Identification

Roman

Mariage blanc, Valérie Zenatti

, le Vendredi, 06 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Editions du Moteur

Mariage blanc, Editions du Moteur, mai 2012, 88 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Valérie Zenatti Edition: Editions du Moteur

Rachida aime Antoine. Antoine aime Rachida. Trois ans que cela dure, et sans un seul nuage. Un amour basé sur l’indépendance, les appartements séparés pour mieux entretenir le désir, le partage de convictions et d’avis tranchés. Notamment sur le mariage : ils n’en veulent pas, ni l’un ni l’autre, pas plus qu’ils ne désirent d’enfant. Quant à leurs convictions, dont certaines sont politiques, la nécessité d’aider son prochain y tient une bonne place. Aussi, quand David raconte à son ami Antoine que Tatiana, une architecte russe qui vit à Paris depuis des années, est menacée d’expulsion car son visa arrive à expiration, situation dont seul un mariage blanc pourrait la sortir, Antoine n’hésite pas un instant.

Au nom des mêmes convictions, Rachida trouve l’idée formidable. Et pas dérangeante le moins du monde, puisque cela est « faux » : un faux mariage, une fausse cérémonie franco-russe, une fausse vie sous le même toit pour mieux rassurer les autorités. Mais un mariage, une cérémonie et une vie commune quand même.

La date du grand jour approche. Si Rachida continue à sourire, au nom des valeurs qu’elle prône – reconnaître qu’elle commence à douter, pour son propre couple, à douter du bien-fondé de cet acte généreux reviendrait à la mettre en contradiction avec les valeurs en question, et elle s’y refuse – elle n’en pense pas moins.

Grand-père avait un éléphant, Vaikom Muhammad Basheer

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 04 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Zulma

Grand-père avait un éléphant, trad. du malayalam par Dominique Vitalyos, 2005, 136 p. . Ecrivain(s): Vaikom Muhammad Basheer Edition: Zulma

Comment est le monde selon Kounnioupattouma, la fille de la fille chérie d’Anamakkar ?

Kounnioupattouma voit tout en rose, y compris les éléphants, surtout celui de son grand-père.

En effet, lui répète-t-on à longueur de jour, son grand-père avait un éléphant ! Et pas un petit, un maigre, un efflanqué ! Non, le plus grand, le plus fort et le plus beau des éléphants : un mâle gigantesque avec de grandes défenses, qui avait tué pas moins de quatre de ses cornacs, des kafir, évidemment.

Kounnioupattouma, enfant de sucre, ornée des plus précieux bijoux, grandit sur un piédestal, symbole vivant de la réussite sociale de ses parents, au milieu de sa maison, qu’elle ne quitte quasiment jamais, parée dans l’attente du mariage que ses parents arrangeront pour elle avec un jeune homme de son rang et de sa communauté avant d’accomplir leur pèlerinage du Hadj.

Toutes les femmes qui étaient déjà venues l’examiner croulaient sous l’or. Toutes des maîtresses de grandes maisons… Certaines lui avaient ouvert la bouche pour regarder à l’intérieur si elle avait toutes ses dents…

Kounnioupattouma n’avait pas une seule dent gâtée…

Homer & Langley, Edgar Laurence Doctorow

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 03 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Actes Sud

Homer & Langley. Trad USA Christine Le Bœuf 2012. 229 p. 22 €. . Ecrivain(s): Edgar Laurence Doctorow Edition: Actes Sud

Ce livre nous offre une épopée picaresque. Déjantée, stupéfiante, drôle et terrible ! Quand on lit cette introduction, on s’attend naturellement à la recension d’un grand roman d’aventure, parsemé d’événements étonnants voire fabuleux, qui nous mènerait à travers des contrées lointaines et improbables, en compagnie de personnages plus colorés les uns que les autres. Point du tout.

Les héros de ce roman sont deux frères, Homer et Langley Collyer. Fils d’une famille de la moyenne bourgeoisie new-yorkaise, ils ont perdu leurs parents très tôt, morts de la grippe espagnole qui ravagea le monde occidental en 1918. Ils ont reçu en héritage de leurs parents un beau compte en banque et, surtout, un beau et grand appartement en plein cœur de la 5ème avenue à New York ! Et c’est là, dans ce fabuleux terrain d’aventure de quelques centaines de mètres carrés, avec un tout petit bout de jardin, que Doctorow va déployer une véritable saga du XXème siècle, déroulée du tout début du siècle jusqu’à pratiquement sa fin. Là et pas ailleurs. Avec deux héros pathologiquement casaniers et pour qui le tour du bloc d’immeubles est déjà une expédition.

Homer est le narrateur.  La chose en soi est peu commune car Homer est … aveugle. Ordonner une narration minutieuse à partir d’un narrateur aveugle produit un récit époustouflant de proximité des choses et des gens.

La note secrète, Marta Morazzoni

Ecrit par Anne Morin , le Dimanche, 01 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, Italie

La note secrète, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, 301 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Marta Morazzoni Edition: Actes Sud

 

Mais quelle est donc cette note secrète qui donne son titre au roman de Marta Morazzoni ? On l’attend, on l’entend presque mais toujours moderato. S’agit-il des voix magnifiques, contralto et soprano, de ces deux religieuses, qui s’entremêlent ? Note d’entente, note surgie – ou issue – du violoncelle à la corde cassée de sœur Rosalba, dans ce couvent où les voix naguère déployées à l’église, se sont tues ? Sœur Rosalba forme la voix d’une toute jeune nonne, Paola, de ses treize à ses dix-sept ans. Leurs voix s’entrelacent sur le Stabat mater de Pergolèse, derrière une grille ou protégées par un long voile lors des cérémonies. Seulement reliées au monde par le chant, les nonnes en révèlent plus sur elles que ne le souhaiterait la redoutable abbesse.

Pourquoi, le livre refermé sur une histoire fondée sur un fait réel, garde-t-on l’impression diffuse qu’on a manqué, qu’on est passé à côté, que l’histoire des deux nonnes se poursuit ? Deux âmes unies presque sans échange, dans la musique, mais bien plus, par, à travers la musique, se reconnaissent mère et fille spirituelles, même si toutes deux, séparées, tairont leur voix et ne se reverront jamais.

Noyade en eau douce, Ross McDonald

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 29 Juin 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Gallmeister

Noyade en eau douce, (The Drowning Pool, 1950), traduit de l’anglais (USA) par Jacques Mailhos, Mai 2012, Gallmeister, coll. Totem, 278 p. 10 € . Ecrivain(s): Ross McDonald Edition: Gallmeister

 

Deuxième épisode des aventures de Lew Archer qui paraissent dans une nouvelle traduction chez Gallmeister, Noyade en eau douce entraîne une nouvelle fois ce détective dur à cuire mais qui cherche à tout prix à éviter la bagarre dans la bonne société de Californie du Sud. Contacté par Maude Slocum, femme adultère d’un riche héritier dont la mère veille jalousement sur la fortune en même temps qu’elle repousse les offres des compagnies pétrolières qui ont trouvé un gisement sur sa propriété, Lew Archer doit initialement mettre la main sur un corbeau. Très vite, avec la mort de la vieille Madame Slocum, retrouvée noyée dans la piscine, c’est après un meurtrier qu’il va se mettre à courir.

Nul doute que dans ce deuxième volet, Ross Macdonald commence déjà à prendre son rythme de croisière. Lew Archer gagne en épaisseur en même temps qu’il apparaît encore plus cynique et incisif, et l’intrigue se complexifie encore. Macdonald multiplie les fausses pistes et surtout les faux-semblants, laissant son lecteur errer aux côtés d’Archer d’un suspect à une éventuelle victime, tous n’étant pas forcément ce qu’ils paraissent être et tout le monde ayant au fond quelque chose à se reprocher.