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Roman

Les dents de ma mère, Amandine Cornette de Saint Cyr

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mercredi, 04 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Plon

Les dents de ma mère. mars 2012. 150 p 15 € . Ecrivain(s): Amandine Cornette de Saint Cyr Edition: Plon


« Bonjour, je m’appelle Anne. J’ai vingt-sept ans et je suis accro à ma mère. Dès la conception, j’ai vécu la dépendance en me shootant au cordon et, à la naissance, en me soulant à ses mamelles, à raison de dix tétées par jour. Sevrée une première fois, j’ai replongé en sniffant son foulard, puis j’ai continué en me piquant aux câlins, aux bisous, aux caresses, aux « je t’aime » jusqu’à l’overdose. J’ai bien essayé de décrocher, mais à force de pourvoir à tous mes besoins, elle m’en a empêchée. » (pages 36-37)


Anne aurait effectivement besoin d’un groupe de parole pour exposer son problème. Mais elle n’en dispose aussi pas, aussi c’est seule avec elle-même qu’elle tente courageusement de se sortir des griffes - et des dents - de sa génitrice. Or, si la promesse est belle et le prince charmant, il n’est finalement pas certain que le jeu en vaille la chandelle : « Comment peut-il espérer que je troque l’amour éternel d’une mère contre celui, précaire, d’un homme ? » (pages 135-136)

Cheyenne en automne, Willy Vlautin

Ecrit par Alexandre Muller , le Lundi, 02 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, 13ème note éditions

Cheyenne en automne, traducteur Luc Baranger, 4 Avril 2012, 320 p. 19 € . Ecrivain(s): Willy Vlautin Edition: 13ème note éditions

Charley devient un ami. Un frère. Ou un fils. De le connaître rend heureux. De le quitter attriste.

Charley, 15 ans, aime courir. Pas seulement pour incorporer une équipe de football. Sa façon de fuir. Même s’il l’aime son père. Son père aime avant tout ses plaisirs. Les femmes. La fête. L’alcool. Les emmerdes qui vont avec. Alors Charley court jusqu’à plus de souffle.

Ils sont arrivés à Portland, en Oregon, une semaine avant. Pour un boulot de cariste, un boulot sans lendemain de plus. En laissant quasiment toutes leurs affaires dans l’état de Washington. Mis à part quatre chaises, des gamelles, des casseroles, des poêles, leurs fringues, la télé, le lit de son père. Dans deux cartons et un sac poubelle, deux coupes, des bouquins et des photographies. Loin du Wyoming et de sa tante Margy. Loin de sa mère qui vit on ne sait où. Loin de Spokane. Loin de ses copains. Pour un quartier des années 40 en piteux état, le Delta Park. Alors Charley court jusqu’à plus de souffle.

Par-delà les entrepôts, en passant sous les ponts, par-delà les ateliers, casse automobile et autre magasin de pièces détachées de pièces automobiles, un champ de courses. Avec les chiens, les chevaux sont les animaux préférés de Charley. Même si en dehors de la télé il n’en a jamais aperçu qu’au rodéo. Après quelques pompes, Charley court sur le chemin du retour.

Le Condottiere, Georges Perec

Ecrit par Martine L. Petauton , le Dimanche, 01 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Seuil

Le Condottiere, Georges Perec, roman posthume (1960), Seuil (La librairie du XXIème siècle), Mars 2012, 202 p. 17 € . Ecrivain(s): Georges Perec Edition: Seuil

Une histoire simple que ce vieux Perec, jeune et fougueux comme la grande littérature.

Un Gaspard, particulièrement doué, vit comme un Janus : une face claire, officielle où il restaure les tableaux d’un grand musée ; la face à l’ombre, lucrative, aventureuse, d’un faussaire de haut vol. « Cent vingt, cent trente faux… oui, ça m’a toujours amusé… ». Arrive le moment où échouer sur un tableau ; ce « Condottiere d’Antonello de Messine » du Quattrocento, le conduit au meurtre – bien sanglant – du commanditaire, afin d’en finir avec cette part insupportable de lui-même : « Madera… il était vivant. Il allait être mort. J’étais mort, j’allais être vivant ».

On a beaucoup écrit sur ce roman qui passionne ; pensez ! Un Perec, sorti d’une vieille malle ! Refusé par le gratin de l’édition de l’époque (1960) « quant au Condottiere, merde pour celui qui le lira ! » s’énerva le grand Georges, au seuil de son immense talent.

Mais, c’est une sacrée chance que ce livre ne nous arrive que maintenant ; il va avec cette librairie du XXIème siècle, où, finement, l’a classé Le Seuil. C’est un livre qui ne peut que nous plaire : à la fois, sobre et dense, mélangeant genres et sonorités ; il est, au bout, à l’image de sa couverture : visage formidablement présent du chef de guerre, sur ce fond noir-abîme d’une modernité sans pareille.

De beaux lendemains, Russel Banks

Ecrit par Alexandre Muller , le Dimanche, 01 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Babel (Actes Sud)

De beaux lendemains, 327 pages, trad. Christine le Bœuf, 8,50 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Babel (Actes Sud)


Cela débute par un frisson de quarante pages. Une catastrophe est annoncée entre les lignes. « Un chien – c’est un chien que j’ai vu, j’en suis sûre. Ou que j’ai cru voir ». « Ça ressemblait au fantôme d’un chien, ce que j’ai vu : une tache floue, d’un brun roussâtre, beaucoup plus petit qu’un chevreuil ». « Ça a ralenti et ça s’est arrêté pile au milieu de la route, comme hésitant à continuer ou à revenir sur ses pas ».

Celle qui s’exprime s’appelle Dolorès Driscoll, conductrice du bus scolaire à Sam Dent, petite bourgade au Nord de l’état de New-York. Dolorès qui ravive les souvenirs de cette journée. « Le jour était juste levé à ce moment-là et, comme je l’ai dit, il neigeait, alors qu’au matin, quand j’étais sortie de chez moi avant de commencer ma tournée, il faisait noir, évidemment, et il n’y avait pas de neige ».

Au fur et à mesure de la tournée, le bus parcourt Sam Dent, marque l’arrêt, ramasse les enfants. Qui sont ces enfants ? Qui sont leurs parents ? Quelles places occupent-ils dans la vie communautaire ? Que dit-on et que sait-on vraiment d’eux ? Quelle est la vie à Sam Dent ?

Twisted Tree, Kent Meyers

Ecrit par Yann Suty , le Vendredi, 30 Mars 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Gallmeister

Twisted Tree Traduit de l’américain par Laura Derajinski. 02/2012 – 322 pages, 23,80 € . Ecrivain(s): Kent Meyers Edition: Gallmeister


Un tueur rôde sur l’autoroute I-90, près de la petite ville de Twisted Tree, dans le Dakota du Sud. Ses proies : les jeunes filles anorexiques. Ce livre est-il encore une histoire de tueur en série ? Encore un tueur en série américain comme il en pullule dans nombre de romans, de séries, de films ? Petite originalité ici, l’action prend place dans le Dakota du Sud, c’est-à-dire au milieu des grands espaces, des paysages magnifiques, à perte de vue, des terres non colonisés par l’homme, où la nature a encore tous ses droits.

Mais Twisted Tree ne va pas du tout là où on l’attend. Ce livre n’est pas une enquête, avec police, indice, suspect, pour remonter la trace du meurtrier. Les amateurs de polar en seront sans doute pour leur frais. Non, ce livre n’est pas un livre sur un tueur en série.

Le premier chapitre met en scène le tueur. Il cède ensuite la place, et la parole, à un autre personnage. Et cet autre cédera la parole à quelqu’un d’autre. Et ainsi de suite. Au total, douze personnages se succéderont. Chaque intervenant est un habitant de cette petite communauté de Twisted Tree, et va être confronté de près ou de loin, ou pas du tout, ou très indirectement, aux meurtres de l’autoroute.