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Roman

Red Grass River, James Carlos Blake

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 26 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Rivages/Thriller

Red Grass River, (Red Grass River : A Legend, 1998), trad. de l’anglais (USA) par Emmanuel Pailler, Mai 2012, 414 p. 23,50 € . Ecrivain(s): James Carlos Blake Edition: Rivages/Thriller

Quatrième roman de James Carlos Blake après L’homme aux pistolets, Les amis de Pancho Villa et Crépuscule sanglant, Red Grass River est le septième à être traduit chez Rivages (Un monde de voleurs et Dans la peau, plus récents, ont été traduits en France avant lui). Une précision qui n’est pas qu’anecdotique puisque, d’évidence, on se trouve là, par les thèmes abordés, à la croisée des chemins quelque part entre Crépuscule sanglant et Un monde de voleurs (et même si un autre roman pas encore traduit chez nous, Wildwood Boys, s’insère dans la bibliographie de Blake entre Red Grass River et Un monde de voleurs).

En effet, en nous contant les douze années de l’épopée de ce qui deviendra le gang Ashley, braqueurs et trafiquants d’alcool des Everglades, entre 1912 et 1924, et en axant son récit sur la haine brûlante d’une amitié quasi fraternelle et déçue entre John Ashley et le sheriff Bob Baker, James Carlos Blake reprend là les ingrédients qui sont la marque de ses romans : l’amour et la haine fraternels, la fidélité au clan familial, l’esprit de vengeance et de conquête d’une nouvelle Frontière, et la construction chaotique d’un pays.

Temps du rêve, Henry Bauchau

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 24 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud

Temps du rêve, Actes Sud, Un endroit où aller, 71 p. 13 € . Ecrivain(s): Henry Bauchau Edition: Actes Sud

 

Le passage, du temps de l’enfance à l’adolescence, du temps de l’amour parental et des rêves d’enfant, à ce basculement que représente le premier amour, et les rêves plus flous qui l’accompagnent : « Il me semble que tout ce qui m’amusait jadis ne m’est plus d’aucun prix. Je suis précipité dans le rêve et la solitude, d’un seul coup » (p.44). Rien de plus classique, mais ici l’échange prend place, et c’est aussi ce qu’il a de particulier, en quelques heures, quelques heures qui irradient toute une existence, par ce rapprochement dans le temps, du jeu et de l’amour :« Nous n’avons joué ensemble qu’une seule fois, mais d’une façon qui m’a illuminé et elle aussi » (préface).

Henry Bauchau revit, après la perte d’un grand amour, cet après-midi d’été qui a ouvert sa vie à cet appel d’air : lui a onze ans, elle, huit, cet âge où comme il l’écrit, le « genre » de la petite fille est encore indéterminé : « (…) de suite un peu brutale comme elles le sont souvent à cet âge où elles possèdent, sans pouvoir s’équilibrer, les forces garçonnières » (p. 26). Un « petit diable », un garçon manqué, un lutin, une fée ? En tout cas une initiatrice. En ces quelques heures, une porte s’ouvre, qui ne se refermera plus. Le monde apparaît clivé, dans une sorte de deuxième naissance : le cœur s’éprouve battre :

Triple Crossing, Sebastian Rotella

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Mercredi, 23 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Editions Liana Levi

Triple Crossing, traduit de l’anglais par Anne Guitton, Avril 2012, 22,50 € . Ecrivain(s): Sebastian Rotella Edition: Editions Liana Levi

 

Succès salué aux Etats-Unis, où le roman a été sélectionné, par le New York Times, dans les catégories meilleur roman policier et meilleur premier roman, Triple Crossing est brillant et palpitant. Journaliste d’investigation spécialiste des questions d’immigration illégale et des problèmes liés aux trafics, Rotella livre un western noir très documenté, où, dit-il, tout est vrai : situations, détails, comportements, langages, violence, corruption.

Valentin Pescatore est un jeune agent de la Frontalière chargé d’arrêter les clandestins qui tentent massivement de passer la ligne et d’entrer aux Etats-Unis. Et quand ce n’est pas des familles entières habillées comme pour le bal, son job est d’empêcher les trafics divers : humains, marchandises, drogues. Il doit composer également avec certains agents patrouilleurs qui n’hésitent pas à recourir à la violence (on lui explique qu’elle est même attendue des illégaux), au racket et à des jeux avilissants. Valentin, lui, reste humain et donne souvent argent ou conseil aux immigrants.

Ça débute comme ça :

La douceur de la vie, Paulus Hochgatterer

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 22 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Langue allemande, Quidam Editeur

La douceur de la vie. Trad. Allemand (Autriche) Françoise Kenk. mars 2012. 287 p. 22 € . Ecrivain(s): Paulus Hochgatterer Edition: Quidam Editeur

 

Le titre français est une sorte de parfaite antiphrase. C’est un polar sombre venu d’un pays dont les symptômes ne le sont pas moins. L’Autriche d’aujourd’hui.

Il faut dire d’entrée que le décor, une petite ville autrichienne quasi rurale, est le cadre idéal pour une plongée inquiétante dans les maux qui ravagent la société autrichienne (seulement autrichienne ?) et ses citoyens : la haine de l’autre, la xénophobie, l’individualisme. Ils font une toile de fond permanente à l’enquête sur un meurtre que se partagent un flic débonnaire, Ludwig Kovacs, et un psychiatre pour adolescents, pessimiste mais plein d’humour, Raffael Horn (« double » de l’auteur, psychologue pour enfants ?).

« Les crânes rasés avaient commencé par boire du champagne à la bouteille, puis ils avaient levé et laissé retomber les chaises. Pour finir, avec des restes de bougie rouge, ils avaient écrit sur le mur « les étrangers dehors », en chantant en chœur Ils tremblent, les os pourris. Quant à un vieil homme qui avait dit n’avoir que trop entendu ce chant dans sa vie, ils lui avaient cassé le nez avec un moulin à poivre. »

Yasunari Kawabata, Pays de Neige

Ecrit par Victoire NGuyen , le Dimanche, 20 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Le Livre de Poche, Japon

Pays de neige. 190 p. 4,50 € . Ecrivain(s): Yasunari Kawabata Edition: Le Livre de Poche

Pays de neige : une peinture impressionniste

 

Lorsque l’Impressionnisme est exposé dans les galeries de Paris, le public s’interroge devant ces « taches » qu’on érigeait avec arrogance en « peinture ». D’une certaine façon, on a raison d’appeler cela des taches. Mais quelles taches ! Car il faut les saisir toutes et s’écarter légèrement de la toile pour entrevoir la merveilleuse beauté qu’elles offrent dans leur totalité. Le public peut alors s’extasier devant le spectacle des Nymphéas qui tantôt se dévoilent, tantôt se dérobent jouant à souhait avec la lumière versatile et pure.

D’une certaine façon, Pays de Neige réussit un pari fou, érigeant la prose en toile impressionniste. C’est une peinture chatoyante composée d’un camaïeu de rouges évoquant l’aube et le déclin du jour mais aussi comme par un jeu de croisement entre le spectacle de la nature et l’âme, le soubassement d’une conscience ébréchée où la folie menace la raison de Komako. Komako, la geisha à la chevelure noire, vêtue de rouge, l’amoureuse, la passionnée qui se donne corps et âme à Shimamura dans le silence. Mais rouge aussi la déferlante de la passion qui crie sa souffrance dans l’incendie embrasant le ciel, détruisant la sereine beauté de Yokô, la rivale, qui préfigure déjà Les Belles Endormies.