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Roman

Une année à Venise, Lauren Elkin

Ecrit par Anne Morin , le Dimanche, 29 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Héloïse D'Ormesson

Une année à Venise, Avril 2012, trad. USA par Jean Lineker, 334 p. 22 € . Ecrivain(s): Lauren Elkin Edition: Héloïse D'Ormesson

Oscillant entre la terre ferme et l’eau, entre la certitude, les certitudes, une vie toute tracée où n’affleurent même pas les questions, et l’incertitude, les questions sans réponse, le flottement. Entre Charles, son fiancé éditeur américain de l’upper middle class, et Marco, le batelier vénitien qui s’invente une histoire de vengeance, fuyant avenir et passé, Catherine hésite, Catherine balance : « je suis allée à Venise parce que Venise est un libro d’ore. Un livre d’heures. Un livre doré » (p.14).

Au fond d’elle-même, en quête d’elle-même, des failles s’ouvrent, profondes, où elle s’interroge. D’un côté, New York, le nouveau monde, engoncé dans un monolithisme étouffant, de l’autre Venise, l’ancien monde, berceau flottant, épave ? Les deux, peut-être, où passé et avenir se rejoignent, se joignent et se distendent, se distancient.

Doctorante, Catherine s’interroge sur ses racines. Dans une ville qui prend pied sur l’eau, elle ne choisit pas par hasard pour aimer y vivre, le seul quartier ferme : le Dorsoduro. Par l’eau – et Marco servira de passeur –, Catherine et Neva, une Croate en quête de la scuola segreta de ses ancêtres, ré-inventeront une très ancienne synagogue entre immersion et émersion aux magnifiques mosaïques : « Je savais que c’était à Venise, et dans un endroit improbable » dira Neva (p.136).

Les feuilles mortes, Thomas H. Cook

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 28 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Folio (Gallimard)

Les feuilles mortes (Red Leaves, 2005), traduit (USA) par Laetitia Devaux, 2010, 305 p. 6,95 € . Ecrivain(s): Thomas H. Cook Edition: Folio (Gallimard)

 

Eric Moore est un père de famille sans histoires. Petit commerçant dans une petite ville, il a une femme aimante, Meredith, et un fils de quinze ans, Keith, renfermé, flemmard et mal dans sa peau. Un soir, comme cela lui arrive régulièrement, Keith va faire du baby-sitting et garder Amy, une enfant de huit ans. Le lendemain, Amy a disparu. Les soupçons se tournent bien vite vers Keith qui ne semble pas mettre beaucoup d’énergie à se défendre. Et Eric de voir le doute s’insinuer en lui : et si Keith était coupable ? Et si son bonheur familial n’était qu’une illusion soigneusement entretenue depuis trop longtemps ?

« Les photos de famille mentent » nous dit Eric en ouverture de son récit. Et c’est bien ce que Thomas Cook va s’employer à nous montrer tout au long de ce roman par la voix de son personnage principal. Car derrière le vernis des sourires et des regards attendris se cachent aussi les non-dits, les vilains petits secrets, les frustrations quotidiennes et une amertume parfois tenace.

Ma vie précaire, Elise Fontenaille

Ecrit par Sophie Adriansen , le Vendredi, 27 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Calmann-Lévy

Ma vie précaire, 4 avril 2012, 220 p. 15,50 € . Ecrivain(s): Elise Fontenaille Edition: Calmann-Lévy

 

La narratrice quitte son appartement parisien. Ses enfants, grands, ont volé loin du nid depuis un moment. Elle est livrée à elle-même.

Le roman s’ouvre sur la dispersion des bibliothèques de la narratrice, que celle-ci observe à distance avec intérêt. Contre toute attente, voir ces livres, autant d’anciens fétiches, faire le bonheur de tierces personnes la remplit de joie. La fin des besoins matériels et le détachement sont en marche.

« J’avais enfin quitté la marchande de sommeil, et trouvé pour quelques jours refuge à Vincennes, non loin de la tour où le marquis de Sade passa quelques années chez un ami d’ami parti en voyage, mais décidément Paris m’était impossible : jamais je ne trouverais un bail, personne ne voudrait louer ne serait-ce qu’un studio à un écrivain sans le sou, et surtout sans fiche de paye – le sésame des temps modernes –, il me fallait repartir, au hasard Balthazar, encore une fois » (page 75).

Ma vie précaire est le récit de l’errance d’une femme qui a choisi sa vie, qui a opté pour la liberté, et qui assume le prix que la vie lui fait payer pour cela. Errance professionnelle, errance financière, errance immobilière, errance parmi les hommes, les livres, les mots.

Clandestin, Philip Caputo

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 25 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Le Cherche-Midi

Clandestin (Crossers), traduit USA par Fabrice Pointeau, 736 p. 22 € . Ecrivain(s): Philip Caputo Edition: Le Cherche-Midi

 

Une épopée américaine. Avec Clandestin, Philip Caputo se plonge dans un siècle d’histoire américaine, de l’avant-veille de la première guerre mondiale au lendemain des attentats du 11 septembre. Attentats au cours desquels est décédée la femme du personnage principal du livre, Gil Castle. Elle a été « atomisée ». Son corps n’a jamais été retrouvé.

Castle ne parvient pas à se remettre de cette disparition. Il entre dans une longue phase de dépression, est à deux doigts de se suicider, mais se ravise au dernier moment, le fusil en main, pour ne pas imposer cette nouvelle épreuve à ses filles.

Finalement, il plaque son boulot de grand ponte de Wall Street (mais garde quelques millions de dollars sur son compte, ce qui sera très pratique pour la suite du roman, mais qui s’avère également une facilité scénaristique certaine…) et part s’installer en Arizona, près de la frontière mexicaine, dans une cabane située sur les terres de ses cousins.

Une nouvelle vie débute, qu’il passe entre parties de chasse avec son chien et lecture de Sénèque. Petit à petit, il retrouve goût à la vie.

Super triste histoire d'amour, Gary Shteyngart

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 24 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Science-fiction, La Une Livres, USA, L'Olivier (Seuil)

Super triste histoire d’amour (Super sad true love story. Trad. de Stéphane Roques) Mars 2012. 408 p. 24 € . Ecrivain(s): Gary Shteyngart Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Il y a maldonne. En septembre dernier on nous annonçait à sons de trompe « le grand livre sur l’Amérique d’aujourd’hui » avec le « Freedom » de Franzen. Livre laborieux, long, finalement assez insignifiant. Eh bien il est là ce livre « de » et « sur » l’Amérique, avec ce tonitruant roman « de SF » de Shteyngart !

De SF  dit-on ? Science-Fiction ? Il fut un temps, naguère, où on disait « anticipation » et dans le cas de ce roman le terme est tellement plus juste ! Anticipation, à peine … Et la puissance tellurique de ce livre c’est ça : l’à-peine décalage dans le temps. Oui, c’est de la fiction, mais une fiction tellement ancrée dans les fondements aveuglants du présent, qu’elle en extrait la quintessence. A la manière d’une fable philosophique, ce roman d’anticipation dresse un tableau saisissant de ce qui nous attend ou, plus exactement, de ce qui nous arrive !

Lenny Abramov, Juif américain presque quadra est tombé amoureux, lors d’une année sabbatique à Rome en l’An … , d’une très jeune coréenne, Eunice Park. Lui qui travaille pour  « les services post-humains » de la Staatling-Wapachung, entreprise US qui a pour objet la production de … l’immortalité, rien moins ! Belle injection de jouvence que cette fille, menue, drôle et prototype tonique de son temps.