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Roman

Les Bûcherons, Roy Jacobsen

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 08 Mai 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Gallimard

Les Bûcherons, Gallimard, 194 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Roy Jacobsen Edition: Gallimard

Finlande, Hiver 1939. Alors que les forces soviétiques envahissent le pays, la petite ville de Suomussalmi est évacuée. Ses habitants incendient leurs maisons pour qu’elles ne tombent pas aux mains de l’Armée Rouge. Seul Timmo Vatanen, considéré comme l’idiot du village, refuse de partir. « La plupart des gens de la région ont pitié de moi, quand ils ne sont pas agacés par mon apparence ».
Rapidement, il découvre qu’il n’est pas tout seul.
« Et puis, j’ai fait deux découvertes : premièrement, tous les êtres vivants n’avaient pas déserté la ville, il restait les chats, j’en ai vu certains de mes yeux, quant aux autres, j’ai vu seulement leurs traces, il y en avait toujours plus qui zébraient la neige, telle une farine d’un blanc étincelant saupoudrée sur toute cette noirceur ».
Bientôt, les Soviétiques arrivent et bouleversent la ville. « Une foule d’hommes qui courent, marchent, en camion, à cheval, des étrangers, des silhouettes en noir et leurs machines qui ont brisé le silence et rempli la ville d’odeurs et de bruits qui n’y ont jamais existé, des milliers de silhouettes étrangères qui ont toutes quelque chose de bizarre et d’incertain, comme si elles avaient émergé du sol et ne supportaient pas la lumière du jour ».

le Garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld (2ème article)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, L'Olivier (Seuil), Israël

Le garçon qui voulait dormir, traduit de l’hébreu par V. Zenatti, Paris, 2011, 297 p., 21€. . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

Une traversée de l’Europe jusqu’en Israël qui amène Erwin, le garçon qui ne voulait pas dormir, à devenir Aharon ; qui transforme un réfugié en soldat paysan, pionnier d’un Etat en devenir ; qui transforme les rêves et l’irrépressible sommeil en une vocation d’écrivain.

Aharon Appelfeld évoque avec justesse le parcours de son narrateur adolescent, happé par les résurgences du passé et les racines familiales qu’il perd peu à peu au sein d’un nouveau pays, d’une nouvelle culture et surtout d’une nouvelle langue qui vient supplanter sa langue maternelle. Le monde du rêve prend le pas sur la réalité vécue, permettant au fil ténu du souvenir de perdurer.

« Cette nuit-là je ressentis une solitude infinie. Il me semblait que la rupture avec mes parents et avec leur langue, commencée pendant la guerre, était en passe d’être consommée. Par ma faute, j’en étais persuadé. Je n’avais fait aucun effort pour conserver la chaleur de leur langage. Une pensée me traversa l’esprit : Marc avait dû faire le même constat avant de mettre fin à ses jours. »

Les Foudroyés, Paul Harding

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Le Cherche-Midi

Les Foudroyés, 186 p. 15 € . Ecrivain(s): Paul Harding Edition: Le Cherche-Midi

 

Le livre débute alors que George agonise sur son lit de mort, victime d’un cancer en phase terminale. Il est installé dans le séjour de sa maison. Séjour dans lequel sont installées de nombreuses horloges. George était en effet horloger. Les membres de sa famille, enfants, petits-enfants, viennent veiller sur lui.
Huit jours avant de mourir, George commence à avoir des hallucinations. La maison, par exemple, s’effondre tout à coup sur lui. Mais George se souvient également. Mais est-ce un vrai souvenir ? Ou est-ce une autre forme d’hallucination ?
« Allongé sur son lit de mort, George avait envie de revoir son père. Il avait envie d’imaginer son père ».
Il se souvient donc de son père, Howard. Vendeur itinérant, il sillonnait les routes du pays sur sa carriole, disparaissant parfois de la maison pendant des semaines. Son père était épileptique. S’il s’arrangeait pour cacher ses crises à ses enfants, George en fut témoin de quelques-unes qui le secouèrent, notamment, quand, au cours de l’une d’elles, son père le mordit.

Le garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, L'Olivier (Seuil), Israël

Le garçon qui voulait dormir, traduit de l’hébreu par V. Zenatti, Paris, 2011, 297 p., 21€. . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

« (…) ce pays lointain – quel est son nom déjà ? – » (p. 34), et c’est toute l’histoire des « réfugiés », ceux qui reviennent des camps, c’est aussi en grande partie, celle de la vie d’Aharon Appelfeld : revenir puiser dans son passé, pour l’écrire dans une langue qu’il doit forger, celle de sa nouvelle identité, car on a changé aussi son nom au jeune garçon. Non pas « dépouiller le vieil homme », au contraire, lui rendre, au mot près, dans cette musique nouvelle, celle dont Aharon Appelfeld dira qu’elle est celle de sa « langue maternelle adoptive ».

L’image de la mère, dont il fut orphelin très jeune se confond dans la langue qui se perd. Quand le jeune homme aura imité les chapitres de la Bible, qu’il recopie, il pourra ré-endosser tous les êtres qu’il aime. En attendant, le sommeil jette un pont entre deux états, entre deux mondes. Ce livre relate, avant tout, la réappropriation de soi, la reconstruction par la langue. Il est nécessaire au garçon de se reconnaître par les mots. A chaque instant, l’ascèse pour y parvenir : on est saisi, happé avec le jeune Aharon, par l’âpreté de la bataille qui se joue, ne pas, jamais laisser cours au désespoir.

Le joli mois de mai, Emilie de Turckheim

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 30 Avril 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Héloïse D'Ormesson

Le Joli mois de mai, 128 pages, 14 € . Ecrivain(s): Emilie de Turckheim Edition: Héloïse D'Ormesson

Emilie de Turckheim est une menteuse. Son quatrième roman commence par une phrase que l’on ne peut évidemment pas croire : « Vous allez voir, je sais pas raconter les histoires ». Franchement, qui voudrait continuer plus loin une histoire mal racontée ? D’emblée, on sait qu’Emilie de Turckheim va s’amuser avec le lecteur. Elle lui propose un jeu, alors, jouons !
Le livre s’intitule Le Joli mois de mai. Faut-il également le croire ? Pas davantage. Car le roman s’ouvre et ce mois de mai ressemble à un mois de novembre avec toute sa gadoue. « On se croirait à l’automne ». Non seulement le temps n’est pas de la partie, mais surtout des « Parisiens » débarquent dans la vaste propriété avec chambre d’hôtes alors que d’habitude, ils ne viennent qu’à l’automne, le véritable, pour s’adonner aux plaisirs de la chasse.
Ces « Parisiens » en question sont : un inspecteur à la retraite, un couple que l’avarice rend fous, un militaire très discret et un tenancier de bordel homosexuel. Ils viennent parce que le propriétaire des lieux, Monsieur Louis, est décédé un mois plus tôt. Il a reçu une balle dans la gorge. « Il a un trou de fusil à travers lui ».