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Roman

Tais-toi et meurs, Alain Mabanckou

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 26 Septembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, La rentrée littéraire

Tais-toi et meurs, Editions de La Branche, 13 septembre 2012, 221 pages, 15 € . Ecrivain(s): Alain Mabanckou

 

C’est depuis sa cellule de Fresnes que Julien Makambo, alias José Montfort, écrit son histoire : celle d’un jeune Africain monté à la capitale muni de faux papiers et obligé de trouver un moyen de subsistance. Bienvenue parmi les Tontons flingueurs de Château-Rouge et de Montreuil : un monde de gangsters sapeurs, fait de voleurs et de faussaires, de filles perruquées aux formes alléchantes, de grands-pères dangereux et cruels veillant au grain au fond d’un troquet kabyle ou d’un restaurant africain qui ne paye pas de mine.

« Dans notre langue du Congo-Brazzaville, le lingala, Makambo signifie “les ennuis”. J’ignore ce qui avait piqué mes parents pour m’attribuer un tel nom qui n’est d’ailleurs pas celui de mon défunt père, encore moins celui d’un proche de la famille. Je suis maintenant convaincu que le nom qu’on porte a une incidence sur notre destin. Si ce vendredi 13 je ne m’étais pas rendu au restaurant L’Ambassade avec Pedro pour rencontrer celui qu’il qualifiait alors de “type très important” venu de Brazzaville, je ne serais peut-être pas en détention provisoire depuis un an et demi dans cette cellule de Fresnes. Mais voilà, lorsqu’on s’appelle Makambo les choses ne sont pas aussi simples ».

La réparation, Colombe Schneck

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 26 Septembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Grasset, La rentrée littéraire

La réparation, août 2012, 224 pages, 17 € . Ecrivain(s): Colombe Schneck Edition: Grasset

 

Lituanie, ghetto de la ville de Kovno, Place de la République, 26 octobre 1943 : 2800 Juifs, en rang, les uns derrière les autres, attendent leur sort.

« Pendant les Aktions, les nazis choisissaient dans le ghetto ceux qui étaient déportés vers un camp de travail, dans le Lager. Ceux qui n’étaient pas jugés aptes au travail étaient tués. Les Juifs savaient cela, il fallait à tout prix être jugé bon pour le travail pour avoir une chance de survivre. Les nazis ne séparaient pas les mères des enfants, ils étaient assassinés simultanément ».

Parmi eux, Mary, la grand-mère, Raya et Macha, ses deux filles, Max et Ulli, ses deux beaux-fils, ainsi que Salomé et Kalman, ses deux petits-enfants. Seules, Raya, mère de Salomé, et Macha, mère de Kalman, vont survivre. Mais que s’est-il passé, ce jour-là, sur la Place de la République, avec Salomé et Kalman ?

Paris, de nos jours. Depuis la fin de la guerre, Ginda, la sœur de Macha et de Raya, qui a quitté la ville de Poniwej (Lituanie), en 1926, pour faire ses études à Paris, et Hélène, fille de Ginda et mère de Colombe (Schneck) ne disent mot au sujet de cet évènement.

Nina Volkovitch : La lignée, Carole Trébor

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 22 Septembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, La rentrée littéraire, Jeunesse, Gulf Stream Editeur

Nina Volkovitch : La Lignée, septembre 2012, 220 p. 14,90 € . Ecrivain(s): Carole Trébor Edition: Gulf Stream Editeur

 

Un livre capte son lecteur dès le premier coup d’œil. Des tranches dorées, une couverture intrigante où le regard vert d’une jeune fille vous fixe, des matriochkas sur fond rouge, or et turquoise. Cet ouvrage à la beauté d’icône s’intitule Nina Volkovitch. Il s’agit d’une nouvelle série historique et fantastique pour adolescents qui nous plonge dans la Russie des années 40. Le cadre s’avère original, ancré de façon solide et efficace ; l’intrigue s’impose peu à peu, distillant questionnements et mystères. L’étrange perce insensiblement dans ce récit réaliste, faille subtile dans un tableau des Ambulants.

Moscou, hiver 1948. Après avoir souffert les affres de la guerre et des privations en tous genres, Nina voit sa mère arrêtée sous ses yeux. Son crime : propagande antisoviétique ; avoir continué à défendre et à exposer des œuvres et des artistes occidentaux, jugés dangereux pour le régime en place.

« Qu’est-ce que je vais devenir, moi, fille de deux ennemis du peuple, moi, qui ai quinze ans et la taille d’un enfant de neuf-dix ans ? Moi qui ai arrêté de grandir depuis l’hiver 1941… Moi qui adorais ma mère plus que tout dans ce monde. Moi qui sui seule ».

En attendant que les beaux jours arrivent, Cécile Harel

, le Vendredi, 21 Septembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Escales

En attendant que les beaux jours reviennent, 23 août 2012, 288 pages, 20,50 € . Ecrivain(s): Cécile Harel Edition: Les Escales

 

« C’est nul de faire des gosses quand on a du talent. Il faut laisser ça aux gens qui n’ont rien d’autre pour remplir leur vie » (page 89).

A quelques semaines de Noël, Marie, quarantenaire vivant à Paris, fait comme chaque année le vœu de passer le réveillon sur la tombe de sa mère. Elle demande à son époux de l’accompagner. Leur dialogue sera l’occasion pour la narratrice de remonter le temps et de plonger dans son complexe passé familial.

« J’aurais adoré épater mon père en abordant de grands sujets comme il les aimait, mais je n’en avais ni les mots, ni la connaissance. Je me sentais idiote à ses côtés, en tous les cas pas aussi intelligente que je pensais qu’il aurait souhaité que je sois » (page 86).

Alternant le présent, et l’histoire d’amour fusionnelle qui lie Marie à son mari, et le passé, et le cheminement douloureux d’une femme qui se débat pour exister, En attendant que les beaux jours reviennent dresse le portrait d’une femme peu banale.

Les oubliés de la lande, Fabienne Juhel

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 20 Septembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, La rentrée littéraire, La Brune (Le Rouergue)

Les oubliés de la lande, Août 2012 283 p. 21 € . Ecrivain(s): Fabienne Juhel Edition: La Brune (Le Rouergue)

«  Il avait cherché en vain un début de sentier, un cairn édifié par un randonneur ou l'empreinte d'un pas de braconnier. Mais aucun chemin carrossable ne traversait ces arpents de bruyère... ».

D'où vient que les premières pages de ce livre, en dehors de tous les sentiers battus, nous amènent  au début de « L'homme qui rit » de Victor Hugo... quel parrainage prometteur !

Livre mosaïque, patchwork compliqué, millefeuille aux multiples niveaux de lecture, sous la surface en apparence si calme d'un étang aux couleurs du « Grand Meaulnes »...  étonnante ballade, prenante, déconcertante. Chemin sinueux, qu'on suit pourtant de bout en bout, sans rebrousser, sans regretter.

Le cadre est ce qui est le plus tangible : lande bretonne ou irlandaise, à tout le moins celto-gaëlique ; on croit même, parfois, en tendant l'oreille,  entendre  les binious. Mais le vert est d'ailleurs, la forêt d'émeraude, le marécage froid, «  même en plein cagnard ». Il y a du Brocéliande dans cet étrange livre, et de l'Alice et ses merveilles, dans ce livre étrange... des animaux comme autant de totems ; ragondin albinos, vieux chat antique qui «  adorait les pommes de terre cuites, le maïs trempé dans du lait ». De l'autre côté des portes, on a un village, où – voyez vous ça ! On ne meurt pas ! «  Une terre si improbable que même la mort ne s'aventurait pas jusque là ». Mais comment tournera l'histoire, si d'aventure, un homme y meurt ?