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Critiques

Toute ressemblance avec le père, Franck Courtès

Ecrit par David Campisi , le Samedi, 30 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Toute ressemblance avec le père, août 2014, 440 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Franck Courtès Edition: Jean-Claude Lattès

 

Difficile, en lisant Toute ressemblance avec le père, de ne pas y voir une sorte de filiation ou d’héritage littéraire inconscient avec Une vie française de Jean-Paul Dubois ou, s’il nous est permis de traverser le spectre culturel, avec un film comme Le premier jour du reste de ta vie de Rémi Bezançon. Car c’est de cela qu’il s’agit, au fond ; raconter la fresque immense d’une famille au fil des âges, des épreuves, des aventures, du temps qui passe, des orages qui explosent, de la pluie qui trempe, du soleil qui écrase. Une fresque vivante, douloureuse et riche racontée dans un roman-fleuve qui couvre la vie entière de nombreux personnages – certains ne feront que passer, d’autres seront des fantômes, d’éphémères joies, de terribles menaces, d’improbables destins. Tous ces personnages auront pourtant un dénominateur commun : il s’appelle Mathis, et il nous est livré avec l’étiquette d’anti-héros sur le front. Nul avec les femmes – enfin, certaines, enfin, pas toujours – il boit trop, fréquente les mauvaises personnes, se pose les mauvaises questions, prend toujours les mauvais chemins et cherche à construire sa vie en empilant les mauvaises idées. Pourquoi pas.

Louise, Julie Gouazé

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Vendredi, 29 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Léo Scheer

Louise, août 2014, 161 pages, 18 € . Ecrivain(s): Julie Gouazé Edition: Léo Scheer

 

Ce premier roman brille par son écriture en lignes brisées, bousculant d’entrée de jeu la linéarité du récit :

Juin 1995. Lyon. Dans quelques semaines, Louise aura dix-huit ans. Ce week-end est le dernier avant l’épreuve de philo. Son amoureux s’appelle Marc. Louise a des parents, Marie et Roger, et une sœur.

Le ton est donné. Lapidaire. Objectif /objectal. Qui va devenir, au fil du récit, grinçant. Apprentissage de la vie.

La succession d’instantanés en accéléré, cadencés, nous plongent dans les années 95 et dans l’univers grandissant de Louise, « le Soleil » sur qui repose le cours du cercle familial bousculé, presque rompu dans la continuité quasi-parfaite de son cercle, par le Malheur injecté par ce qui arrive à l’étoile : la grande sœur de Louise, l’astre référent tombé de sa course solaire. Alice, l’aînée, l’icône pour Louise, est malade : Alice est alcoolique.

De toutes les richesses, Stefano Benni (2ème article)

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 29 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud, Italie

De toutes les richesses, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, juin 2014, 22 € (ce livre existe aussi en ebook, 16,99 €) . Ecrivain(s): Stefano Benni Edition: Actes Sud

 

 

« Il y a toujours quelque chose de caché à qui veut cacher »

Stefano Benni, in. Margherita Dolcevita, 2008 (Actes Sud)

 

Après avoir participé au Movimento de révolte de Bologne à la fin des années 1970, Stefano Benni conjugue son engagement politique à son goût pour la littérature comico-fantastique entre journalisme et auteur de romans, de nouvelles, de poèmes et de pièces de théâtre. La quasi-totalité de son œuvre est publiée en France par les éditions Actes Sud, dont notamment : Le Bar sous la mer (1989), Bar 2000 (1999), Saltatempo (2003), Margherita Dolcevita (2008), Pain et tempête (2011) et La Trace de l’ange (2013).

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?, Pierre Bayard

Ecrit par Ahmed Slama , le Vendredi, 29 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ?, 198 p. 15,20 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

 

 

Les livres de Pierre Bayard ne sont pas de simples livres théoriques, ce sont des hybrides, semblables au « Si par une nuit d’hiver voyageur » d’un certain Italo, des « fictions-théoriques », dira Pierre Bayard lors d’une interview (1), qui disposent chacune d’un narrateur spécifique, celui du livre qui nous occupe. Comment parler des livres que l’on n’a pas lus ? écorne un tabou : la non-lecture et pour celui-ci la lecture même n’est qu’une non-lecture (pourquoi ?). Dans le même temps que nous ouvrons un livre, ne refermons-nous pas le reste des livres existants ? La lecture n’annule-t-elle pas l’ensemble des œuvres restantes, à l’image de cette flaque de lumière, au théâtre, qui met en exergue un comédien mais plonge le reste de la scène dans le néant.

L’été des Noyés, John Burnside

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 28 Août 2014. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Métailié, La rentrée littéraire

L’été des Noyés (A summer of drowning). Août 2014. Traduit de l’anglais (Ecosse) par Catherine Richard. 320 p. 20 € . Ecrivain(s): John Burnside Edition: Métailié

 

Un roman de Burnside est toujours un moment d’éternité. Il n’y est pas de frontière spatiale, ni temporelle. Il n’y est pas de frontière non plus entre la réalité et le monde des chimères. Tout est suspendu dans l’air, incertain, improbable, oscillant, inquiétant. « Scintillation », son dernier opus avant celui-ci, nous avait déjà emmenés dans cet univers insécuritaire, menaçant, sans que l’on sache d’où, de qui, vient la menace. On ne sait même pas s’il y a vraiment menace. Un roman de Burnside dérange, questionne, ne répond pas, ne rassure jamais.

« L’été des noyés » emprunte – un peu – au roman noir : des jeunes gens disparaissent. Thème obsessionnel chez Burnside puisque dans « Scintillation » des enfants déjà disparaissaient. Mais il y a aussi du roman d’horreur : démons et forces du Mal sont à l’œuvre. Kyrre Opdahl, le vieux pêcheur en a convaincu la jeune Liv : Trolls, sirènes et par-dessus tout la Huldra – séduisante et terrible maîtresse du monde des Ténèbres – sont plus réels que ce qui semble être le réel. Le cadre de la Norvège septentrionale offre un écrin parfait aux fantasmagories les plus effrayantes : Lumière blanche et crue après l’interminable obscurité hivernale. Et dans l’entre-deux une période terrible d’entre-deux justement, où l’on perd le sens même de l’être.