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Roman

Némésis, Philip Roth

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallimard, La rentrée littéraire

Némésis (Nemesis) trad. USA Marie-Claire Pasquier septembre 2012. 226 p. 19,90 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Gallimard

 

"Il faut, avec les mots de tout le monde, écrire comme personne." Colette

 

On ne pourrait mieux épingler l’art éblouissant de Philip Roth que par cette citation. Et en particulier pour donner à ceux qui n’ont pas encore lu Némésis une idée du miracle que produit ce livre : dérouler un récit captivant avec un naturel, une élégance, une authenticité qui sont la marque des seuls grands maîtres.

Tout y est parfait : l’économie et la richesse lexicales, l’organisation serrée et impeccable de la narration, les portraits inoubliables des personnages, le souffle de rage enfin qui emporte tout sur son passage. Presque tranquillement, Philip Roth construit le point d’orgue de son œuvre comme un véritable défi universel.

Orchidée fixe, Serge Bramly

Ecrit par Etienne Orsini , le Mercredi, 17 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Orchidée fixe, août 2012, 286 p. 18 € . Ecrivain(s): Serge Bramly Edition: Jean-Claude Lattès

 

En 1942, fuyant la France occupée pour gagner l’Amérique, Marcel Duchamp fait escale trois semaines à Casablanca. Cherchant à tuer le temps qui le sépare de l’arrivée du transatlantique, il se met en quête d’un bar où il pourrait jouer aux échecs. On lui signale l’Eden. Il en franchit le rideau de perles et découvre rien moins qu’un petit tripot rassemblant chaque jour la même douzaine d’habitués. Regardé d’abord de travers puis ignoré par le microcosme des joueurs de cartes, il est finalement pris en sympathie par le patron de l’estaminet, René Zafrani, alias le Baron de la Cale.

C’est avec une intrigue « infra mince » que Serge Bramly s’engouffre dans une brèche de la biographie de l’artiste. Il parvient pourtant, à partir de là, à bâtir un roman alerte, déroulant sa trame dans l’espace (entre Tel-Aviv, Paris et les Etats-Unis) et dans le temps (entre l’époque de la guerre et la nôtre). Les différentes atmosphères sont parfaitement restituées et en particulier les aspects de la vie des Européens dans le Protectorat marocain (tracasseries administratives au débarquement ; entassement dans les camps d’hébergement ; liens avec la France de Vichy et sa tutelle nazie). Les personnages sont tous plausibles, allant essentiellement par paires : la narratrice – arrière-petite-fille de René Zafrani – et l’historien d’art ; Duchamp et Zafrani.

Nulle part dans la maison de mon père, Assia Djebar

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 17 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Maghreb, Babel (Actes Sud)

Nulle part dans la maison de mon père, 452 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Assia Djebar Edition: Babel (Actes Sud)

 

Peut-on prendre congé de son existence, dire adieu à sa propre personne, à son passé ? C’est la voie apparemment décrite par Assia Djebar dans un roman, autobiographique, Nulle part dans la maison de mon père. Ce père, instituteur, seul indigène de son village ayant accédé à cette fonction, est immensément sévère, rigoriste. Il élève l’héroïne en l’entourant d’une protection qui entraîne, bien vite, l’apparition de toutes sortes d’interdits : vestimentaires, relationnels. Le puritanisme est de rigueur.

Pourtant, l’héroïne du récit parvient à échapper, un peu, à cette atmosphère familiale pesante ; elle est admise dans un internat, y fait la connaissance de camarades musulmanes comme elle, et de pensionnaires européennes. Elle y découvre les joies de la lecture, de la complicité intellectuelle avec Mag, Jacqueline, Farida. Elle goûte à la liberté de mouvement, ayant la faculté de retourner dans son village à chaque fin de semaine.

Cette jeune femme est torturée par toutes sortes d’interrogations : l’émancipation intellectuelle va-t-elle de pair avec l’émancipation des mœurs si étroitement contrôlés dans cette Algérie coloniale ? Que représente son père, censeur omniprésent dans sa conscience d’enfant, dans sa vie : un protecteur ou un castrateur impitoyable ?

J'ai décidé, Isabelle Rossignol

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mercredi, 17 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Flammarion, Jeunesse

J’ai décidé, Flammarion, collection Tribal, 11 avril 2012, 224 p. 10,50 € . Ecrivain(s): Isabelle Rossignol Edition: Flammarion

Cynthia a 17 ans, elle vit à la Courneuve, dans une barre d’immeubles glauque. Sa mère fait des ménages dans une maison de retraite et s’abrutit devant des séries télévisées et un plat surgelé. Son père est routier international, autant dire qu’il est absent. La vie s’écoule, morne et vide, dans un bahut forcément « pourri », trop rarement égayée par des soirées Coca avec sa voisine black, la Grosse Lulu, qui ne fréquente que l’ANPE et l’église.

Cynthia a 17 ans, elle vit à la Courneuve, son avenir – et même son présent – ressemblent à un point d’interrogation. Elle se sent si nulle, si « bidon », si inutile, que depuis deux semaines elle ne bouge plus. Elle avance les yeux fermés, tournée vers son propre néant. L’esprit vide. Ou l’esprit plein. Mais plein de quoi ? Elle se le demande à chaque instant. Même son professeur de français, Madame Laugier, remarque qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

Cynthia a 17 ans, elle vit à la Courneuve et elle est enceinte. De Ludo, le fils du patron de son père qu’elle n’a vu qu’une fois. Avec lequel elle n’a plus aucun contact depuis cette unique fois ; avec lequel elle n’a pas mis de préservatif, parce qu’elle ne savait pas comment, parce qu’elle ne voulait pas passer pour une oie blanche, parce que de toute façon, elle ne s’en souvient pas, parce qu’au fond ça n’en valait pas la peine.

14, Jean Echenoz

Ecrit par Romain Vénier , le Mardi, 16 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, La rentrée littéraire, Les éditions de Minuit

14, Octobre 2012, 124 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Jean Echenoz Edition: Les éditions de Minuit

 

Après sa trilogie de biographies (Ravel en 2006, Courir en 2008 et Des Éclairs en 2010), dans laquelle il croquait successivement les vies du compositeur de Boléro, de l’athlète Emil Zatopek et du physicien Nikola Tesla, Jean Echenoz revient à une forme romancée qui ne s’appuie pas sur une vie documentée.

14 est un titre d’une grande simplicité : deux caractères, un nombre pour évoquer tout le terrible de la première guerre mondiale. Titre court comme l’auteur semble les apprécier, si l’on en croit ses précédents romans, court comme le livre lui-même, mais qui laisse ouvert l’éventail des possibles tant il est simple et nu : il ne fait que cadrer, poser un repère temporel. Ce titre est à l’image des livres d’Echenoz, concis, nets, parfois brutaux. Ce qui n’empêche jamais une fantaisie bien particulière qui fait leur piquant.

Soit donc ici quelques amis, ainsi qu’une fiancée qui restera en observatrice, loin des gaz et des tranchées. Les cinq, partis au front, auront tous droit à une petite attention, qui à son moment de gloire, qui à sa fin décrite par le tranchant d’une phrase de fin de paragraphe, comme on fendrait en deux une buche sur un billot, qui à une soudaine envie satisfaite, une nuit, et promesse de renouveau.