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Roman

Les Impurs, Caroline Boidé

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 24 Février 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Serge Safran éditeur

Les Impurs, Editions Serge Safran, décembre 2011, 159 p. 15 € . Ecrivain(s): Caroline Boidé Edition: Serge Safran éditeur

 

Le sujet, déjà – un garçon algérien, juif, amoureux d’une fille musulmane au temps de la guerre d’Algérie – n’est pas si fréquent et vaut qu’on ait de l’appétit pour ce petit volume blanc, à peine moucheté de rouge, que propose Serge Safran.

Mais ce livre est tellement autre chose !

L’histoire d’amour elle-même ; amenée avec un fracas de bataille dès le premier chapitre : le coup de foudre (l’expression semble avoir été inventée, là). Sa déclinaison, ronflant comme un orage méditerranéen ; une passion à la sensualité chaude, plus érotique, au vrai, que crue : « je portais ma bouche à sa toison, douce et épicée, au goût de chorba »… On s’en serait douté ; l’histoire est impossible entre ce David et cette Malek ! « un juif et une musulmane en Algérie auraient fait des vauriens, des bons à lyncher, des morts nés aux racines calcinées… » bah ! Direz-vous, du Roméo et Juliette parfumé aux épices ?

Plutôt un tragique noir et bleu qui, parfois, aurait un parfum de Sophocle : drame, absence, deuil ; récit parfaitement épuré ; amour/mort. Mais l’affaire se nourrit de l’Histoire, celle de l’Algérie des années 55-61 (Alger, Batna, au pied des Aurès).

Le Journal d'un haricot, Olivier Hobé

Ecrit par Olivier Verdun , le Jeudi, 23 Février 2012. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Le Journal d’un haricot, Editions Apogée, 2011. 62 p. 12 € . Ecrivain(s): Olivier Hobé

« Je respire du Quentin, sa maladie me bouffe, m’envahit, je le sens, je le renifle, il n’a jamais été aussi proche de moi. On me regarde écrire. Dans un café, on se rend compte de la solitude des loutres. Il me semble être l’une d’elles ». Ainsi s’achève, dans une langue horizontale tendue comme la moire, tirée au cordeau, où presque rien ne dépasse, mais qui ne rompt jamais sa texture sensible, Le Journal d’un haricot qu’Olivier Hobé a tissé de notes prises au quotidien.

Un drôle de titre, qui pourrait, de prime abord, dérouter le lecteur friand de mises en bouche truculentes. On s’attend à parcourir un énième conte de la collection Milan Jeunesse, mais sûrement pas le récit d’une loutre tentant de se tenir au plus près de celui qui, le plus souvent, est nommé par la lettre Q.

On devine que le haricot en question est une plante herbacée d’un genre peu amène, dont gousses et graines n’ont rien de comestible, qui creuse avidement, dans le dédale des entrailles, une galerie de tchernoziom, avec pics et à-pics : « Sa douleur passe dans la mienne : il me faut vite l’apprivoiser avant de la lui rendre moins sauvage, comme apaisée, pur jus de fruit pressé entre mes mains », « Q. vient d’avoir 16 ans aujourd’hui…, je suis heureux d’être son père. Pensée légumineuse, jeux lumineux, jus de gueux ».

Tout contre, Marie-Florence Gros

Ecrit par Sophie Adriansen , le Jeudi, 23 Février 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Héloïse D'Ormesson

Tout contre, Marie-Florence Gros, février 2010, 160 pages, 16 € . Ecrivain(s): Marie-Florence Gros Edition: Héloïse D'Ormesson

Ce premier roman fait alterner deux cavales, l’une proche et l’autre plus lointaine, à l’Est, qui sont liées plus qu’il n’y paraît.

Les héros s’appellent Nestor et Andréa. Ils se rencontrent et s’aiment. Mais le temps, personnage à part entière de l’intrigue, s’en mêle. Car les protagonistes ne sont pas soumis à la même temporalité, et c’est là leur drame – tandis qu’el parallèle, le trafic de filles de l’Est contre lequel lutte Nestor l’avocat se rapproche de plus en plus d’Andréa, qui exerce le métier d’écrivain, et dont le roman ne sortira pas indemne.

« Parce que le temps imaginaire est à angle droit du temps réel, il se comporte comme une quatrième dimension spatiale. Il ouvre donc sur un éventail de possibilités beaucoup plus riches que la voie ferrée du temps réel ordinaire ». Stephen Hawking, en exergue.

Le caractère abouti de Tout contre, ajouté à sa structure complexe et très maîtrisée, est un fait assez rare pour un premier roman. Si l’écriture en est finie et subtile, ce roman n’est toutefois pas très accessible au premier abord. Il peut dérouter – mais qui surmontera cette impression bien légitime de décalage, cette sensation d’être à contretemps, s’en trouvera récompensé.

HHhH, Laurent Binet

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Mardi, 21 Février 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Grasset

LHHhH, 2010, Grasset 2010 (20,9 €) et LGF 2011 (7,50 €) . Ecrivain(s): Laurent Binet Edition: Grasset


Drôle de titre, drôle de livre.

Le titre renvoie au surnom de Reinhard Heydrich, chef d'Eichmann et bras droit d'Himmler : Himmlers Hirn heisst Heydrich / le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich. Heydrich qu'on surnommait aussi la « bête blonde », le « bourreau de Prague », « l'homme le plus dangereux du IIIè Reich ».

Comment écrit-on l'Histoire se demande l'auteur. Comment couche-t-on sur papier, l'obsession d'une vie, des heures et des heures de lectures, de visites, de films? Laurent Binet écrit sur Heydrich et sur l'attentat dont il fut la cible à Prague en 1942. Et il écrit sur ce qu'il écrit. Cette métafiction et cette réflexion sur comment écrire l'histoire de l'Histoire est passionnante. Professeur de français, il connaît les ficelles du roman : le terme générique -au sens de genre- figure sous le titre : c'est, ici, plus qu'ailleurs, à souligner (souvenez-vous de la polémique sur Jan Karski de Yannick Haenel).

Dès le départ, il nous offre un "contrat de lecture" (rappelez-vous, il est prof de français) et au fil du récit, ou plutôt des récits, il explique ses doutes, ses limites, ses scrupules, sa curiosité, son obsession pour le sujet qui empiète sur sa vie privée.

Tarja, Jean-Noël Sciarini

Ecrit par Valérie Debieux , le Lundi, 20 Février 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, La Joie de lire

Tarja, 2011, 256 p., 16 € . Ecrivain(s): Jean-Noël Sciarini Edition: La Joie de lire

Le ton est donné au début de l’ouvrage via une citation d’Einstein : « Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé ».

Tarja est victime d’une rumeur, elle serait une « salope ». Jeune fille de son temps, elle connaît un franc succès auprès de la gente masculine avec, pour douloureux corrélat, une médisance crasse à son égard. Aucun propos insultant ne lui est épargné ; « facebook » sert de plate-forme aux commérages. Qui est donc « Tarja » sur laquelle tout le monde se défoule ? Dès les premières lignes, je me suis attachée à cette jeune fille, forte et fragile à la fois, qui, « du haut » de ses seize ans, va être happée par un monde sans pitié, celui de l’incompréhension, de l’exclusion et de la haine : elle a en effet décidé d’assumer sa grossesse malgré la complice indifférence du « Sénat » de son collège.

Tout est nuancé et écrit en filigrane ; nous avançons avec l’héroïne, nous souffrons avec elle, sans pathos, et nous apprenons à découvrir la vraie personnalité de Tarja. Une merveilleuse amitié la soude à Léon, fidèle et meilleur ami – personnage phare de ce roman qui émeut et séduit tant par sa loyauté que par sa sensibilité puis on se laisse surprendre également par l’amitié « forte et invisible » liant Tarja à Einstein ; au fil des pages, le récit nous rapproche de cette jeune fille qui finit par devenir « notre » meilleure amie et confidente et c’est ce qui fait l’une des forces de ce texte.