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Roman

Solaire, Ian McEwan

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 12 Novembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Folio (Gallimard)

Solaire, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, 400 pages, 7,50 € . Ecrivain(s): Ian McEwan Edition: Folio (Gallimard)

 

Le monde selon Michael Beard

 

Il faut reconnaître que Ian McEwan nous présente ici un personnage qui n’a rien pour nous plaire. En effet, Michael Beard a eu tout ce qu’il fallait pour être heureux. En tant que scientifique, ses travaux lui ont permis d’avoir le Prix Nobel. De ce fait il se voyait propulsé au sommet de l’intelligentsia londonienne et du monde. Cependant, il rate tout. Divorcé quatre fois, au moment où s’ouvre l’intrigue, son cinquième mariage bat de l’aile. Michael Beard bien qu’il soit narcissique, est bien conscient de sa chute. Il sait qu’il ne produit plus rien de méritant quant à ses travaux. Il vit sur ses lauriers. Le présent fuit et Michael Beard semble rester sur la touche. Il est présenté comme grossier, lâche et quelque peu irresponsable. Son image d’homme séduisant, intelligent et dynamique appartient désormais à un passé révolu. Lucide et n’étant pas dupe des clameurs du monde, le scientifique vieillissant se rend bien compte de sa transformation vers le pire :

Soudain trop tard, Carlos Zanón

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 09 Novembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Espagne, Asphalte éditions

Soudain trop tard, (Tarde, mal y nunca, 2009), trad. de l’espagnol Adrien Bagarry, septembre 2012, 234 p. 21 € . Ecrivain(s): Carlos Zanon Edition: Asphalte éditions

 

Dans un quartier populaire de Barcelone, à l’aube, Epi Dalmau fracasse à coups de marteau le crâne de son ami Tanveer. Alors qu’Epi s’enfuit, son frère, Álex, essaie de lui forger un alibi en faisant porter le chapeau à un hypothétique pakistanais, mais aussi de le retrouver alors qu’il est parti rejoindre Tiffany Brisette, son ex-petite amie, pour les beaux yeux rehaussés de tatouages de laquelle il a commis ce crime.

Soudain trop tard est le récit de cette folle journée et de la nuit précédant le meurtre de Tanveer. Les allers-retours entre présent et passé, les sauts d’un personnage à l’autre, donnent au récit de Zanón le caractère de l’urgence et plongent le lecteur dans cette suite ininterrompue d’espoirs déçus, de désespoirs comblés et de rendez-vous manqués. Vivant tous les deux dans le souvenir étouffant d’une mère tyrannique, Epi et Álex se montrent incapables de faire attention à eux-mêmes. Alors, lorsqu’Álex, schizophrène sujet à d’intempestives hallucinations mettant en scène un Donald Duck envahissant, cherche à aider son frère qui vient de commettre un acte fou dans l’espoir de retrouver l’amour d’une Tiffany tout aussi déséquilibrée, il y a fort à parier que l’histoire risque de déraper.

Sous le regard du lion, Maaza Mengiste

Ecrit par Theo Ananissoh , le Jeudi, 08 Novembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Actes Sud

Sous le regard du lion, traduit de l’anglais (USA) par Céline Schwaller, octobre 2012, 368 p. 23,70 € . Ecrivain(s): Maaza Mengiste Edition: Actes Sud

 

C’est un premier roman qui est à la hauteur de son sujet : La révolution qui mit fin, en 1974 en Éthiopie, à une monarchie vieille, dit-on, de trois mille ans ! Un changement de régime et d’époque advenu, soulignons-le, par la volonté des hommes certes mais en quelque sorte contre leur propre mentalité, leur propre état d’esprit du moment. Le premier tiers du roman, qui décrit la fin des quelque quarante années de règne de l’empereur Hailé Sélassié, traduit avec une belle sobriété l’effarement de tous et de chacun face à l’événement – effarement que relatait déjà l’écrivain polonais Ryszard Kapuscinski dans son admirable Le Négus (éd. 10/18). Les officiers révolutionnaires font prisonnier le « Roi des Rois » dans son palais sans oser se dire à eux-mêmes ce qu’ils sont en train de commettre.

« Il n’avait pas pensé au fait que quelqu’un devrait surveiller l’empereur Hailé Sélassié, marcher devant ces yeux capables de renverser un homme d’un simple battement de cils ».

D’un côté, de « simples mortels », de l’autre, « l’élu de Dieu », le monarque « dont on pouvait remonter la lignée jusqu’au sage roi Salomon de la Bible ».

Notre-Dame du Nil, Scholastique Mukasonga

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 08 Novembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Afrique, Gallimard

Notre-Dame du Nil, Editions Gallimard, Collection Continents noirs, 223 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Scholastique Mukasonga Edition: Gallimard

Histoires de pensionnat – de jeunes filles, qui plus est – avec son comptant de pépiements chuchotés dans les dortoirs silencieux ; fou-rires en cours ; professeurs ridicules. Carrefour des années 60 ; pensionnat qui ressemble à s’y méprendre aux lycées de filles de notre jeunesse, rigides, abusivement rigoristes ; parfum d’ennui ; rituels immuables : fêtes de ceci, de cela, visite d’édiles, rentrée des classes… pensionnat, religieux, « bien-pensance » catholique ; pèlerinage à la Vierge ; fleurissement de l’église, mains baladeuses – bien plus encore – du père-abbé. On se reconnaît toujours : « amitiés » parfois « particulières » entre 3 ou 4 adolescentes ; rôles classiques, de la manipulatrice à la très sympa, un brin poire… on pourrait être dans tant de romans ! Peut-être dans un Françoise Mallet-Joris, vénéneux, juste ce qu’il faut, au fond des béguinages…

On pourrait… mais, vous n’y êtes pas du tout !

« Notre Dame du Nil » est un pensionnat catholique, perché près d’une des sources du grand fleuve : « les pensionnaires sont filles de ministres, de militaires haut gradés, d’hommes d’affaires… », à deux pas de Kigali, au Rwanda (« dans les nuages… parfois, mais rarement, il y a une éclaircie. On aperçoit alors, tout en bas, le grand lac, comme une flaque de lumière bleutée ») à trois encablures du génocide commençant…

Les 1001 conditions de l'amour, Farahad Zama

Ecrit par Patryck Froissart , le Jeudi, 08 Novembre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Jean-Claude Lattès

Les 1001 conditions de l’amour, The many conditions of love, trad. de l’anglais Perrine Chambon, 2012, 428 p. 19 € . Ecrivain(s): Farahad Zama Edition: Jean-Claude Lattès

 

Les rapports amoureux et les relations au sein du couple ne sont jamais chose simple en ce monde complexe qu’est l’Inde d’aujourd’hui.

Rehman et Usha d’une part, Aruna et Ramanujam d’autre part, en font la douloureuse expérience dans ce deuxième roman de Farahad Zama.

Rehman est musulman, Usha est hindoue. Cette appartenance à deux communautés qui ne se supportent pas constitue, d’entrée de livre, une source inéluctable, prévisible, d’obstacles et de tracas, dont on retrouve le schéma dans une bonne partie des films de Bollywood.

Aruna appartient à une famille pauvre. Ramanujam, médecin, de milieu bourgeois, subit volontiers l’influence de sa sœur, une personne acariâtre qui méprise Aruna. Ce triangle, tout aussi récurrent dans la cinématographie indienne, laisse espérer, dès que ces personnages prennent vie narrative, de désastreuses scènes de ménage…