Identification

Roman

La chambre à remonter le temps, Benjamin Berton

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 29 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard, La rentrée littéraire

La chambre à remonter le temps. 380 pages, 22 €. Septembre 2011 . Ecrivain(s): Benjamin Berton Edition: Gallimard

En voilà un livre étrange qui mêle avec brio hyper réalisme et science-fiction.

Le narrateur, Benjamin Berton lui-même, (d’ailleurs, le bandeau du livre indique qu’il s’agit d’une « histoire vraie ») s’installe avec sa femme, Céline, et sa fille, Ana, dans une nouvelle maison au Mans. Tout commence sous les meilleurs auspices. La vie prend le tour d’un rêve.

Mais le rêve devient peu à peu bien morne, cède la place à l’ennui. Chaque jour semble le jumeau du précédent, rien ne se passe, tout est tout le temps pareil. Le boulot. Les transports. Les semaines passent en attendant les week-ends.

Il y a bien les voisins qui sortent quelque cette vie de la torpeur. Benjamin se retrouve à former une sorte de milice, loin de toutes ses convictions, pour faire des rondes la nuit et alpaguer d’éventuels délinquants, comme un taggueur qui parsème quelques murs de ses signatures colorées. Mais Le Mans n’est pas exactement le Bronx…

Et pendant ce temps là, ses rapports avec Céline se détériorent.

Le droit chemin, David Homel

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 28 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Actes Sud

Le droit chemin, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Voillot, Mars 2011. 404 pages, 23 €. . Ecrivain(s): David Homel Edition: Actes Sud

 

Montréal aujourd’hui. L’universitaire Ben Allan est en pleine crise de la cinquantaine. Il vient de gagner un prix pour une étude confidentielle consacrée à la dromomanie ou besoin de fuite, de prendre la route d’une catégorie d’hystériques au masculin. Son fils Tony le met en déroute malgré ses tentatives pour nouer le contact via la télévision. Sa femme Laura semble s’échapper et ne le comprend pas. C’est pourtant avec elle qu’il veut entamer une liaison et non avec cette jeune chargée de communication de la faculté, Carla McWatts qui le poursuit de son charme vénéneux. Mais la tentation ne le quitte pas et ce désir non assouvi est l’une des surprises et des réussites du livre.

Pour tenter de démêler cet écheveau inextricable qu’est devenue sa vie, Ben s’occupe de son père, un personnage haut en couleurs. « – Un jour, tu me remercieras de t’avoir donné une enfance malheureuse, promit-il à son fils. Ça te fera un sujet de livre ». Le vieux Morris est un juif de Chicago irascible, libidineux, transplanté au Québec pour entrer dans une maison de retraite où il sème la pagaille. Sa tirade lancée à un groupe de Juifs hassidim est un morceau d’anthologie. Ce personnage se révèle exceptionnel de cruauté, de drôlerie et de bon sens.

Murambi, le livre des ossements, Boubacar Boris Diop

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 27 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Zulma

Murambi, le Livre des ossements, avril 2011, 269 pages, 18 €, réédition 11 ans après la sortie du livre, assorti d’une postface. . Ecrivain(s): Boubacar Boris Diop Edition: Zulma

 

Et puis, il y a ce livre là…

Rwanda des grands lacs de sang – on connaît tous : génocide, Hutu, Tutsi, machettes, images, récits, souvenirs – 1994, cadavres basculés par le lac Victoria au pays voisin des safari de lumière… débats ; rôle des occidentaux, la main sur le cœur – la France, notamment ; le passé qui ne passe pas, une fois de plus ; silence assourdissant du monde : « la coupe du monde de foot allait bientôt débuter aux États-Unis, rien d’autre n’intéressait la planète… la même vieille histoire de nègres en train de se taper dessus »… On en a lu des livres et, des beaux – pensons à Dans le nu de la vie et Une saison de machettes de Jean Harzfeld ; on en a entendu des témoignages qui laissent sans voix…

Mais il y a ce livre là… des pages serrées, millimétrées, tressées de phrases sèches qui disent tout : « sur cette rivière, le Nyabarongo, on a dénombré pendant le génocide jusqu’à 40.000 cadavres en train de flotter en même temps. On ne pouvait même plus voir l’eau… ».

Sunset Park, Paul Auster

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 25 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Actes Sud, La rentrée littéraire

Sunset Park, septembre 2011, 320 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Actes Sud

Il paraît bien loin le temps des livres majeurs. De ces œuvres qui marquent durablement, comme Paul Auster en a publié entre la fin des années 80 et le début des années 90. Un âge d’or, une période de grâce, avec des livres comme Cité de verre, La Chambre dérobée, Leviathan ou La Musique du hasard. Et puis, il y a ensuite comme une cassure, qu’on pourrait dater de l’époque de Smoke, le film (d’ailleurs fort charmant et habile) dont Paul Auster signa le scénario pour Wayne Wang. Est-ce que le cinéma a dynamité la verve créatrice de l’écrivain new-yorkais ? Car après cette première incursion avec lendemain, Paul Auster ne nous livra plus d’œuvres aussi mémorables. Il baissa d’un cran. Il alterna les ouvrages de bonne facture, mais qui n’atteignirent pas des sommets (La Nuit de l’oracle, Le livre des illusions), avec d’autres moyens, voire franchement médiocres (Tombouctou, Seul dans le noir).

Et Sunset Park, dans quelle catégorie est-il à ranger ?

Ça commence bien, même très bien, comme du bon Paul Auster. Le livre raconte l’histoire d’un homme, Miles Heller qui, rongé par la culpabilité après avoir provoqué la mort de son demi-frère, Bobby, a tout claqué. Il a abandonné ses études, quitté le domicile new-yorkais parental pour errer de petits boulots en petits boulots. Sept ans plus tard, il se retrouve à Miami, en Floride, à vider les maisons  abandonnées en hâte par leurs habitants victimes de la crise des subprimes.

L'homme qui marchait sur la lune, Howard McCord

, le Mercredi, 21 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Gallmeister

L’homme qui marchait sur la lune, Howard McCord, Coll. Totem, 2008 et 2011, Trad. De l’américain par Jacques Mailhos, 136 p. . Ecrivain(s): Howard McCord Edition: Gallmeister

Le premier mot du roman est « je », le dernier est « lumière », c’est tout dire. Ce livre est une visée, une ligne, une ligne de fuite tendue, linéaire, droite, celle de la course d’une balle, des balles, d’un tueur, l’auteur, le héros et qui s’achève éblouissante. C’est une ligne courbe aussi, ondulante, onduleuse, hier celle de la fuite dans les montagnes enneigées de la Corée en guerre, sur les vagues, aujourd’hui celle de la marche sur la montagne de la Lune, dans les rochers. Toujours menée par le « je » suceur de cartouches de cuivre, nous épousons les circonvolutions de la ligne lorsqu’elle est arabesque, marche, le souffle lorsqu’elle est course de fond, nu, attente puis tir, coup, car tout finit par une explosion, un écrasement, un arrêt, une mort, des morts.

Soyons plus clairs. L’argument est simple et court. William Gasper, un ancien militaire, cinquante ans, gaucher, frugal, « mangeant ce qu’il mange », barbu, solitaire, tueur à la retraite, marcheur aux ancêtres ordinaires mais un peu celtes, gallois, un container pour logis mais sans souci d’argent, passe son temps sur la montagne de la Lune qu’il parcourt en tous sens. Le passé le rattrape. Des tueurs le cherchent. Le trouvent. Il les trouve aussi et ça finit mal, très mal.