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Roman

La moitié du paradis, James Lee Burke

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 28 Novembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Rivages/Thriller

La moitié du paradis (Half of Paradise, 1965), trad. de l’anglais (USA) par Olivier Deparis, octobre 2012, 302 p. 20 € . Ecrivain(s): James Lee Burke Edition: Rivages/Thriller

 

 

« Dieu lui-même se tue en chaque feuille qui vole,

Et mieux vaut l’enfer que la moitié du paradis ».

 

C’est sur ces vers du poète américain Edward Arlington Robinson, qui lui donnent son titre, que s’ouvre le premier roman de James Lee Burke (datant de 1965) enfin traduit en France par les éditions Rivages. Exercice souvent un peu vain et servant juste la plupart du temps à placer l’auteur sous le signe d’un bien meilleur que lui (généralement Shakespeare dont on se demande parfois s’il n’a pas écrit que pour cela), l’épigraphe est ici, pour une fois, totalement justifiée en ce qu’elle donne réellement le ton de l’histoire qui va suivre.

Brûler de l'intérieur, Ahmed Kalouaz

Ecrit par Cathy Garcia , le Mercredi, 28 Novembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Thierry Magnier

Brûler de l’intérieur, photographies Alain Cornu, « photo roman », octobre 2012, 88 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Ahmed Kalouaz Edition: Thierry Magnier

 

 

Un concept original que ces photos romans, qui n’ont rien à voir avec les romans-photos. Ici photos et roman sont présentés séparément, d’abord les photos, dès la première page, on entre dans l’image, une photo par page. Ici des vues horizontales de bord de mer, plages du Nord en morte saison, des maisons, des rues, vides pour la plupart, une chaise de maître-nageur où s’accrochent des algues, une caravane à gaufres fermées… Des photographies très esthétiques d’où l’humain semble quasi absent et qui ouvrent la porte à l’imagination. Puis démarre l’histoire qui, en contraste peut-être, met l’accent surtout sur l’humanité, ce qu’elle a de plus beau en elle : l’altérité. Le concept de ces photos romans veut que l’auteur écrive une histoire à partir d’une série de photos dont il ignore tout. Pour le lecteur qui a d’abord, lui aussi, regardé ces photos, au fur et à mesure de sa lecture, surviennent tout d’un coup des impressions de déjà vu, des images se superposent, se mélangent à ses propres images, les souvenirs des protagonistes sont aussi les siens : il a vu. Cela donne une texture toute particulière à l’histoire.

Géographie des baleines, Manuèle Peyrol

Ecrit par Stéphane Bret , le Mardi, 27 Novembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Géographie des baleines, Editions De Fallois, octobre 2012, 248 p. 18 € . Ecrivain(s): Manuèle Peyrol

L’enfance rend-elle imperméable aux mensonges et aux faux-semblants des adultes ? Selon Manuèle Peyrol, la réponse pourrait être positive si l’on est, comme le principal personnage de son roman, Marie, dotée d’une lucidité à toute épreuve et d’une perspicacité hors norme.

Marie est âgée de cinq ans en 1940. Elle demeure dans un appartement bourgeois avec vue sur le port d’Oran. Tout pourrait se passer très normalement à ceci près que Marie a, déjà, décelé dans l’attitude des adultes un côté ridicule qui la conduit à assimiler ces derniers à des baleines, en raison de la perception de leur taille, aussi démesurée que celles des vraies baleines.

Des échos de conversation tenues entre ses parents parviennent aux oreilles de Marie, des bribes de phrases captées dans les propos des habitants de son immeuble qui semblent se présenter comme des échantillons représentatifs de la société coloniale de l’époque : la « dame russe », ainsi que l’appelle Marie, en raison de son origine russe blanche, monsieur Pinchina, élégant, urbain, cultivant le raffinement, dont on apprend la judéité, la concierge Madame Visconti, la servante Amina, qui va conduire avec Marie quelques dialogues piquants sur les « Indigènes » et la transformation de l’Algérie : « Ils disent que c’est la France mais nous ne sommes pas des Français. Eux sont chez eux, et nous aussi nous sommes chez eux, même si nous sommes chez nous… »

Personnages secondaires, Alejandro Zambra

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 26 Novembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, L'Olivier (Seuil)

Personnages Secondaires, traduit de l’Espagnol (Chili) par Denise Laroutis, 167 p. 17,50 € . Ecrivain(s): Alejandro Zambra Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Le roman des enfants seuls

 

Le roman d’Alejandro Zambra est un subtil mélange d’introspection de soi et de la répercussion de l’Histoire sur les générations antérieures et présentes. Les pages fouillent nerveusement l’histoire de la vie quotidienne des pères et des fils pendant cette période sanglante pour le Chili que sont les années 80.

« Mon roman, c’est le roman des parents, je l’ai pensé à ce moment-là, je le pense maintenant. Nous avons grandi dans cette croyance que le roman, c’était celui des parents. En les maudissant et aussi en nous réfugiant, soulagés, dans cette ombre qu’ils nous faisaient. Pendant que les adultes tuaient ou étaient tués, nous dessinions dans un coin. Pendant que le pays s’effondrait par morceaux, nous, nous apprenions à parler, à marcher, à plier les serviettes en forme de bateaux, d’avions. Pendant que le roman se déroulait, nous, nous jouions à cache-cache, à pas vu pas pris, à disparaître ».

L'Emeraude, Mario Soldati

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Novembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard, Italie

L’émeraude, traduit de l’italien Nathalie Bauer, Gallimard-Le Promeneur, octobre 2012, 368 p. 26,50 € . Ecrivain(s): Mario Soldati Edition: Gallimard

 

L’émeraude est l’une des dernières œuvres du prolifique Mario Soldati qui y apparaît sous la figure d’un double, tout comme lui écrivain italien. Dans ce récit, Soldati fait se confondre et se succéder rêve et réalité pour traduire sa vision de l’écriture, ainsi que le montre Pier Paolo Pasolini dans son Avant-propos : « il a institué une identité entre écrire et rêver ». « De même que le rêve produit l’avenir en élaborant le vécu, de même l’écriture produit l’avenir en élaborant l’expérience ».

« Ce rêve, je le construisais, le compliquais, l’embrouillais, le dédoublais ; ce rêve captieux, aventureux, féerique, je le faisais dans le seul but d’atteindre un fragment de ma réalité mesquine, de mon petit moi ».

Le narrateur se trouve à New York en compagnie de sa femme. Il y rencontre un étrange vieillard, « vieille tante ou vieux maquereau, sans doute les deux », qui le reçoit lors d’un dîner étrange. Le comte Gagliani lui révèle son pouvoir occulte et entrouvre pour lui les portes de l’avenir. Il annonce également à son hôte qu’il va partir à Saorge dans le Sud de la France, à la recherche d’une émeraude d’exception qui a appartenu à son père et qui doit lui revenir. Après cette séance de parapsychologie, le narrateur s’engage seul dans ce voyage, se rendant dans le village indiqué.