Identification

Roman

Acharnement, Mathieu Larnaudie

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 18 Septembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, La rentrée littéraire

Acharnement, août 2012, 208 p. 19 €. . Ecrivain(s): Mathieu Larnaudie Edition: Actes Sud

 

Nul besoin de se plonger dans l’une des nombreuses biographies ou dans l’un des divers essais politiques qui accompagnent notre changement de règne. Acharnement nous propose une plongée dans les coulisses peu reluisantes, dans la cruelle fabrique de la parole politique. Ce roman détone par sa force satirique et sa lucidité, ses choix d’écriture audacieux, sa composition impeccable qui rappelle celle de L’Exercice de l’Etat.

Retiré de la vie politique et de la « confrérie des plumes », Müller s’est retranché dans une campagne aussi profonde que commune. Il croit avoir trouvé son Jardin d’Eden et tente d’y rédiger le discours parfait, revanche à son licenciement. Avec pour seule compagnie, un jardinier peu loquace dénommé Marceau. Alors que Müller s’acharne sur son texte, Marceau modèle la nature, la métamorphose en un parc luxuriant et les suicidés pleuvent depuis le viaduc qui surplombe la propriété. A ces suicides en rafale répondent les innombrables épisodes des séries télévisées qu’il regarde, les discours qui s’accumulent dans une ronde infernale. A ces chutes qui se succèdent répond la chute du grand homme pour lequel travaillait Müller. Par une série de retours-en-arrière, Mathieu Larnaudie dépeint une profession de l’ombre et relate les derniers moments de cette collaboration fusionnelle jusqu’à sa rupture brutale.

Discordance, Anna Jörgensdotter

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Lundi, 17 Septembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Discordance, août 2012. Trad suédois Martine Desbureaux. 535 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Anna Jörgensdotter Edition: Jean-Claude Lattès

 

Discordance est un roman de femme. Allons bon, c’est bien la peine d’écrire un article pour dire ça, tout le monde l’a bien vu. C’est pourtant un roman de femme. Un roman qui dit d’une femme et sur les femmes ce qu’aucun homme ne pourrait ni dire ni sentir ni vivre.

On est en Suède, sur deux décennies. 1938-1958. On commence fort : la maison de Melle Filipsson brûle. Avec Melle Filipsson dedans !

« C’est Edwin qui a sorti le cadavre, il le sait. Svarten le lui a dit quand il est arrivé. Le corps était carbonisé, et lui, Edwin, avait posé son blouson de cuir sur son visage à elle, Malva Filipsson. Ca a dû être horrible. »

Cet incendie peut être entendu comme une métaphore du livre qui suit : des femmes vouées aux flammes. Ce n’est plus le bûcher des sorcières mais celui de la vie qui leur est promise. Cent fois damnées sur terre : Enfance de servantes familiales, adolescence de proies sexuelles, mariages plus ou moins voulus, vie de domestique, vieillesse (rare) de solitude. Et les enfantements terribles, douloureux et souvent mortels :

Le couvre-feu d'octobre, Lancelot Hamelin

Ecrit par Stéphane Bret , le Dimanche, 16 Septembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, La rentrée littéraire, L'Arpenteur (Gallimard)

Le couvre-feu d’octobre, 30 août 2012, 386 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Lancelot Hamelin Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

C’est un premier roman, et il faut signer ce prime aveu : c’est largement réussi.

Trois personnages, Octavio, son frère aîné, jamais nommé dans le texte du roman, et Judith, tous trois originaires d’Oran, occupent l’intrigue. Octavio, durant sa jeunesse oranaise, a nourri une profonde passion pour Judith, fasciné par les origines juives de cette dernière, l’assimilant, dans sa condition, aux indigènes, aux Algériens musulmans. Pourtant, c’est son frère aîné qui épouse Judith.

Octavio se rend en France en 1955 pour y poursuivre des études universitaires. Deux ans plus tard en 1957, le couple s’installe aussi en métropole.

Octavio rencontre alors, dans les milieux estudiantins parisiens, des sympathisants communistes. Il se lie avec Denis, proche de cette mouvance politique, mais s’en éloigne assez vite, rebuté par sa tiédeur et son incompréhension des aspirations du peuple algérien à l’indépendance. Ultérieurement, il est mis en contact, par l’intermédiaire d’un mystérieux Egyptien, avec une cellule du FLN.

Commence alors l’initiation : les techniques pour échapper aux filatures policières, les localisations de planques, les rendez-vous secrets. Après cette mise à l’épreuve, Octavio transporte des armes, des « valises », dont la dangerosité du contenu est évidente.

"Oh...", Philippe Djian

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 14 Septembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard, La rentrée littéraire

Oh…, 237 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Philippe Djian Edition: Gallimard

Voilà ce que c’est : lire un livre d’un auteur qu’on connaît, de ci, de là, mais pas à fond ; on voit le nom, et la gueule, plus que l’œuvre ; une traînée lumineuse, de néon médiatique. On en attend un peu tout, sans savoir au juste quoi…

Mais, pourtant, Vengeances en 2011, et évidemment, 37°2 le matin de 85 !! des trouées qu’on n’est pas prêt d’oublier ; de grands coups de bleu électrique dans la pile de livres…

Alors, on entre en lecture à petites bouchées silencieuses ; on hume – ça ne peut qu’être là derrière ! Ce parfum un peu synthétique (fraise Tagada, en meilleur) ; ces couleurs criardes à la californienne, ce climat de thriller américain transféré, mine de rien, sur un sable atlantique bien de chez nous… on renifle, et, oh !! ça ne vient pas, c’est comme éventé ! Philippe ! Il est passé où, votre univers ?

Et bien, non, ce Oh… (on aura remarqué que ce n’est pas : oh !!!) ne fait pas partie du troupeau familier des bouquins du bonhomme. Il s’est comme échappé, ailleurs. Du coup, on lit çà et là, quelques bémols navrés : bien tiède, ce Djian, bien mollasson, bien plus cuit – mitonné, même, parfois un peu rance, que le cru auquel il nous habituait… du sexe, certes, mais… de cette tristesse existentielle et bourgeoise dont il a souvent fait son ragoût, mais… du sang – un peu – une violence, au bout, plus française qu’américaine… du Chabrol, peut-être, plus que le film noir d’outre atlantique.

Blood Hollow, William Kent Krueger

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 14 Septembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Le Cherche-Midi, La rentrée littéraire

Blood Hollow, 13 septembre 2012 trad. anglais (USA) Sophie Aslanides, 480 p. 20 € . Ecrivain(s): William Kent Krueger Edition: Le Cherche-Midi

 

Troisième volet de ce qui semble être une trilogie, après Aurora, Minnesota et Les neiges de la mort, les amateurs d’enquête policière ne pourront qu’adorer Blood Hollow, mais même ceux qui ne sont pas particulièrement attirés par le genre, auront du mal à ne pas se laisser happer par ce roman dense, riche et captivant. L’événement qui a secoué la petite et tranquille ville d’Aurora dans le Minnesota, va prendre rapidement l’allure d’un séisme. L’enquête est minutieusement menée par Corcoran « Cork » O’Connor, conjointement avec sa femme. Cork est un ex-flic de Chicago et l’ex-shérif de la petite ville. Mi-Irlandais, mi-Anishinaabeg, c’est un personnage très attachant, épris de vérité et de justice, reconverti un peu malgré lui dans la vente d’hamburgers, au bord du lac d’Iron Lake. Une sorte de retraite suite à un conflit dramatique. Sa femme Jo est l’avocate qui va prendre en charge la défense du présumé coupable. Coupable de meurtre, celui de la jeune Charlotte Kane, fille d’une des familles les plus riches de la ville. Le suspect est un ex-petit ami, Solemn Winter Moon, un Ojibwe vivant sur la réserve, déjà connu des services de la police pour diverses infractions et son impulsivité notoire. Cork et Jo O’Connor le connaissent bien et sont tous deux quasi persuadés de son innocence, malgré les preuves qui l’accablent.