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Roman

La part de l'homme, Kari Hotakainen

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 15 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Jean-Claude Lattès

La part de l’homme, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, 285 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Kari Hotakainen Edition: Jean-Claude Lattès


Tout, ici, est histoire de langue : langue de l’immigration, difficilement assimilable, « deuxième langue », langue hésitante et répétitive du bègue, langue de bois du discours d’entreprise, métalangue conceptuelle du marché et de l’économie, parole enregistrée en vrac, parole vendue, bradée…

Cela se joue à guichets fermés dans un monde devenu représentation, où chaque être joue un rôle de composition, et s’il ne s’adapte pas, retourne à la case départ.

Dans ce monde de faux-semblants, Salme, mercière retraitée a comme liens avec ses trois enfants quatre séries de cartes postales « ce que je sais de la vie, je l’écris sur des cartes postales que je leur envoie (…) J’ai quatre sortes de cartes : la première représente un lac, la deuxième l’hiver, la troisième l’automne et la quatrième la grand-rue de notre village » (p. 41). Elle ne leur envoie que ce qu’elle pense digne de rester, d’être figé, une petite leçon de vie comme une sentence ou un proverbe : quelque chose à quoi se raccrocher.

Pseudo, Ella Balaert

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 14 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Myriapode

Pseudo, Editions Myriapode septembre 2011. 144 p. 18 € . Ecrivain(s): Ella Balaert Edition: Myriapode

Exister, autre que soi ; se cacher derrière une identité, ou un pseudo ; être, pour quelques heures, pour quelques mois, celui qu'on aurait aimé incarner - ou détester, c'est selon... vieille comme le monde, la manœuvre… Inversion des rôles ; fête des fous, carnavals du Moyen Age - le futé - qui, pour une paire d'heures, faisait du manant, un seigneur. Masques, à longueur  d'année dans la Venise en décomposition du 18è siècle des sons/Vivaldi. Et encore et surtout, vieille comme la littérature, l'amusette ; car, « je », sachant écrire, peut, tout à loisirs, être « tu », ou « il »...

Ella Balaert sait tout ça, et son bagage culturel ruisselle des masques - jolis loups de couleur - et des yeux, plus sombres, plus inquiétants, de la couverture de son « Pseudo ». On comprend, d'entrée de jeu que sur son bureau d'écriture, il y a - empoussiéré ou connu par cœur, on ne sait - «  Les liaisons dangereuses », et peut-être aussi le «  Nous sommes cruels » qui avait valu, il y a peu, à Camille De Peretti, un joli succès de librairie... Mais, depuis quand faudrait-il que cela puisse castrer une autre écriture, quand il s'agit des fondements de la personne humaine.

C'est alors que tout change… pour que rien ne change. La lettre LVII (le vicomte à la marquise) ; 2 pages serrées, « De … ce 5 septembre 17** » du Choderlos, devient :  « 09h56 ; de : Ulysse (pseudo) à Eva (pseudo) ; objet : badinages ». 5 petites lignes au parfum de messagerie, dont un PS fondamental « à propos, de quelle couleur ; vos rideaux ? »

D'autres prendront nos places, Pierre Noirclerc

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 13 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Flammarion

D'autres prendront nos places. 2011. 231 p. 17 € . Ecrivain(s): Pierre Noirclerc Edition: Flammarion

Avez-vous déjà entendu parler du « crowdsourcing » littéraire ? Procédure nouvelle en matière éditoriale, visant à publier un inconnu, sous une forme particulièrement originale. Elle est le fruit d’un partage et d’une collaboration entre internautes, permettant ainsi d’envisager une nouvelle forme de créativité littéraire tout en utilisant la puissance d’internet afin de mettre en relation des auteurs et de créer des projets inédits. Telle est l’ambition de « WeLoveWords » qui a remporté un vif succès pour sa première édition. Pierre Noirclerc vient de remporter une victoire avec publication à la clé. Et le livre-lauréat, « D’autres prendront nos places », dresse un portrait assez alarmant de la « Génération Y ».


Pierre, un jeune diplômé universitaire en économie, part à Londres pour un court-séjour, avant de venir s’installer à Paris en vue d’y trouver son « Eldorado ». Cherchant un studio, il signe rapidement :

« Un type dans un costume brillant et étriqué m'a pris en charge. Je lui ai dit que je cherchais un meublé disponible tout de suite et il m'a proposé de visiter un studio porte de Clignancourt. Quand on est arrivés, l'immeuble paraissait bien tenu. Il y avait quand même, sur l'intérieur de la porte, une note du syndic qui prévenait d'une dératisation prochaine. Mais à choisir entre les punaises et les rats, je préférais les rats. Eux, on peut les voir venir».

La petite, Michèle Halberstadt

Ecrit par Sophie Adriansen , le Lundi, 12 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel

La petite, août 2011 150 p. 12,90 euros . Ecrivain(s): Michèle Halberstadt Edition: Albin Michel

La quatrième de couverture de ce court roman intrigue : « J’ai 12 ans et ce soir je serai morte. » Et puis, dès la première page, on est happé par l’écriture de Michèle Halberstadt, douce et féroce à la fois, qui nous plonge dans la spirale du silence et du désamour dont peut souffrir une enfant à la veille de l’adolescence, avec ici pour décor la France des années 60.

Comment en vient-on à envisager la mort à l’âge où tout est possible ? Comment arrive-t-on à préférer disparaître quand la vie n’est que promesses ? Tout se joue à rien, un rien à peine palpable, un rien tu, un secret dont la douleur prend une dimension inversement proportionnelle aux années de celle qui le possède.


« A quoi bon vivre quand on craint à ce point d’être soi-même ?

J’avais peur de tout. Des baisers des garçons, du jugement de ma tante, du rire de ma sœur, du regard de ma mère.

Il n’y avait qu’avec mon grand-père que je n’avais peur de rien.

Ce soir-là, en éteignant la lumière, j’ai pensé pour la première fois qu’il serait doux de le rejoindre. » (page 92)

Profondeurs, Henning Mankell

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 08 Décembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Points

Profondeurs, 2004, Points Seuil 2009, 348 pages, 7€. . Ecrivain(s): Henning Mankell Edition: Points


S'il n'y avait qu'un objet, se serait une sonde. Son outil de travail, celui contre lequel il se blottit les nuits sans femme. L'objet de tous ses mensonges, qu'il laisserait en garantie contre  parole donnée.

Lui, c'est Lars Tobiasson-Svartman, capitaine hydrographe de l'armée suédoise.


Au début de la première guerre mondiale la Suède, pays neutre, reste sur le qui-vive. Cette guerre, pleine d'incertitudes, on la sent au loin. Des cannonades, des éclairs dans la nuit, des navires croisant au large des côtes, et la peur des mines dérivantes.

Dans ce contexte le capitaine Lars Tobiasson-Svartman a pour mission de sonder les fonds marins des détroits, passes et autres chenaux aux alentours du phare de Sandsänka. À la recherche d'une nouvelle voie navigeable secrète, plus rapide et adaptée à des bateaux de toujours plus grands tirants d'eau.