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Roman

L'homme à la carrure d'ours, Franck Pavloff

Ecrit par Valérie Debieux , le Jeudi, 26 Janvier 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel

L'homme à la carrure d'ours. Janvier 2012. 208 p. 15 € . Ecrivain(s): Franck Pavloff Edition: Albin Michel


Laponie russe. Finlande à l’Ouest. Mer de Barents au Nord et mer Blanche au Sud. Années 2010. Toile de fond : Voulkor, une ancienne ville minière russe rasée ; ses galeries servent d’entrepôt aux déchets nucléaires depuis près de vingt ans.


« Puis un jour d’automne, l’harmonie entre les hommes et la terre arctique fut tranchée par un ordre d’évacuation d’urgence signé des Autorités, doublé d’un décret sans appel ordonnant au trust de détruire l’usine et les docks de la baie, de faire sauter à l’explosif les immeubles de Voulkor et de colmater les puits des galeries de mine. […] Tout fut enseveli sous des tonnes de ciment et de mâchefer amenées par des cargos non identifiés qui se frayèrent un passage parmi les sous-marins nucléaires à l’abandon dans la baie. […] Plus aucun obstacle ne s’opposa au vent du nord. Sur les cartes de protection civile, les Autorités, gommant le nom des villes martyres, hachurèrent un large quart de cercle reliant la baie à la Plaine. Les fjords poubelles et l’isthme de terre lapone rongées de galeries bourrées de déchets d’origine inconnue furent rayés de la carte ».

Potemkine ou le troisième coeur, Iouri Bouïda

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 25 Janvier 2012. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Gallimard

Potemkine ou le troisième cœur. Traduit du russe par Sophie Benech, janvier 2012, 162 p. 17,50 € . Ecrivain(s): Iouri Bouïda Edition: Gallimard

Quand un film change une vie.

Paris, 1926. En prenant son ticket de cinéma pour aller voir l’une des toutes premières séances du Cuirassé Potemkine, de Sergueï Eisenstein, Fiodor Ivanovitch Zavalichine, dit Théo, n’imaginait pas que « soixante quinze minutes après le début de la séance, sa vie allait connaître un changement irréversible. »

En tant que militaire, il avait participé à la répression de 1905 et « c’est seulement alors, en découvrant sur l’écran sur qui il avait tiré bien des années auparavant, que cet homme dit avoir compris l’horreur du crime auquel il avait participé sans s’en rendre compte ».

Il se rend à la police en se déclarant coupable d’avoir commis un crime épouvantable.

« Un hasard m’a ouvert les yeux et j’ai compris que j’étais un criminel. J’ai commis un crime, il y a vingt et un ans, et je viens seulement de l’apprendre… A l’époque, je croyais juste exécuter un ordre. Je croyais tirer sur des insurgés, et voilà que maintenant, j’ai découvert que ce n’étaient pas des insurgés, mais des femmes et des enfants. »

L'armoire des robes oubliées, Riikka Pulkkinen

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 24 Janvier 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Albin Michel

L'armoire des robes oubliées. Janvier 2012. 400 p. 20,90 € . Ecrivain(s): Riikka Pulkkinen Edition: Albin Michel

Helsinki. Années 2010. Une fresque de famille. Trois générations. Trois strates de peinture sur une toile dense de vécus, d’émotions, de non-dits. Superposition, mélange de couleurs. Parfois claires, vivantes, emplies de lumière mais aussi, sombres en certains endroits.

Au centre de la toile, la grand-mère, Elsa Ahlqvist, professeur à la retraite, psychologue de renommée internationale. Le cancer l’accompagne discrètement vers la porte de sortie. La mort l’attend, patiemment, sur le seuil. Elle le sait.

« Je suis en train de pourrir. Elle lui avait dit cela la semaine précédente, dans l’unité de soins palliatifs, comme un appel au secours. Ne me laisse pas me putréfier, je veux rentrer à la maison »

Adossé en contrefort, son mari, Martti. Artiste-peintre reconnu et estimé. Il délaisse pinceaux et palette. L’esprit occupé par celle qu’il a aimée et qu’il aime. Mais il a peur. « Martti craignait les nuits, il craignait les instants où il se réveillait seul au milieu de rêves qui lui restaient obscurs. Il craignait de s’éveiller et qu’Elsa ne respire plus à ses côtés. » À leurs côtés, leur fille Eleonoora, médecin. Elle s’oppose au retour de sa mère.

L'homme à la carrure d'ours, Franck Pavloff

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 24 Janvier 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel

L'homme à la carrure d'ours. Janvier 2012. 208 p. 15 € . Ecrivain(s): Franck Pavloff Edition: Albin Michel

 

Le verre à moitié plein ou à moitié vide ? S’agissant, ici, d’un livre, celui-ci est-il seulement à moitié réussi ? Ou à moitié raté ? C’est en tout cas un sentiment mitigé qui ressort de la lecture du dernier livre de Franck Pavloff, L’homme à la carrure d’ours.

Ce qui séduit, verre à moitié plein, c’est le cadre, plus qu’insolite, dans lequel se déroule l’action. On se trouve aux confins de la Russie arctique, dans un endroit appelé « la Zone » où un froid d’acier, souvent en dessous de -30°, fige toute vie.

Quelques années plus tôt, un ordre d’évacuation générale d’urgence a été donné par les autorités, et l’ancien site minier a été déclaré territoire à hauts risques. Des fûts de carburant nucléaires ont été enfouis sous la terre à la hâte, et des mineurs enterrés vivants. Un décret a assigné à résidence à vie les reclus de la Zone. Personne ne peut s’échapper. Et personne ne peut plus non plus y entrer.


« Nul n’a jamais franchi les frontières de la Zone ».

Je vais beaucoup mieux que mes copains morts, Viviane Chocas

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 24 Janvier 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Héloïse D'Ormesson

Je vais beaucoup mieux que mes copains morts, 12 janvier 2012, 175 P. 17 € . Ecrivain(s): Viviane Chocas Edition: Héloïse D'Ormesson

Blanche est une jeune femme un peu paumée, un peu idéaliste, qui se cherche tout en cherchant le job qui lui permettra d’atteindre le but qu’elle s’est inconsciemment assigné. Ainsi se retrouve-t-elle animatrice d’un atelier d’écriture dans une maison de retraite. Elle avance à l’aveuglette, apprenant à s’adresser à ses vieux au fur et à mesure des séances. Sa première déception est le nombre de participants qu’elle espérait important (un atelier d’écriture ne peut qu’intéresser les gens, fussent-ils âgés) mais qui se réduit à neuf personnes.

Elle tâtonne, Blanche, tant dans ses attitudes que dans ses questions, et ses hésitations la renvoient à elle-même. « T’es obligée d’articuler comme une débile » se lance-t-elle, preuve qu’elle avance en terre inconnue, d’autant que les questions qu’elle pose à ses vieux créent chez eux un malaise dont elle ne sait pas bien quoi faire, des émotions qu’elle a du mal à canaliser. Les souvenirs, parfois anciens et douloureux refont surface, et Blanche veut utiliser ce matériau pour atteindre un objectif : « Les redresser, leur rendre la parole. Mais c’est sous ses pieds aujourd’hui que s’ouvre la trappe du verbe. Sous ses pauvres pieds. Pour enfin témoigner ».