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Roman

Tsukushi, Aki Shimazaki

Ecrit par Jean-Guy Soumy , le Jeudi, 30 Août 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, Québec

Tsukushi, Léméac/Actes Sud, juin 2012, 138 p. 14,50 € . Ecrivain(s): Aki Shimazaki Edition: Actes Sud

 

Tsukushi est le nom, en japonais, de la tige à sporange de la prêle. C’est également le titre du quatrième volume du second cycle romanesque écrit par Aki Shimazaki. Vivant à Montréal depuis 1991, Aki Shimazaki est déjà l’auteure d’une pentalogie intitulée Le Poids des secrets qui reçut plusieurs prix littéraires dont le Prix du Gouverneur général du Canada.

L’écriture de Aki Shimazaki est une eau dormante. Le moindre geste, le plus simple effleurement de ses personnages à la surface de la réalité, produit des ondes qui nous intriguent. Puis nous inquiètent. On pressent que sous le miroir des conventions sociales, de la normalité et de l’attention aux autres, il y a un gouffre.

La narratrice, Yûko Sumida, décrit sa vie avec un souci du détail et une modestie qui portent en eux une menace. « Je suis debout devant la fenêtre du salon. Le ciel est couvert depuis ce matin. Selon la météo, il n’y aura pas de soleil de toute la journée. On a ce temps-là depuis quelques jours. (…) En regardant le ciel bouché, j’essaie de me rappeler quel temps il faisait le jour où ma fille est née. »

Pour seul cortège, Laurent Gaudé

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 29 Août 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, La rentrée littéraire

Pour seul cortège, Août 2012, 186 p. 18 € . Ecrivain(s): Laurent Gaudé Edition: Actes Sud

 

« Pas un bruit ne dérange l’immobilité de l’air. La tourbe jaune et épaisse des berges a des reflets de safran. Des felouques sont à quai. Le cortège tout entier doit traverser le fleuve. Elle se serre contre le catafalque. Elle ne veut pas le quitter… ». Tout Laurent Gaudé tient dans ces lignes ; tout son roman, aussi.

Une écriture d’un classicisme à la fois sobre et flamboyant ; bel usage d’une langue précise et musicale ; quelque part, un regard distancié, et au cœur des choses, un peu comme au théâtre. Scène visuellement présente : atmosphère, bruits, odeurs et couleurs ; peu de personnages, mais qu’on n’oubliera plus… Et si, dans Gaudé, étaient nos besoins essentiels en littérature ?

Il y a dans ce livre-là, qui pourrait bien être un de ses meilleurs, cette lumière si particulière à son œuvre ; celle des enfers, de la mer mangeuse d’émigrés ; celle de l’Afrique des grands rois de jadis ; et, bien sûr, de l’écrasante chaleur de l’été des Scorta… Ce livre-là pourrait bien être gros de tous les autres, en abîme, en écho… Chez Gaudé, plus qu’ailleurs, chaque livre est un fleuve qui déroule récit et personnages ; il faut fermer les yeux, écouter ; le plus beau geste du lecteur.

Liaison romaine, Jacques-Pierre Amette

, le Mardi, 28 Août 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel

Liaison romaine, mai 2012, 154 p. 15 € . Ecrivain(s): Jacques-Pierre Amette Edition: Albin Michel

 

Le narrateur, journaliste, est envoyé à Rome pour écrire un article sur l’ambiance de fin de règne : le Pape est sur le point de mourir. Constance, sa compagne, le rejoint ; mais celle-ci semble plus distante qu’à son habitude. Impuissant, le narrateur assiste au délitement de ce lien dans le décor de cette ville que les deux protagonistes aiment tant.

« Je désirais la voir heureuse et c’était une faiblesse que d’avoir la conviction intime qu’elle ne l’était plus » (page 70).

La distance que la jeune femme s’efforce de masquer pousse le narrateur à s’interroger sur tout ce qu’il ignore d’elle – et aux raisons qui font qu’il l’ignore. Avec nostalgie, déjà, il reconsidère leur passé commun avec l’acuité permise par le lieu neutre, et connu cependant, dans lequel ils se trouvent.

« Nous étions soudain des fantômes, nous avions laissé la réalité de nos existences à Paris » (page 19).

« Les choses qu’on garde en soi s’accumulent » (page 19).

Jusqu’à ce que surgisse l’inévitable : Constance quitte le narrateur. Elle part de Rome avant lui, le laissant face à des questions sans réponses, et une emprise toujours plus grande.

Tous les diamants du ciel, Claro

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 27 Août 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, La rentrée littéraire

Tous les diamants du ciel, 22 août 2012, 256 p. 20 € . Ecrivain(s): Claro Edition: Actes Sud

 

D’abord le style. La langue de Claro emporte tout sur son passage. C’est une déferlante d’images, de formules. Il y a quelque chose d’éminemment musical, mais aussi une scansion, une incantation, comme si Claro plaidait une cause. Quelle cause ? Celle de la littérature qui invente et réinvente le langage, qui sculpte les mots, joue avec, et qui nous étourdit.

Comme Claro le dit lui-même (voir interview), il ne veut pas seulement proposer une lecture, il veut aussi faire vivre une expérience au lecteur. Il le transporte dans un monde, son monde. L’un de ses sujets est le LSD et il donne l’impression d’avoir écrit un livre « sous » LSD. Il y a quelque chose de très expérimental dans le livre, mais l’expérimentation ne prend pas le pas sur la compréhension, le sens du récit, le rythme. Rien n’est gratuit. Les belles phrases ne sont pas seulement là pour être belles mais sont toujours au service de l’histoire. Et quelle histoire !

Tous les diamants du ciel commence là où le précédent ouvrage de l’auteur, CosmoZ, s’achevait. Le début des années 50. Claro retrace l’histoire d’un monde, en l’occurrence celui des Trente Glorieuses : il sera question de la Guerre d’Algérie, de la bombe atomique, de la CIA, de la guerre froide, du péril rouge, de la libération sexuelle, de la conquête de la lune…

La table des autres, Michael Ondaatje

Ecrit par Alexandre Muller , le Lundi, 27 Août 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, L'Olivier (Seuil), La rentrée littéraire, Canada anglophone

La table des autres, 23 Août 2012, 256 p. traduction Michel Lederer, 22 € . Ecrivain(s): Michael Ondaatje Edition: L'Olivier (Seuil)

 

« Et quoiqu’il ait existé un paquebot nommé Oronsay (il y en a eu plusieurs Oronsay), le navire dans le roman est un produit de l’imagination ».

C’est en partie une question d’immigration. Il y a un navire. Un navire qui quitte Colombo en 1954. Des stewards qui accueillent ceux qui embarquent. Et peut-être sur le pont, comme dans les films, des gens qui jettent des derniers regards vers le port et agitent les bras vers ceux rester à terre.

C’est surtout un livre d’aventures. « Le sommeil est une prison pour un garçon qui a des amis à voir. Nous attendions la nuit avec impatience et étions debout avant que le jour se lève au-dessus du bateau. Nous mourions d’envie de continuer à explorer cet univers ». Une aventure qui occupe trois semaines de ballotements entre deux mondes. Le Sri Lanka d’un côté. L’Angleterre de l’autre. Entre l’océan indien. La canal de Suez. Les côtes du Moyen Orient. La Méditerranée.

Le garçon s’appelle Michael. Il quitte une famille qui n’est pas vraiment la sienne pour rejoindre une mère qu’il a quittée quatre ans auparavant. Il a onze ans. En embarquant il préfère s’isoler dans sa cabine plutôt que d’observer sa terre natale de la hauteur du pont.