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Roman

Connivence avec l'ennemi, Elmore Leonard

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 28 Juin 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Rivages/Thriller

Connivence avec l’ennemi (Comfort to the Enemy, 2009), traduit de l’anglais (USA) par Johanne Leray, juin 2012, 240 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Elmore Leonard Edition: Rivages/Thriller

Troisième volet de la série de romans consacrés au marshal Carlos Webster publié en France après Le Kid de l’Oklahoma et Hitler’s Day, Connivence avec l’ennemi apparaît comme un livre un peu à part. D’abord parce qu’il a été publié aux États-Unis entre les deux romans cités ci-avant. Ensuite parce qu’il est initialement paru sous forme de feuilleton dans le New York Times. Ceci explique ce qui peut apparaître comme des incongruités aux lecteurs fidèles de Leonard : des chapitres (qui apparaissent comme des nouvelles) qui reprennent presque mot pour mot certains passages du Kid de l’Oklahoma pour poser les personnages de Carl Webster et de son père qui contrastent avec l’absence de références à l’intrigue de Hitler’s Day, si ce n’est la présence de Jürgen Shrenk, que Carl poursuit justement dans ce roman.

Shrenk, donc, fait normalement son apparition dans Connivence avec l’ennemi, même si le lecteur français a déjà eu l’occasion de le croiser. L’intrigue, ici, tiendrait sur un timbre poste : nous sommes en 1944 et, dans le bled paumé de l’Oklahoma où demeure et travaille Webster, se trouve un camp de prisonniers allemands. L’un d’entre eux a été exécuté par un groupe qui chercherait à organiser une évasion massive, et Carlos Webster entend se servir de Jürgen Shrenk, qui a la fâcheuse habitude de faire le mur du camp pour aller retrouver la belle Shemane, pour les confondre.

Les témoins de la mariée, Didier Van Cauwelaert

, le Mercredi, 27 Juin 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Le Livre de Poche

Les Témoins de la mariée, Didier van Cauwelaert, Le Livre de Poche, avril 2012, 194 p. 6,10 € . Ecrivain(s): Didier Van Cauwelaert Edition: Le Livre de Poche

A quelques jours de Noël, Marc, photographe de renom, coureur de jupons, annonce à ses quatre meilleurs amis qu’il va se marier dans moins d’une semaine. Il a trouvé en la personne de Yun-Xiang, une jeune Chinoise, la femme de sa vie. Celle-ci atterrira à Paris très bientôt. Les quatre amis tirent au sort : deux seront les témoins de Marc, les deux autres ceux de son élue, selon le désir du photographe.

Dans la nuit qui suit, Marc se tue en voiture.

Les quatre amis se retrouvent afin d’aller accueillir Yun-Xiang à l’aéroport et, par fidélité pour leur ami, ils décident de ne pas lui annoncer tout de suite qu’elle est veuve avant même d’être mariée.

Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est qu’ils ne seraient pas les seuls à tirer les ficelles…

« En vingt ans d’amitié, nous avions perdu des êtres chers, bien sûr, mais jamais “ensemble”. Les parents de Jean-Claude, la sœur de Marlène, un flirt de Lucas, mon chien… A chaque fois, par pudeur ou par manque d’occasion, nous avions fait deuil à part. Avec la certitude que, si vraiment ça devenait trop dur, nous pourrions toujours trouver du réconfort. Là, notre émotion commune ne faisait que multiplier la douleur, amplifier le vide » (pages 20-21).

Voyages sur Chesterfield, Philippe Coussin-Grudzinski

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 25 Juin 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, éditions intervalles

Voyages sur Chesterfield, 2012, 128 p. 15 € . Ecrivain(s): Philippe Coussin-Grudzinski Edition: éditions intervalles

 

Ce court récit, s’étalant sur une seule nuit de 0h07 à 7h00 du matin d’un mois de février pluvieux dans un appartement parisien, fait sans concession le portrait socio-zoologique de notre société contemporaine. Un portrait cynique mais réaliste d’un monde grotesque et un autoportrait d’une jubilatoire sincérité. Dans ce qui pourrait être comme des pages d’un journal intime, Philippe, jeune surdiplômé au chômage, expose comment il préfère se vautrer dans l’ennui le plus total, ponctué de petites rapines de produits de luxe, que de se plier aux hypocrisies, au fiel et à la poussée de dents, dont il faut faire preuve pour tracer sa route de paillettes dans le monde. « Pour remplacer mes pulls en cachemire à moindre frais, je retire habilement l’étiquette antivol dans les cabines d’essayage et je mise sur mon physique de fils de bonne famille pour déjouer la vigilance des hommes en noir à l’entrée des magasins ». Un monde top high-tech, celui des grands groupes de média, des « maîtres du monde », qu’il a connu alors qu’il était, il n’y a pas si longtemps, ce jeune con sous-employé lors de stages café/photocopies légèrement amélioré mais sans intérêt. Parcours obligatoire de tous les jeunes loups bien équipés pour espérer grimper rapidement l’échelle du paradis social, mais pour cela mieux vaut ne pas avoir trop soif d’Idéal.

La muraille de lave, Arnaldur Indridason

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 21 Juin 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Pays nordiques, Métailié

La muraille de lave. Métailié noir. Mai 2012. 319 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

La maîtrise d’Indridason dans ce genre qu’il a beaucoup contribué à élever au rang d’art absolu – le roman noir venu du Nord – est époustouflante. On le sait depuis des années. Le point d’orgue de cette virtuosité a sûrement été le « Betty » d’octobre 2011. Le maître islandais nous y prenait par la main, dans un blues familier qui nous berçait de certitudes, avant de nous piéger en plein milieu du gué dans un jeu de miroir où on ne trouvait plus soudain nos repères. (Recension de "Betty" par Léon-Marc Levy)

Dans ce nouvel opus, Indridason remet ça. Sur des registres très différents bien sûr.

Erlendur, son héros triste et débonnaire est parti. En « vacances » sur les lieux de son enfance, voyage entouré de mystère. En son absence, son collègue, Sigurdur Oli, se retrouve en charge d’une affaire explosive, mêlant le destin d’un homme brisé par les viols incestueux qu’il a subis dans son enfance, le meurtre de la femme d’un couple échangiste qui tentait de faire chanter une de leurs rencontres, la mort mystérieuse d’un homme d’affaires emporté par le rêve « mondialiste » et doré de l’Islande nouvelle. Et maître Indridason nous épate ! Les trois intrigues s’entrecroisent dans une construction parfaite, haletante, noire comme l’hiver. Comme ce jour sombre où un homme a disparu sur la « Svörtuloft », falaise de lave au pied de laquelle la mer s’écrase en des tourbillons effrayants. La muraille de lave.

La saison froide, Catherine Lafrance

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 19 Juin 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres

La saison froide, Les Editions La Presse, octobre 2011, 303 p. 28,60 € . Ecrivain(s): Catherine Lafrance

 

Yellowknife, territoire au nord du Canada. La morsure du froid donne des crampes, sauf aux ours qui rôdent. Et pourtant. Elle pose ses valises dans le Grand Nord. Montréal-Yellowknife, huit jours de route. Journaliste, elle a décroché le poste le moins convoité. Après une rupture, son souhait est de changer de vie :

« J’encaisse le coup. Mon pouls s’accélère subitement. Mon souffle devient saccadé. Les idées se bousculent dans ma tête. Je vois les dernières années défiler à toute allure. […] En ouvrant la portière, tu me regardes, et tu souris sans conviction. Puis tu démarres sous un ciel qui se déverse, anthracite, et les feux arrière de ton auto vont se perdre au bout de la rue ».

Elle ouvre la porte sur le Grand Nord. Terra incognita. Ultima Thule. Elle tombe sous le charme :

« Ma vie, peu à peu, s’est lovée au creux de cette baie, cette baie immense qui vient mourir au pied de la ville comme si le lac rendait son dernier souffle. Et quelquefois, je me dis que nulle part ailleurs je ne ferais corps avec le paysage autant qu’ici ».