de Londres en regorgent :

« Des spermatozoïdes vides en costume sombre dans une queue en érection… ils montaient, se bousculaient dans les escaliers, croche-pattes, délits d’initiés, évaluations à l’acide mensonge, coups bas et trahisons. De petits hommes… ».

Les autonautes de la cosmoroute ou Un voyage intemporel Paris-Marseille, Carol Dunlop et Julio Cortázar

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 26 Mai 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Récits, Gallimard

Les autonautes de la cosmoroute ou Un voyage intemporel Paris-Marseille, traduit de l’espagnol par Laure Guille-Bataillon et Françoise Campo, 281 pages, 25 € . Ecrivain(s): Carol Dunlop et Julio Cortázar

La célébration d’écrivains argentins au salon du livre de Paris en 2014 nous donne l’occasion de nous replonger dans la littérature de ce pays. Et par exemple dans ce récit, pas du tout argentin. Mais au départ un projet original : faire le voyage de Paris à Marseille en camping-car sans quitter l’autoroute une seule fois ; visiter deux parkings par jour en passant toujours la nuit dans le deuxième ; prendre note de toute observation pertinente ; écrire le livre de l’expédition en « s’inspirant peut-être des récits de voyages des grands explorateurs du passé ». Le projet littéraire : « raconter d’une façon tout à fait littéraire, poétique et humoristique, les étapes, événements et expériences divers que va nous offrir sans doute un voyage aussi étrange ». Résultat : Les autonautes de la cosmoroute, Un voyage intemporel Paris-Marseille par Carol Dunlop et Julio Cortázar.

L’autoroute n’est peut-être pas seulement « un ouvrage moderne minutieusement étudié pour permettre à des voyageurs, enfermés dans des capsules à quatre roues, de parcourir (rapidement) un trajet ». Mais qu’allait-il se passer avec une progression au ralenti alors que tout le monde fonce à toute allure ?

Conte de putes, Laura Gustafsson

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Mai 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays nordiques, Récits, Grasset

Conte de putes, traduit du finnois par Claire Saint-Germain, mai 2014, 400 p. 20,90 € . Ecrivain(s): Laura Gustafsson Edition: Grasset

Conte de putes est un récit iconoclaste et provocateur que l’on dévore à la fois surpris et réjoui, emporté par l’Odyssée improbable de ses héroïnes et saisi par l’acuité de son propos. Il scelle la rencontre entre une Virginie Despentes nordique et la tradition homérique, entre un univers trash et sombre et les grands mythes originels, de la Bible aux Métamorphoses d’Ovide. Kathy Acker avait ainsi revisité Don Quichotte dans une veine aussi corrosive.

Tout commence dans une Olympe version club-med, par une rivalité virile : pris de rage, Arès émascule le nouvel amant d’Aphrodite, le bel Adonis. La déesse décide alors de chercher ce dernier aux Enfers. Or, à l’aéroport, un groupe de suicidés l’induit en erreur… voilà Aphrodite au beau milieu de la Finlande. Passant par toutes les étapes du star-système, elle est portée aux nues puis bafouée, poursuivie par des hordes de paparazzi, avant de sombrer dans l’oubli. Sa renaissance a lieu dans une prison où elle devient l’étoile d’un show de téléréalité. Entre temps, elle a rencontré deux jeunes femmes, Milla et Kalla, qui deviennent ses acolytes dans sa quête de vengeance. En parallèle, nous sont rapportées les tribulations de ces deux servantes de la déesse dans le domaine de la prostitution, choisie ou subie. L’intervention d’Isis, implacable, vouant Kalla à épouser l’homme qui l’avait violée et qu’elle avait tué, se révèle particulièrement caustique et cruelle.

Yamabuki, Aki Shimazaki

Ecrit par Stéphane Bret , le Samedi, 24 Mai 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud, Québec

Yamabuki, avril 2014, 144 pages, 13,80 € . Ecrivain(s): Aki Shimazaki Edition: Actes Sud

 

Zakuro Toda est une jeune femme japonaise, partisane de l’égalité entre les sexes, du libre choix de son futur époux. Elle est la nièce de Mme Aïko Toda qui va fêter bientôt son anniversaire de mariage avec Tsuyoshi Toda, rencontré il y a déjà quelques décennies.

Pour assurer son choix, elle décide de prendre conseil auprès de sa tante, femme mûre et expérimentée. En apprenant la future visite de sa nièce, Aïko Toda remonte le fil de ses propres souvenirs, de sa jeunesse dans le japon de l’après-guerre, marqué par l’occupation américaine, le sort des prisonniers de guerre japonais détenus en Sibérie, et dont on ne sait s’ils sont toujours vivants ou exécutés. Elle se souvient des usages du Japon d’alors, de la bonne éducation que l’on doit acquérir pour trouver un mari. On y apprend qu’elle admire son époux, salarié d’un entreprise prestigieuse. Il voyage, se comporte comme un samouraï, sert les intérêts de son pays, contribue à sa restauration. L’auteure décrit les aspects de la vie quotidienne d’alors, le poids du miaï, sorte d’institution des mariages arrangés, qui pesait sur les destinées des Japonaises…

Education d’un enfant protégé par la Couronne, Chinua Achebe

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 23 Mai 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Afrique, Biographie, Récits, Actes Sud

Education d’un enfant protégé par la Couronne (The Education of a British-Protected Child), traduit de l’anglais nigérian par Pierre Girard, octobre 2013, 200 pages, 21,80 € . Ecrivain(s): Chinua Achebe Edition: Actes Sud

 

Chinua Achebe est un immense romancier. On le sait, bien qu’on ne le sache pas encore assez.

Mais Chinua Achebe est aussi un écrivain engagé, un homme politique, un militant des droits de l’homme en général, un défenseur des droits de l’homme africain en particulier, un défenseur farouche et éclairé de cette histoire de l’Afrique et de ses peuples qu’ont si régulièrement occultée, voire niée, les personnalités politiques et les historiens « occidentaux », jusque dans certaines phrases prononcées encore en 2007 par un président de la République des Droits de l’Homme dans le tristement célèbre discours de Dakar.

Chinua Achebe avait 78 ans lorsqu’il a achevé cet ouvrage au long titre, recueil d’essais, de discours, de réflexions, et de souvenirs personnels, souvent intimistes, marquant des étapes essentielles de sa vie de personnage public et de personne privée, et repérant les événements ayant provoqué ou accompagné l’évolution de sa pensée politique, et en particulier de sa vision personnelle des rapports de l’Afrique au reste du monde.