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Roman

Assommons les pauvres ! Shumona Sinha

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 18 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Récits, L'Olivier (Seuil)

Assommons les pauvres !, 2011, 155 pages, 14,20 € . Ecrivain(s): Shumona Sinha Edition: L'Olivier (Seuil)

Ce petit livre rapporte :

 

– qu’au Nord prospèrent des états opulents, arrogants, accapareurs, vivant en paix et vendant des armes, démocratiques et imposant leur système économique au reste du monde

– qu’au Sud, il y a des populations pauvres, humbles, spoliées, prises en étau dans des guerres intestines, subissant une dictature affirmée ou déguisée, conséquemment miséreuses

– qu’entre ces deux mondes, les routes se ferment, les frontières se renforcent, des murs s’érigent

– que du Sud vers le Nord s’écoule, malgré les barrières, un flot incessant d’hommes et de femmes, ici échappés du sous-continent indien,  qui, en échange du peu qu’ils possèdent, mettent leur vie entre les mains de passeurs dénués de tout scrupule dans l’espoir d’arriver dans l’aire où tout paraît aller mieux.

– que ceux d’entre eux qui survivent aux périls de la migration doivent se procurer, à destination, la clé qui leur permettra de sortir de la clandestinité : le statut de demandeur d’asile politique.

Tout cela, nous le savons, plus ou moins.

Prise directe, Eoin Colfer

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 17 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Série Noire (Gallimard)

Prise directe, (Plugged, 2011), Avril 2012, trad. de l’anglais par Antoine Chainas, 309 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Eoin Colfer Edition: Série Noire (Gallimard)

« Jason est le meilleur portier avec qui j’aie jamais travaillé : un mélange rare de puissance, de rapidité, et avec ça, bien plus futé qu’il ne le laisse croire. Il lui arrive d’être distrait et de citer un film de Fellini, avant de donner le change en éclatant un type sur le seuil. Il a ses secrets, comme tout le monde ».

Voilà qui donne le ton de Prise directe. Daniel McEvoy est le collègue de Jason au Slotz, le casino le plus miteux de Cloisters, New Jersey, et c’est lui qui nous raconte la drôle de semaine qu’il vient de vivre. Comme Jason, Daniel a ses secrets : une calvitie qu’il tente de traiter grâce à des implants posés par un médecin exerçant clandestinement, et une brouettée de mauvais souvenirs ramenés de ses années de casque bleu irlandais au Liban. Et pourtant, il n’est pas préparé à voir la serveuse dont il commence à être épris se prendre une balle dans la tête, ni à devoir tuer un mafieux irlandais avec une clé et encore moins à faire équipe avec une inspectrice qui a tenté de tuer sa collègue.

Eoin Colfer nous livre donc un roman noir mâtiné de cet humour à froid qui est devenu la marque de fabrique des auteurs irlandais, de Colin Bateman à Adrian McKinty, en passant par Gene Kerrigan ou Ken Bruen. Il choisit par ailleurs de miser avant tout sur une action sans temps mort et un personnage principal clairement borderline qui entend des voix et a une étonnante tendance à l’introspection jusque dans les moments les plus difficiles.

La Fin des jours, Alessandro de Roma

Ecrit par Benoit Laureau , le Lundi, 16 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard, Italie

La Fin des jours, trad. de l’italien par Pascal Leclercq, avril 2012, 305 p. 22 € . Ecrivain(s): Alessandro de Roma Edition: Gallimard

L’amour de l’apocalypse

La Fin des jours est le deuxième roman du professeur de philosophie italien Alessandro De Roma. Sous la forme d’une dystopie (1) proche de l’univers de 1984 de Georges Orwell, il met en scène la lente dégradation d’une société affectée par une disparition collective de la mémoire individuelle. À travers le journal d’un « résistant », Giovanni Ceresa, un professeur de lycée turinois, Alessandro De Roma semble interroger notre rapport à la « fin » et le lien possible entre la mémoire et l’attraction de la décadence.

Turin, dans un futur proche. On se débarrasse des personnes âgées et leur entourage semble avoir oublié leur existence avant même de se rendre compte de leur disparition, les chauffeurs de bus oublient de marquer l’arrêt, perdent le contrôle de leur véhicule tuant nombre de piétons. La ville est le théâtre d’une étrange épidémie d’amnésie. Elle est telle que les individus oublient d’aller travailler ou se perdent sur le chemin du retour n’osant plus prendre les transports en commun. Dans une ville en état de quasi guerre civile, Giovanni croise des « Barbus », hordes d’individus les plus affectés, vivants à l’état sauvage, du vol et d’agressions, des « conscients » membres des « Apocalyptiques », des « Faucons des ténèbres » ou des « Jaguars », sorte de factions rebelles et résistantes qui s’organisent en prévision d’un lendemain apocalyptique.

Presse-People, Carl Hiaasen

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 13 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA

Presse-People (Star Island, 2010), Éditions Des Deux Terres, mai 2012, traduit de l’anglais (USA) par Yves Sarda, 392 p. 20 € . Ecrivain(s): Carl Hiaasen

 

On se demandait, depuis que Denoël avait cessé de publier Carl Hiaasen, si un éditeur français allait finalement reprendre la publication de ses romans. C’est finalement le cas des Éditions des Deux Terres qui non seulement sortent un nouveau livre de l’auteur floridien, mais en profitent aussi pour rééditer Cousu Main, roman de 1989 quasiment introuvable aujourd’hui. Une publication simultanée qui a toute sa raison d’être puisque Cousu Main et Presse-People ont en commun d’accueillir Blondell Wayne Tatum, dit Chimio, tueur psychopathe défiguré doté d’un taille-gazon à la place de son avant-bras amputé par un barracuda amateur de montres.

C’est donc sans surprise que l’on se trouve une nouvelle fois projeté dans une aventure délirante au cœur d’une Floride envahie de promoteurs véreux et de politiciens corrompus et protégée par Skink, ancien gouverneur probe exilé dans les Everglades d’où, entre deux passages sur la route pour récupérer les animaux écrasés qui lui serviront de repas, il pourchasse les parasites qui entendent aggraver encore l’emprise des touristes et des programmes immobiliers sur les quelques terres sauvages encore épargnées.

Une étrange histoire d'amour, Luigi Guarnieri

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 12 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, Italie

Une étrange histoire d’amour. trad. italien Marguerite Pozzoli. mai 2012. 220 p. 21,80 € . Ecrivain(s): Luigi Guarnieri Edition: Actes Sud

Si vous aimez les vents et marées du grand romantisme, voici un roman, de haute tenue, qui va vous embarquer loin des bonaces !

Le thème pourrait tromper cependant. Les trois héros de cette histoire forment un très classique trio amoureux. Un couple marié, un jeune amant éperdu d’amour pour l’épouse. Mais quand vous saurez les noms des protagonistes vous commencerez à vous douter de la vague tumultueuse qui va s’écraser. Le jeune homme s’appelle Johannes Brahms. Le couple c’est Robert et Clara Schumann !

Le jeune « Hannes », éperdu – tout d’abord – d’admiration pour son maître spirituel, se présente un jour de septembre 1853 au domicile des Schumann. S’en suivra une relation passionnelle incandescente et – nous sommes en pleine époque romantique – destructrice. Maître/élève d’abord, avec les oscillations consubstantielles inscrites dans ce couple de forces : admiration, respect, amour « paternel » et « filial », jalousies, haine. Un déferlement ravageur, qui va emmener les deux hommes dans ses eaux tumultueuses. Et puis, bien sûr, l’amour foudroyant du jeune Johannes pour la belle, l’intelligente, la « royale » Clara Schumann. Elle est alors la pianiste la plus connue dans le monde, adulée, ovationnée, demandée partout et par tous !