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Roman

Mémoires du serpent, Michel Host

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 10 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Hermann

Mémoires du serpent, 2010, 170 pages, 22 € . Ecrivain(s): Michel Host Edition: Hermann


Dans ces Mémoires du Serpent, on y entre et on y plonge même, avec un plaisir quasi enfantin, et il s’agit bien de cela, d’une fable fantaisiste et ludique, mais néanmoins pleine de fond et de sens. Ces Mémoires du Serpent ne sont rien de moins que la véritable histoire de la Genèse, narrée par celui qui en fut le maître d’œuvre, connu sous le nom de Satan et bien d’autres noms encore plus ou moins désobligeants, et à côté de laquelle la version de la Bible fait figure de mauvaise et lugubre plaisanterie.

« Pourquoi ne m’ont-ils pas reconnu, moi leur créateur, si visible, à leurs pieds parmi les herbes, dans les trous de la terre, ou sous leurs yeux dans les branches des arbres ? Mon nom est Heywa. Je suis l’envers et l’endroit, je suis la vie riante et belle, la vie sombre et laide, je suis le commencement et la fin, le serpent coloré qui aime à dérouler ses anneaux dans les ténèbres et dans la lumière ».

Pourfendeur des nuages, Russell Banks

Ecrit par Alexandre Muller , le Samedi, 07 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Babel (Actes Sud)

Pourfendeur des nuages, traduction Pierre Furlan, 867 p. 13,50 € . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Babel (Actes Sud)


Si une époque a sa propre morale doit-on lui céder ses idéaux ?

Quelles limites morales imposent une cause défendue ?

A la veille de la Guerre de Sécession les états d’Amérique mènent deux politiques bien distinctes. Au Sud règne la slavocratie, tandis qu’au Nord l’esclavagisme est aboli. Deux politiques, deux morales.

La lutte contre l’esclavagisme compte parmi ses rangs des philosophes, des pacifistes, des politiques, des hommes de foi, et en marge, des radicaux prônant la lutte armée. Les radicaux sont souvent traités de terroristes dans un camp comme dans l’autre. Les terroristes sont facilement taxés de folie illuminée.

John Brown, le célèbre abolitionniste était-il fou ? Quelques années après la guerre civile, alors que les historiens entament leur travail, l’étudiante Mlle Mayo part à la rencontre du seul survivant du clan Brown pour répondre à cette question et tenter d’éclairer la face radicale de la lutte contre l’esclavage.

Cuisine tatare et descendance, Alina Bronsky

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 06 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Actes Sud

Cuisine tatare et descendance, trad. allemand par Isabelle Liber, mars 2012, 331 p., 23 € . Ecrivain(s): Alina Bronsky Edition: Actes Sud


Ce roman affirme un talent de conteuse dont on craint par avance de ne pas bien rendre compte. Trois points au préalable par souci de clarté. Un : les années quatre-vingt dans l’Union soviétique finissante, dans une ville située à vingt-sept heures de train de Moscou. Les personnages principaux sont tatars. Deux : Rosalinda Akmetovna a la cinquantaine au début du roman, lorsque naît sa petite-fille Aminat ; celle-ci, à la fin du récit, aura trente ans ; ce qui fait donc pour Rosalinda quelque quatre-vingts ans. Rosalinda, c’est elle le roman. C’est elle qui raconte, c’est elle l’axe autour duquel tout tourne. Trois : ces mots de Bertolt Brecht : « D’abord la bouffe, ensuite la morale ». Ç’aurait pu être une épigraphe pour Cuisine tatare et descendance.


« Peur ??? De moi ??? Qui pourrait bien avoir peur de moi ? Personne n’a à avoir peur. Je ne veux que le bien de tous. Mets ton assiette dans l’évier, espèce de tyran ! »

Les dents de ma mère, Amandine Cornette de Saint Cyr

, le Mercredi, 04 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Plon

Les dents de ma mère. mars 2012. 150 p 15 € . Ecrivain(s): Amandine Cornette de Saint Cyr Edition: Plon


« Bonjour, je m’appelle Anne. J’ai vingt-sept ans et je suis accro à ma mère. Dès la conception, j’ai vécu la dépendance en me shootant au cordon et, à la naissance, en me soulant à ses mamelles, à raison de dix tétées par jour. Sevrée une première fois, j’ai replongé en sniffant son foulard, puis j’ai continué en me piquant aux câlins, aux bisous, aux caresses, aux « je t’aime » jusqu’à l’overdose. J’ai bien essayé de décrocher, mais à force de pourvoir à tous mes besoins, elle m’en a empêchée. » (pages 36-37)


Anne aurait effectivement besoin d’un groupe de parole pour exposer son problème. Mais elle n’en dispose aussi pas, aussi c’est seule avec elle-même qu’elle tente courageusement de se sortir des griffes - et des dents - de sa génitrice. Or, si la promesse est belle et le prince charmant, il n’est finalement pas certain que le jeu en vaille la chandelle : « Comment peut-il espérer que je troque l’amour éternel d’une mère contre celui, précaire, d’un homme ? » (pages 135-136)

Cheyenne en automne, Willy Vlautin

Ecrit par Alexandre Muller , le Lundi, 02 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, 13ème note éditions

Cheyenne en automne, traducteur Luc Baranger, 4 Avril 2012, 320 p. 19 € . Ecrivain(s): Willy Vlautin Edition: 13ème note éditions

Charley devient un ami. Un frère. Ou un fils. De le connaître rend heureux. De le quitter attriste.

Charley, 15 ans, aime courir. Pas seulement pour incorporer une équipe de football. Sa façon de fuir. Même s’il l’aime son père. Son père aime avant tout ses plaisirs. Les femmes. La fête. L’alcool. Les emmerdes qui vont avec. Alors Charley court jusqu’à plus de souffle.

Ils sont arrivés à Portland, en Oregon, une semaine avant. Pour un boulot de cariste, un boulot sans lendemain de plus. En laissant quasiment toutes leurs affaires dans l’état de Washington. Mis à part quatre chaises, des gamelles, des casseroles, des poêles, leurs fringues, la télé, le lit de son père. Dans deux cartons et un sac poubelle, deux coupes, des bouquins et des photographies. Loin du Wyoming et de sa tante Margy. Loin de sa mère qui vit on ne sait où. Loin de Spokane. Loin de ses copains. Pour un quartier des années 40 en piteux état, le Delta Park. Alors Charley court jusqu’à plus de souffle.

Par-delà les entrepôts, en passant sous les ponts, par-delà les ateliers, casse automobile et autre magasin de pièces détachées de pièces automobiles, un champ de courses. Avec les chiens, les chevaux sont les animaux préférés de Charley. Même si en dehors de la télé il n’en a jamais aperçu qu’au rodéo. Après quelques pompes, Charley court sur le chemin du retour.