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Roman

Le roman de Thomas Lilienstein, Laurence Werner David

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 31 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Buchet-Chastel

Le roman de Thomas Lilienstein, 395 p. 20 € . Ecrivain(s): Laurence Werner David Edition: Buchet-Chastel

 

(A Christine Bini qui m'a poussé à aller plus loin.)

 

Ce roman est un méta-roman. On se perd même quand on croit trouver ou renouer les fils d’une multiplicité de narrations, de portraits, de situations et de rapports flous, de plongées et de remontées vers un air rare. Les amateurs de psychologies des profondeurs peuvent s’en gargariser.

Voici la quête d’une narratrice subtile amoureuse de Thomas, jardinier et fils de jardinière. Au fond, le jeune jardinier Thomas peut être perçu comme un végétal, une plante, une herbe qui pousse dont la narratrice botaniste tente de saisir les liens et les logiques – autant de lignes de fuite et d’échappées sans finalité ni même intrigue classique.

Le méta-roman passionnera les théoriciens du langage. Le trait singulier n’est pas pour autant la mise en œuvre d’une hypothèse préétablie : les fils se développent en fibres, en synapses, en boucles mouvementées. Il séduira les poètes. Il interrogera la critique. Et le critique risquera un hommage silencieux.

Dis-moi que tu m'aimes, Francisco de Paula Fernandez

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 31 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Espagne, Albin Michel

Dis-moi que tu m’aimes, traduit de l’espagnol par Yvelise Rabier, Wiz Albin Michel, juin 2012, 634 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Francisco de Paula Fernandez Edition: Albin Michel

 

Voici venu l’été et sa cohorte de plaisirs familiers et longtemps attendus durant la froide saison : du soleil à profusion, le bruit des vagues, le goût des fruits mûrs à point… et les romans d’amour à dévorer sur la plage, à l’ombre d’un parasol bienveillant. L’intrigue de Dis-moi que tu m’aimes semble répondre parfaitement à ces attentes : un chassé-croisé amoureux met en scène et en péril plusieurs jeunes gens à peine sortis de l’adolescence, sous le soleil de Barcelone. Ils sont jeunes, beaux ; ils sont confrontés peut-être pour la première fois aux complexités du sentiment amoureux et aux méandres du désir. Paula, l’héroïne lycéenne, a le cœur qui balance entre Angel, un prétendant dragué sur Facebook, et Alex, un garçon rencontré par hasard et qui a les mêmes goûts littéraires qu’elle. Or, Angel est courtisé par Katia une chanteuse à succès qui ne laisse pas indifférent. Quant à Mario, frère de Miriam, amie de Paula, il est désespéré car son amour pour Paula le déchire de mille tourments. Et ce n’est que le début…

Coupes sombres, Giulio Minghini

, le Mardi, 31 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Seuil

Coupes sombres, Seuil, Cadre rouge, 03/05/2012, 80 p. 13 € . Ecrivain(s): Giulio Minghini Edition: Seuil

« Comme le magicien sort la carte attendue de la manche d’un spectateur incrédule, Stanislaw se saisit du pistolet et en finit avec le monde ! »

En une seule phrase, le décor de ce tout petit roman est installé. Et de décor il en est question, puisque l’histoire alterne entre le théâtre et la réalité, ou le contraire, mais peu importe.

62 pages de pur plaisir, d’amour des mots, de la langue française et de sensibilité. Quel amour du verbe, quelle justesse dans l’emploi des termes et descriptions. Ce livre est plus que bien écrit, et quand on sait que le français n’est pas la langue maternelle de l’auteur, le respect n’en est que plus grand.

Certes, certains (ceux pour qui le nombre de signes est plus important que la qualité du texte) trouveront ce livre quelque peu inabouti et trop court. Ce qui à mon sens est une erreur. Ce roman est rapide, direct, mais pas court.

Simplement il est écrit sans futilités, artifices ou longueurs inutiles.

Mais surtout ces quelques pages sont ponctuées de phrases magnifiques telles : « … Après l’orgasme, la lumière revient d’un coup, immanquablement la tension dramatique retombe, personne n’y croit plus… »

On Air, Manuel Vilas

Ecrit par Benoit Laureau , le Lundi, 23 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Espagne, Passage du Nord Ouest

On Air, (Aire Nuestro), trad. de l’espagnol par Catherine Vasseur, Mars 2012, 261 p. 18 € . Ecrivain(s): Manuel Vilas Edition: Passage du Nord Ouest

 

L’art, complexe, de la décontextualisation sur fond de Blue moon

Il y a toujours « un être immortel pour écrire la douce histoire de notre monde, de notre air ». Dans son premier roman traduit en français, On Air, Manuel Vilas exploite cette mémoire intemporelle et se réapproprie « notre air » pour produire la programmation délirante des onze canaux de la chaîne de télévision On Air. « Voici la télévision du futur, celle qui ne parle ni du présent, ni du passé, mais du seul temps possible : Le Temps Sans Limite »

 

Partant du principe selon lequel « l’histoire est fiction », Manuel Vilas oppose à la téléréalité contemporaine, une téléfiction empreinte de « mysticisme gonzo » qui articule une série de reportages « hyperréalistes ». Il reconstruit ainsi notre histoire culturelle, sous forme de micro fiction, dans laquelle la mort disparaît au profit de réincarnations téléfictionnelles révélant la porosité du temps et de la mémoire.

Au carnaval des espérances, Jean-Claude Baise

Ecrit par Lionel Bedin , le Samedi, 21 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Au carnaval des espérances, Les presses du midi, 2011, 224 p. 18 € . Ecrivain(s): Jean-Claude Baise

 

Au Carnaval des espérances est un roman dans lequel Jean-Claude Baise nous transporte dans un pays qu’il connaît bien : la Guyane. La Guyane et ses lieux emblématiques : Saint-Laurent-du-Maroni, Kourou, Cayenne. La Guyane et son exubérance végétale. La Guyane et sa moiteur, sa chaleur. Un pays où les corps sont peu vêtus, où les jeunes femmes marchent avec des « mouvements fondus et harmonieux, sveltes et félins ». Un pays dans lequel des populations se sont mélangées aux cours des siècles. « Ici, l’humanité pétillait comme si l’Histoire, avec des talents d’artiste, s’était servie de toute la palette des races humaines pour créer des teintes et des nuances toujours différentes ». Un pays avec un décor de rêve : le fleuve Maroni et les petites rivières se parcourent en pirogues ; les mygales surgissent sur les empennages de bois, les crabes aux pinces rouges s’enfuient sur le sol spongieux… Un pays de rêve ou de cauchemar, tout dépend.

Tout dépend du moment où l’on y arrive et ce que l’on vient y faire. L’histoire démarre à Cayenne, et par un grand moment : le carnaval. Une grande fête, un incroyable spectacle.