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Roman

I Cursini, Alix Deniger

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 04 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, La rentrée littéraire, Série Noire (Gallimard)

I Cursini, septembre 2012, 288 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Alix Deniger Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Il y a bien longtemps que l’histoire du conflit en Irlande du Nord alimente le roman noir. En France, par contre, les mouvements nationalistes ou indépendantistes, que l’on pourrait penser être une mine pour le genre, ont assez peu inspiré les auteurs à quelques exceptions près, comme Hervé Le Corre dans Du sable dans la bouche, cavale aux côtés de la rescapée d’un commando basque poursuivie par un tueur. C’est donc avec curiosité que l’on a abordé ce I Cursini, écrit par ailleurs par un auteur connaisseur du dossier corse pour y avoir travaillé en tant qu’agent des Renseignements Généraux.

I Cursini, c’est donc les histoires croisées d’un commando de têtes brûlées (et vides), engagées par des indépendantistes à bout de souffle mais qui auraient tout aussi bien pu basculer du côté du banditisme, ainsi que des agents qui les suivent et essaient de déterminer leur rôle et leur action avant de pouvoir leur tomber dessus. Une trame a priori simple pour une histoire – et une réalité – bien plus complexe où les politiques, du côté de l’État ou des nationalistes, ont leur mot à dire et tiennent ou essaient de tenir la bride aux hommes de terrain, où les frontières entre lutte de libération nationale et banditisme sont poreuses, et où tous ceux qui veulent obtenir ou ne pas concéder une once de pouvoir jouent des parties de billard à trois, quatre ou cinq bandes dans l’espoir d’emporter le morceau.

Musique Absolue, Bruno Le Maire

Ecrit par Romain Vénier , le Jeudi, 04 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard, La rentrée littéraire

Musique absolue Une répétition avec Carlos Kleiber, août 2012, 109 p. 11,90 € . Ecrivain(s): Bruno Le Maire Edition: Gallimard

 

 

Dans ce court opus de quelques dizaines de pages, Bruno le Maire nous emmène dans un univers : celui de la musique, de l’orchestre, de la vie d’un musicien d’exception. Il prend pour cela le prétexte d’une rencontre entre un jeune journaliste et un violoniste d’orchestre, âgé, qui a connu le grand Carlos Kleiber (1930-2003). Le violoniste germanique maintenant octogénaire revient, tout l’ouvrage durant, sur ce chef qu’il a côtoyé.

Alors, « Roman », vraiment ? On en douterait tant le personnage principal, le chef admiré, prend de place dans le monologue quasi ininterrompu du violoniste. Aussi, le sous-titre du livre d’emblée le restreint à ce qu’en fait il n’est pas, tant les propos mêlés du violoniste vont bien au-delà des souvenirs d’une répétition. Voilà pour la première de couverture, qui ne doit pas arrêter ; les premières pages passées on est de toute façon happé par ce flot de paroles continu, ponctué de conseils et remarques au jeune journaliste français.

Snuff, Chuck Palahniuk

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 03 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, La rentrée littéraire, Sonatine

Snuff, trad. de l’américain par Claro, 20 septembre 2012, 216 p. 16,50 € . Ecrivain(s): Chuck Palahniuk Edition: Sonatine

 

Amis de la poésie palahniukienne, bonjour !

Avec Snuff, l’espoir renaît. L’espoir après Pygmy, le précédent Palahniuk, cet ersatz de roman, une catastrophe, sans doute l’un des pires livres écrit ces dernières années. Impossible à achever même avec la meilleure volonté du monde. Comment un éditeur a osé publier cette « chose » ? Sans doute parce qu’elle était signée Chuck Palahniuk et quand on est un auteur de cette renommée, une véritable rock-star, on peut tout se permettre. Et même de faire de la daube. Et même de prendre son public par-dessus la jambe.

Mais on est prêt à lui pardonner. Car avant, il y a eu quelques sacrées pépites. Un humour très noir, des situations trash jusqu’à la nausée, un style syncopé qui peut produire des merveilles : Fight club, Survivant, Choke, Berceuse. Ou des résultats plus inégaux : A l’estomac, Peste. Ou alors la mayonnaise ne prend pas : Pygmy, Journal intime.

Pigeon vole, Melinda Nadj Abonji

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 03 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Métailié, La rentrée littéraire

Pigeon vole, trad. Allemand Françoise Toraille. août 2012, 238 p. 20 € . Ecrivain(s): Melinda Nadj Abonji Edition: Métailié

 

Pour paraphraser le titre d’un essai récent, nous pourrions nous demander, à l’issue de la lecture de l’ouvrage de Melinda Nadj Abonji, ce qu’est une intégration réussie pour des immigrés.

C’est d’abord, nous dit l’auteure, encore et toujours une immense souffrance, une déchirure toujours douloureuse. Certes, l’intensité de cette douleur est variable, elle n’en est pas moins une constante : c’est le cas de la famille Kocsis, dont les parents Rosza et Miklos quittent la Voïvodine pour la Suisse alémanique, en compagnie de leurs enfants Ildiko et Nomi.

La province dont ils sont originaires est une contrée d’expression magyare, rattachée à la République populaire de Yougoslavie, puis à la Serbie, après l’éclatement de la Yougoslavie.

L’auteure décrit ainsi les tests et multiples pièges dont un immigrant candidat à une future citoyenneté suisse doit sortir vainqueur ; tests sur la langue allemande, sur l’histoire suisse, l’observance des règles de propreté, dont ce pays est si fier… Elle dépeint magnifiquement l’angoisse générée par la réponse des autorités du pays d’accueil :

Les Bourgeoises, Sylvie Ohayon

, le Mardi, 02 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Robert Laffont, La rentrée littéraire

Les Bourgeoises, 6 septembre 2012, 360 p. 19 € . Ecrivain(s): Sylvie Ohayon Edition: Robert Laffont

 

« J’aimerais vous raconter ces filles que j’ai voulu mépriser pour ne pas avoir à me sentir inférieure, celles à qui j’ai d’abord caché mon origine géographique comme on cache une maladie honteuse. Avec elles, j’ai découvert un monde rempli de codes insensés, un monde où l’éloquence acquise par des années d’éducation servait à parer de falbalas une violence bien plus vaste et destructrice que celle qu’on montre le soir à la télévision quand les voitures brûlent » (page 21).

Ces codes, la narratrice prénommée Sylvie se les prend en pleine figure – il faut dire qu’elle le cherche un peu – dès la fin de son adolescence. Elle-même habite à La Courneuve, dans cette cité des 4000 qui l’a vue naître. Sa vie de lycéenne est à des kilomètres, au sens propre comme figuré, de celle des demoiselles fréquentant Janson-de-Sailly (rue de la Pompe, Paris XVIème).

Mais plutôt que de fuir ou de rejeter, la jeune femme cherche à comprendre. Elle observe pour mieux déceler les failles et les douleurs, met ces héritières face à leurs contradictions.