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Critiques

Je m’appelle Mina, David Almond

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 10 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse, Gallimard Jeunesse

Je m’appelle Mina, Folio Junior, mai 2014, traduit de l’anglais par Diane Ménard, 318 pages, 7 € . Ecrivain(s): David Almond Edition: Gallimard Jeunesse

 

 

Je m’appelle Mina est un véritable petit joyau, d’une rare luminosité, précieux dans sa sensibilité, sa justesse, la délicatesse, avec lequel il aborde des sujets difficiles comme la mort, le deuil, la différence, la difficulté d’être, la peur des autres, la tentation du suicide ; des sujets sombres et pourtant ce livre est illuminé de l’intérieur, habité d’une joie profonde. Il offre à travers le prisme – et quel prisme ! – des pensées de Mina, un merveilleux hommage à ce qui fait de nous des êtres véritablement humains : le questionnement, la beauté de la vie et de tout être vivant, l’amour, l’amitié, l’imagination, le sens poétique, le goût de l’aventure et de la liberté, la quête d’identité, l’authenticité et la force de surmonter ses peurs.

Chateaubriand et la violence de l’histoire dans les « Mémoires d’outre-tombe », Anne-Sophie Morel

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 07 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Editions Honoré Champion

Chateaubriand et la violence de l’histoire dans les « Mémoires d’outre-tombe », collection Romantisme et modernités, avril 2014, 672 p. 115 € . Ecrivain(s): Anne-Sophie Morel Edition: Editions Honoré Champion

Chateaubriand et la violence Rectifions immédiatement : non pas la violence, mais les violences. D’emblée, explique Anne-Sophie Morel, il apparaît impossible d’analyser la violence « d’une manière univoque, de la prendre comme un phénomène unique, et par là même d’en donner une définition absolue. Son caractère complexe réside dans la diversité des situations de violence. Il faut considérer ses acteurs – foule, individus isolés, État, armées –, leurs motivations, les modalités de production de la violence et la nature même de l’acte violent ». Celui-ci peut en effet consister en une atteinte, « soit à l’intégrité physique de l’adversaire, soit à son intégrité psychique et morale, soit à ses biens, soit à ses proches et à ses appartenances culturelles ». Et l’auteure d’ajouter avec finesse : « La violence représente une notion d’autant plus cruciale pour le discours qu’elle en parcourt tous les champs : ontologie, métaphysique, cosmologie, mais aussi politique, anthropologie, psychologie et esthétique. Dans chacun de ces domaines, elle joue un rôle, occupe une fonction spécifique et entretient des rapports de proximité avec d’autres concepts possédant des frontières communes. Aussi serait-ce appauvrir le sujet que de donner de la violence une définition objective, indépendante de la diversité et de la relativité des situations, et des critères invoqués ».

In girum imus nocte et consumimur igni, suivi de Ordures et décombres, Guy Debord

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Vendredi, 07 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Gallimard

In girum imus nocte et consumimur igni, suivi de Ordures et décombres, 160 p. 15,25 € . Ecrivain(s): Guy Debord Edition: Gallimard

 

In girum imus nocte et consumimur igni, Guy Debord

« Je suis exercé de longue date à mener une vie obscure et insaisissable ».

 

In girum imus nocte et consumimur igni de Guy Debord, est un film et un commentaire publié à Paris en 1978, projeté dans une salle du quartier Latin en 1981, republié en 1990, réédité en 1999, qui marque le temps, ponctue l’histoire, déborde l’actualité. Mais qui est cet auteur français vivant en Europe et échappant à tous les discours en place ? Lui, qui à 19 ans en 1955 parlait déjà de « l’incomplète libération de 1944 » et dont l’une des plus grandes bibliothèques déposant son véto face aux Américains a acheté pour un million d’euros les archives classées « trésor national » ? On imagine mal le poids des mots ou son envers : l’histoire. Revues, documents sonores, photos, documents visuels, correspondances, films, essais et mémoires, sont les maîtres-mots de cette écriture en perpétuel mouvement.

Pas pleurer, Lydie Salvayre

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Jeudi, 06 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Seuil

Pas pleurer, août 2014, Prix Goncourt 2014, 288 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Lydie Salvayre Edition: Seuil

 

Comment une histoire singulière croise « l’Histoire avec sa grande Hache » ?

Lorsque vous, lecteur inconnu, ouvrez le dernier roman de Lydie Salvayre, Pas pleurer, édité en août 2014 aux éditions du Seuil, vous devez en accepter l’originalité.

Alors, imaginez-vous au théâtre. Les trois coups sont frappés. Le rideau rouge s’écarte. Le décor est planté. Un salon. Le bruit du monde extérieur est aboli et nous sommes emportés dans un huis clos.

Une mère âgée de « quatre-vingt dix ans », à la mémoire qui flanche, est assise dans le fauteuil où elle passe ses jours, souvent près de la fenêtre. Ce jour-là, face à elle, sa fille, grande lectrice et écrivain, fervente adepte du terme juste, de la belle langue, l’écoute attentivement, pas tout à fait en silence. En effet, parfois, elle interrompt le déroulé des souvenirs maternels pour corriger certaines erreurs de langue. Mais pas à chaque fois. Ce serait fastidieux et mal venu. Alors elle laisse sa mère égrainer son récit à sa façon. Ce récit que la fille attend depuis bien longtemps.

Pistes noires, Jean-Baptiste Pedini

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 06 Novembre 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Pistes noires, Ed. Henry, octobre 2014, 30 pages, 8 € . Ecrivain(s): Jean-Baptiste Pedini

 

« Quelqu’un secoue des ombres à la fenêtre », ainsi débute ce petit recueil au format si sympathique de la collection La main aux poètes, aux Editions Henry. Un livre qui bien au chaud sous sa couverture noir glacé, ornée d’une encre d’Isabelle Clément, tient dans la main, se glisse aisément dans la poche…

« Quelqu’un secoue des ombres à la fenêtre »Pistes noires nous place dans la position de celui qui passerait sous cette fenêtre et la poussière d’ombres nous fait frissonner. « La ville respire fort », on l’entend parce que le silence qui enserre ce recueil de toute part est celui de l’hiver, l’hiver qui approche, l’hiver qui encercle, l’hiver qui saisit et nous transit, nous dépouille, nous isole et nous désole aussi parfois. On sait qu’il arrive quand on sent « Un air rude et compact. Derrière on devine une lame qui se démène pour passer au travers, pour desceller les souches noires de la nuit ».