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Critiques

Hérétiques, Leonardo Padura

Ecrit par Victoire NGuyen , le Jeudi, 15 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié

Hérétiques, août 2014, traduit de l’Espagnol (Cuba) par Elena Zayas, 620 pages, 24 € . Ecrivain(s): Leonardo Padura Edition: Métailié

Un hymne à la liberté et du libre arbitre

Le roman de Leonardo Padura adopte une structure narrative en millefeuille. En effet, Hérétiques englobe dans son écriture le genre policier, aventure, épopée et récits de voyage. Son sujet est donc riche mais aussi complexe à cause des ramifications qui existent entre les personnages et les époques. Leonardo Padura étale devant le lecteur les turbulences tragiques de la lointaine Pologne du XVIIème siècle. Il le guide aussi dans les dédales de la ville d’Amsterdam à l’époque de Rembrandt. Puis, il fait un saut dans le temps et plonge le lecteur dans le chaos de la Seconde Guerre Mondiale, de la dictature cubaine avant de le lâcher, plus serein, dans l’époque présente. Comment cette voie narrative est-elle rendue possible sans que le lecteur ne se perde dans ces sauts perpétuels dans le temps ?

C’est sans compter sur la virtuosité de notre auteur. En effet, le roman est scindé en quatre parties. Chacune est intitulée Le livre de… Elle est ordonnancée comme un récit biblique, celui du Premier Testament (selon l’appellation dans la doctrine théologique chrétienne). Ainsi, avons-nous Le livre de Daniel, Livre d’Elias, Livre de Judith, et la conclusion se voit attribuer le nom de Genèse qui répond à toutes les questions posées par le lecteur.

Scipion, Pablo Casacuberta

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 14 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié

Scipion, janvier 2015, traduit de l’espagnol (Uruguay) par François Gaudry, 262 pages, 18 € . Ecrivain(s): Pablo Casacuberta Edition: Métailié

 

Après avoir fermé le Scipion de Pablo Casacuberta, on comprend que l’auteur – jeune – ne signe pas ici un galop d’essai mais réussit parfaitement la difficile course d’obstacles des délicats rapports « fils-père ». Si le thème de la filiation irrigue la plupart des grandes œuvres littéraires, si la question de la maternité motive nombre d’auteurs, la problématique du fils et du père est bien plus délicate. Son universalité n’oblitère pas sa subtilité. Pâle Télémaque au regard d’Ulysse. Epoustouflante lettre au père de Kafka. Eblouissant Stephen héros sans qualité de Joyce…

Quoi ? Casacuberta aurait-il synthétisé le verbe et l’humour d’Homère, de Kafka et du grand maître ? Scipion le prouve tant il brouille les cartes d’Hamlet et d’Œdipe.

Comment le fils d’un illustre universitaire parviendra-t-il à recevoir l’héritage d’un père tout-puissant qui pousse un malin plaisir d’outre-tombe à léguer sous conditions ? Telle est la question qui nous tient sans cesse hors d’haleine lors de la lecture de ce Scipion très spécial.

Debout-payé, Gauz

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 14 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Debout-payé, éd. Le Nouvel Attila, septembre 2014, 172 pages, 17 € . Ecrivain(s): Gauz

 

« Debout-payé », voici la formule qui résume le quotidien d’un vigile. Cette formule est à mettre au compte d’Ossiri, le narrateur de ce récit satirique, largement inspiré par la propre expérience de l’auteur. Un petit traité sur certains des êtres invisibles dont regorge notre société.

« Ceux qui ont une expérience du métier savent ce qui les attend dans les prochains jours : rester debout toute la journée dans un magasin, répéter cet ennuyeux exploit de l’ennui, tous les jours, jusqu’à être payé à la fin du mois. Debout-payé ».

Ossiri nous conte comment il est entré dans cette illustre profession et nous livre de nombreuses perles et anecdotes sur les coulisses du métier sous la forme d’un amusant glossaire. Mais il revient également sur le parcours similaire de son propre père, vivant de son activité de vigile tout en suivant ses études.

L’Isle lettrée, Mark Dunn

Ecrit par AK Afferez , le Mercredi, 14 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman

L’Isle lettrée, Elya Editions, mai 2013, traduit de l'américain par Marie-Claude Plourde, 221 pages, 20€ . Ecrivain(s): Mark Dunn

 

Traduire une œuvre littéraire n’est jamais chose aisée. Alors comment pensez-vous traduire un roman oulipien basé sur un lipogramme qui progressivement réduit le nombre de lettres pouvant être utilisées ? C’est le défi qu’a relevé Marie-Claire Plourde en traduisant Ella Minnow Pea de Mark Dunn.

Au départ, Ella Minnow Pea est un roman épistolaire doublé d’une satire politique sur la liberté d’expression et d’un tour de force linguistique. La protagoniste éponyme est une jeune fille vivant sur l’île fictive de Nollop, au large des côtes de la Caroline du Sud. L’île est nommée d’après Nevin Nollop, lettré et auteur du fameux pangramme anglais « The quick brown fox jumps over the lazy dog » (pour rappel, un pangramme est une phrase oulipienne, la plus courte possible, qui contient toutes les lettres de l’alphabet). Cette phrase lui vaut une adulation éternelle auprès des habitants qui l’ont inscrite au fronton d’une statue érigée en l’honneur de Nollop. Lorsque certaines lettres, mal fixées, commencent à tomber, le Haut Conseil qui dirige l’île y voit un message d’outre-tombe de Nollop et décide de les bannir de toute communication, orale ou écrite, sous peine de lourdes sanctions (réprimande publique, flagellation ou pilori, exil forcé).

Mes Oncles d’Amérique, Françoise Bouillot

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 13 Janvier 2015. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Récits, Joelle Losfeld

Mes Oncles d’Amérique, janvier 2015, 72 pages, 9 € . Ecrivain(s): Françoise Bouillot Edition: Joelle Losfeld

 

Petit récit et grand plaisir. On lit ce livre d’une traite, sans que l’intérêt ne faiblisse un instant. Deux femmes se souviennent des « oncles d’Amérique ». Et, avec eux, par eux, elles se souviennent d’une époque de leur toute jeunesse, d’un univers aujourd’hui disparu d’un New-York qu’elles ont quitté depuis pour Montmartre – et qui s’est effacé. Pas dans les mémoires. Dans la réalité et même dans le nom. Alphabet City – qui s’appelait ainsi car ses rues portaient toutes des noms de lettres – A, B, C … – est devenu East Village et la bohême est morte.

Des mondes qui disparaissent constituent le thème récurrent de ce récit. Les deux oncles connus et aimés à NY, étaient anglais et avaient quitté l’Angleterre dans des conditions aussi mystérieuses que sulfureuses. L’Angleterre s’était dissoute pour eux dans un déni farouche. Surtout de la part d’onc’ Peter, le plus rigide des deux. Ils forment un couple de vieux homosexuels à la fois drôles et teintés d’amertume.