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Roman

Retour à Killybegs, Sorj Chalandon

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 19 Octobre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Grasset, La rentrée littéraire

Retour à Killybegs, Août 2011, 334 pages, 20€ . Ecrivain(s): Sorj Chalandon Edition: Grasset

Killybegs, petite ville portuaire située à l’extrémité d’un bras de mer, au Nord de l’Irlande, dans le comté de Donegal. Décembre 2006, Tyrone Meehan, ancien haut responsable de l’IRA, homme connu et respecté, revient sur ses terres. Là où son histoire a commencé il y a plus de quatre-vingt ans. Il y retrouve le souvenir de sa misère, celui d’un père nationaliste, alcoolique et brutal et celui d’une mère épuisée par les naissances et l’indigence. Le père décédé, la famille déménage à Belfast mais la situation ne s’améliore guère. Au contraire. À la pauvreté dont les briques rouges crasseuses des maisons se font l’écho, viennent s’ajouter la haine, la peur, la violence et la mort. Une seule voie se dessine pour lui : l’IRA. Il s’y engage, il a seize ans. La prison, il connaît. L’atrocité des geôles révulsantes de puanteurs, il l’a endurée.

Aujourd’hui, il attend sa mort. Lui, le « héros », celui qui a trahi les siens. Ils le savent et lui sait qu’ils viendront l’exécuter.

« J’ai écouté le silence. L’hiver de mon enfance, avec Noël au loin. J’ai salué mon retour. Les malheurs de ma mère. Les poings de mon père. J’ai revu mes frères, mes sœurs, entassés dans le grand lit, par terre sur les paillasses. J’ai compté leurs ombres dans l’obscurité. Salut à tous, mes amours. La nuit va être longue. La plus longue nuit qu’un homme ait vécue. Et même s’il se relève, le jour ne viendra plus. Ni le printemps, ni l’été, rien d’autre que la nuit ».

Montecore, un tigre unique, Jonas Hassen Khemiri

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 18 Octobre 2011. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Le Serpent à plumes

Montecore, un tigre unique, traduit( suédois) par Max Stadler et Lucille Clauss, réédition Avril 2011, 376 pages, 22€. . Ecrivain(s): Jonas Hassen Khemiri Edition: Le Serpent à plumes

Montecore, un tigre unique délivre la correspondance électronique entre deux personnages improbables, Jonas, jeune écrivain prometteur, et Kadir le meilleur ami d’Abbas le père de Jonas. Le sujet en est Abbas lui-même, qui serait devenu, après un parcours rocambolesque de la Tunisie à la Suède, un photographe renommé. Or, Jonas souhaite écrire un livre sur son père et Kadir se propose de son propre chef de l’aider. Pour l’ami, le père est un héros. Pour le fils, c’est un pauvre looser. Qui des deux nous délivrera « l’histoire historique » de ce self-made-man ? Une troisième voix intervient ; celle d’Abbas, à travers des lettres écrites à Kadir et transmises par ce dernier à Jonas.

La drôlerie du livre repose sur la tentative hagiographique du bon Kadir qui veut à tout prix faire ressortir l’éclat de la biographie d’Abbas et ses conseils littéraires à Jonas, tous plus ridicules les uns que les autres. Le tout dans un impossible mélange de formulations d’arabe littéraire, d’allusions paillardes, disco ou pop et de politesses alambiquées. Le lecteur comprend très vite que cet ami certes perdu de vue mais tout à fait désireux de révéler au fils la véritable histoire, la saga héroïque de son paternel, n’a rien d’un historien objectif. En effet, ce brave panégyriste  enjolive la réalité comme on peint une enluminure mais avec des couleurs fluo.

Un sujet français, Ali Magoudi

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 15 Octobre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel, La rentrée littéraire

Un sujet français, 410 pages, 2011, 22 € . Ecrivain(s): Ali Magoudi Edition: Albin Michel


« Ma vie est un véritable roman. Quand tu seras grand, je te la raconterai et tu l’écriras », disait souvent Abdelkader Magoudi à son fils, Ali, l’auteur du livre, psychanalyste de formation. Mais le père n’a jamais raconté et il a emporté dans sa tombe les secrets de cette vie romanesque. Une vie marquée par la colonisation française, par son statut d’immigré nord-africain débarquant en France, par l’occupation allemande, par Vichy, par le nazisme, par le communisme en Pologne ou la décolonisation…

Ali Magoudi décide de se lancer dans l’enquête, car il a un fils en âge de poser des questions et qu’il veut pouvoir lui donner des réponses.

Il part de quelques documents. Il va devoir fouiller dans les archives de l’administration française. Il voyagera aussi en France, en Pologne ou en Algérie, sur les traces de son père. Le travail est long et fastidieux, il avance par sauts de puce, à peine des grains de poussière. Quand il avance…

« Je mesure la démesure des territoires mnésiques à conquérir ».

La onzième heure, Isabelle Pestre

Ecrit par Sophie Adriansen , le Lundi, 10 Octobre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Belfond, La rentrée littéraire

La onzième heure, septembre 2011, 192 p. 17 € . Ecrivain(s): Isabelle Pestre Edition: Belfond


Lisbeth, onze ans, est une petite fille qui souffre de l’absence de regard de ses parents. Enfant de vieux, il lui semble qu’elle existe à peine au sein de la famille ; quant aux enfants de son âge, ils ne lui prêtent d’attention que pour se moquer.


« Dans son désarroi, elle n’a songé ni à crier ni à s’enfuir. Il n’y avait plus que cela, son espoir humilié. Et la honte de ne pas trouver en elle assez de sang-froid ou de colère pour riposter » (page 22).


Et la jeune fille qu’on fait venir cet été pour la garder, dans cette maison de Charente-Maritime où elle passe toutes les grandes vacances, n’a guère plus de considération pour elle, toute accaparée qu’elle est par le grand amour qu’elle vit.

Et puis un jour, Lisbeth rencontre Micha, un jeune Albanais qui parle à peine le français. C’est le début d’une forme particulière d’amitié.

Les Mamiwatas, Marc Trillard

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 09 Octobre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, La rentrée littéraire

Les Mamiwatas, Août 2011, 296 p, 21 € . Ecrivain(s): Marc Trillard Edition: Actes Sud


Le lecteur averti se souviendra toujours d’une confidence de Michel Leiris et comment il succomba aux charmes d’une Ethiopienne (ces femmes qui passent parfois pour les plus belles du monde). Séduction ou possession ?

Théâtre ou expérience vécue ? Sans doute un breuvage d’étranges mélanges.

Ici, nous sommes au Cameroun, de l’autre côté de l’Afrique fantôme.

Mike, qui n’est pas l’auteur (il souligne une certaine distance à l’égard de « l’autofiction »), dirige l’Alliance Française de Buea. Alliance en déliquescence. Au bord de l’océan, sévissent de drôles d’Atalantes (elles courent si vite que nul homme ne peut les rattraper ; seuls qui y parviennent les épousent… ). Tandis que la révolte et les violences grondent en dessous du volcan, Gloria accepte un verre de Mike dans les profondeurs d’un bar nocturne.

« Elle l’attendait sans l’attendre. Un regard qui n’avait que flotter sur sa personne quand il était passé devant elle."