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Roman

Le sillage de l'oubli, Bruce Machart

Ecrit par Stéphane Vinckel , le Mardi, 14 Février 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Gallmeister

Le Sillage de l’oubli (The Wake of forgiveness), traduction Marc Amfreville. 334 p. 23,60 € . Ecrivain(s): Bruce Machart Edition: Gallmeister

Lavaca County, Texas, est une terre où les destins se jouent à coups de courses de chevaux : « Tout n’est [...] qu’une histoire de chevaux » : on y gagne des terres ou des femmes, et on y perd sa vie ou sa famille. Parlons-en, de la famille. Les femmes ici ne sont que nourricières, ou objets, ou évanescentes (mère disparue ou amante d’une nuit). Tous les fils sont battus, marqués à vie, ou traités comme des animaux. Les filles ne sont que marchandises.

« Tant de sang, elle avait perdu tant de sang que lorsqu’il se réveilla dans des draps trempés et qu’il la trouva contre lui, recroquevillée sur le flanc, la peau moite de sueur, gémissante et un chapelet entortillé entre ses doigts crispés, Vaclav Skala sourit en pensant qu’elle venait de perdre les eaux ».

Le roman commence, en 1895, dans le sang, par une naissance et une mort : celle de Karel Skala et celle de sa mère. Le clan Skala, désormais, n’est composé que d’hommes, quatre fils et leur père, transformé en bourreau dans son veuvage. Quatre fils dont le cou forme un angle étrange, à force d’avoir été attelé à la charrue et de creuser des sillons, toute la sainte journée.

Providence, Juan Francisco Ferré

Ecrit par Thierry Guinhut , le Lundi, 13 Février 2012. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, Passage du Nord Ouest

Providence, trad. de l’espagnol François Monti, 640 p, 25 € . Ecrivain(s): Juan Francisco Ferré Edition: Passage du Nord Ouest

Juan Francisco Ferré : la Providence du lecteur ?

Comment faire son Grand Roman ? Sinon en projetant sur la trajectoire d’un alter ego nombre d’images du monde et de fantasmes universels. La recette paraît simple ; au risque du narcissisme et de l’explosion désordonnés des thèmes et des strates culturelles. Nous avons cru ainsi nommer la tentative esthétique de Juan Francisco Ferré.

Providence est très vite un livre intrigant, bavard autant que riche, comme une sorte de météore de poids, plutôt bien ficelé. Car ce ne sont pas les ficelles qui manquent : allusions souterraines à un grand écrivain culte et occulte – Lovecraft pour ne pas le nommer – histoire de se donner un parrainage édifiant, ironie haute en couleurs envers les « vertus du capitalisme béni » histoire de se poser en trop facile moraliste économique, mythe faustien pour la caution profondément philosophique, et satire du cinéma hollywoodien pour l’inscription mode dans l’air du temps, sans compter les épices érotico-pornographiques pour se la jouer coquin et transgressiste… On hésite alors entre le défi au Grand Roman Américain brillamment relevé par un écrivain espagnol et la pantalonnade bourrée de clichés mis en scène avec art. Le fourre-tout paraît parfois somptueusement réussi, parfois aussi flapi qu’un collage qui se décolle…

Les dépossédés, Steve Sem-Sandberg

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 12 Février 2012. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Récits, Robert Laffont

Les dépossédés, traduit du suédois par Johanna Chatellard-Schapira (De Fattiga i Łódź), août 2011, 587 p. 22 € . Ecrivain(s): Steve Sem-Sandberg Edition: Robert Laffont


Les dépossédés relate l’histoire du ghetto de Łódź de 1940 à 1945, reprenant les faits dont témoignent la Chronique et les archives du ghetto et divers documents cachés par les résistants. L’auteur a décidé d’y articuler fiction et faits authentiques pour délivrer un récit insoutenable, prenant et atrocement vraisemblable. S’il transpose et adapte l’Histoire, il ne trahit pas la mémoire. Il œuvre pour transmettre.


« Le mensonge commence toujours dans le déni.

Il est arrivé quelque chose – pour autant, on se refuse à l’admettre.

Ainsi commence le mensonge ».

Un bon musulman, Tahmima Anam

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 11 Février 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Iles britanniques, Actes Sud

Un bon musulman, janvier 2012, traduit de l’anglais par Sophie Bastide Foltz, 280 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Tahmima Anam Edition: Actes Sud

 

Dans la cuisine bengalaise, il y a – dit-on – autant de façons d’accommoder le riz qu’il y a de jours dans l’année… C’est tout à fait le cas de ce livre qu’il serait risqué de vouloir ranger dans un registre, tant il est la vie même !

Roman familial aux personnages forts, claquant au fil des pages, comme on aime dans un bon livre : Maya, son frère Sohail, leur infiniment attachante mère, Reha (on la voudrait tous comme anmoo-maman). S’il n’y avait que cela, les suivre dans leur quotidien, de mousson étouffante en clarté de l’hiver parfumé à l’orange, accompagnant chagrins et joies, cela vaudrait le coup de se hisser sur les bancs de bois de ce train suant et cahotant – odeurs et bruits garantis – en Bengale oriental.

Mais, c’est bien autre chose que ce récit là… on entre dans l’Histoire  (celle de ce Bangladesh, chanté en son temps, par le grand George Harrison ; années de son indépendance) par la meilleure des portes, la plus efficace, celle que, seule, la littérature, quand elle atteint ce niveau, porte : les gens.

Envoie-moi au ciel, Scotty, Michael Guinzburg

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 11 Février 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Folio (Gallimard)

Envoie-moi au ciel, Scotty (Beam me up, Scotty, 1993), Gallimard, Folio Policier, juin 1999, traduit de l’anglais (USA) par Daniel Lemoine, 332 p., 6,20 € . Ecrivain(s): Michael Guinzburg Edition: Folio (Gallimard)

Ed vient de sortir de cure de désintoxication et retrouve son quartier du Lower East Side de New York, son Crack City. Sa femme et ses enfants se sont fait la malle et, pour combattre son addiction, il fréquente avec assiduité un groupe de parole prêchant pour un programme en douze étapes, les Drogues Dures Anonymes. Assidu, déterminé à faire une croix sur son passé de camé et à retrouver sa famille, Ed ne peut se contenter du soutien de sa marraine, Myron, juif camé ancien alcoolique accro à l’essence qui envisage de changer de sexe. Le hasard va lui faire trouver la voie de la rédemption, lorsque, sous le coup de la colère, il tue son ancien dealer. Dorénavant, Ed combattra sa maladie et cherchera à fonder de nouveau un foyer heureux en buttant des revendeurs de crack avec l’aide de Natacha, son bull-terrier.

Premier roman de Michael Guinzburg, Envoie-moi au ciel, Scotty (Beam me up, Scotty en VO, phrase récurrente de Star Trek, lorsque le capitaine Kirk se fait téléporter, que se sont accaparés les crackés et qu’ils prononcent ici rituellement avant de fumer leur dose) est un bouquin dont le moins que l’on puisse dire est qu’il est original.