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Roman

D'autres vies, Imane Humaydane

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 19 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays arabes, La rentrée littéraire, Verticales, Moyen Orient

D’autres vies, trad. arabe Nathalie Bontemps, septembre 2012, 189 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Imane Humaydane Edition: Verticales

 

C’est un livre-vie-voyage, un peu comme Le garçon qui voulait dormir d’Aharon Appelfeld, auquel on pense tout du long.

Il en va de souffrances fondatrices qui, chez l’un, le tenaient dans un sommeil écran, et chez elle – Myriam – la bloquent dans un avion qui va d’un point à l’autre, comme si se poser quelque part était impossible. C’est du reste un aéroport qui illustre la couverture de ce beau livre attachant, qui, comme celui de l’écrivain israélien, décline lieu, mémoire et identité.

Une superbe chanson de Maxime Le Forestier disait : « être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard… Y’a des oiseaux de basse-cour et des oiseaux de passage, ils savent où sont leurs nids, qu’ils rentrent de voyage, ou qu’ils restent chez eux, ils savent où sont leurs œufs… ».

C’est bien de tout ça dont il est question, quand on est Beyrouthaise – vieille famille druze de la Montagne à cèdres – qu’on est parti, en pleine guerre, quand les bombes tuaient les frères, rendaient fous les pères, et muettes les mères ; quand les paysages, le soleil et même la Méditerranée explosaient.

Mais qu'est-ce que tu fais là, tout seul ? Pierre Szalowski (2ème recension)

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 19 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, La rentrée littéraire, Héloïse D'Ormesson

Mais qu’est-ce que tu fais là, tout seul ?, août 2012, 272 p. 19 € . Ecrivain(s): Pierre Szalowski Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Montréal, un soir de Noël. Martin Ladouceur, trente-six ans, divorcé, ancien mythique joueur des Canadiens, 200 buts au compteur, est de retour. Le succès hautain, la richesse désagréable, il débarque au prestigieux hôtel Saint-Régis, quasiment désert en ce soir de réveillon, avec sacs, manteaux, cintres et crosses. Le transfert n’a pas manqué de susciter les commentaires de la presse : « Si les supporters des Canadiens sont déçus de cette transaction qui fait revenir dans la ville un joueur qui y a semé le trouble, les bouchons de champagne ont dû sauter au Sex Paradisio, haut lieu de ses frasques, ainsi que dans les agences d’escortes. Durant les quatre prochains mois, leur chiffre d’affaires devrait tripler grâce à la seule présence de cet athlète qui a préféré dilapider son talent sur les pistes de dance que de l’exprimer sur la glace ».

L’accueil hôtelier, délicieusement réservé, est à la hauteur du personnage et de son passé : pas de filles, pas d’alcool, service ad minima. Après quelques propos échangés avec le groom, lecture des mots de bienvenue de l’entraîneur, rapidement déchirés et avalés par la cuvette des WC, un passage narcissique à la salle de bains et un grand coup de pied au sapin lumineux ornant sa chambre, Ladouceur quitte la suite de l’hôtel.

Némésis, Philip Roth

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallimard, La rentrée littéraire

Némésis (Nemesis) trad. USA Marie-Claire Pasquier septembre 2012. 226 p. 19,90 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Gallimard

 

"Il faut, avec les mots de tout le monde, écrire comme personne." Colette

 

On ne pourrait mieux épingler l’art éblouissant de Philip Roth que par cette citation. Et en particulier pour donner à ceux qui n’ont pas encore lu Némésis une idée du miracle que produit ce livre : dérouler un récit captivant avec un naturel, une élégance, une authenticité qui sont la marque des seuls grands maîtres.

Tout y est parfait : l’économie et la richesse lexicales, l’organisation serrée et impeccable de la narration, les portraits inoubliables des personnages, le souffle de rage enfin qui emporte tout sur son passage. Presque tranquillement, Philip Roth construit le point d’orgue de son œuvre comme un véritable défi universel.

Orchidée fixe, Serge Bramly

Ecrit par Etienne Orsini , le Mercredi, 17 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jean-Claude Lattès, La rentrée littéraire

Orchidée fixe, août 2012, 286 p. 18 € . Ecrivain(s): Serge Bramly Edition: Jean-Claude Lattès

 

En 1942, fuyant la France occupée pour gagner l’Amérique, Marcel Duchamp fait escale trois semaines à Casablanca. Cherchant à tuer le temps qui le sépare de l’arrivée du transatlantique, il se met en quête d’un bar où il pourrait jouer aux échecs. On lui signale l’Eden. Il en franchit le rideau de perles et découvre rien moins qu’un petit tripot rassemblant chaque jour la même douzaine d’habitués. Regardé d’abord de travers puis ignoré par le microcosme des joueurs de cartes, il est finalement pris en sympathie par le patron de l’estaminet, René Zafrani, alias le Baron de la Cale.

C’est avec une intrigue « infra mince » que Serge Bramly s’engouffre dans une brèche de la biographie de l’artiste. Il parvient pourtant, à partir de là, à bâtir un roman alerte, déroulant sa trame dans l’espace (entre Tel-Aviv, Paris et les Etats-Unis) et dans le temps (entre l’époque de la guerre et la nôtre). Les différentes atmosphères sont parfaitement restituées et en particulier les aspects de la vie des Européens dans le Protectorat marocain (tracasseries administratives au débarquement ; entassement dans les camps d’hébergement ; liens avec la France de Vichy et sa tutelle nazie). Les personnages sont tous plausibles, allant essentiellement par paires : la narratrice – arrière-petite-fille de René Zafrani – et l’historien d’art ; Duchamp et Zafrani.

Nulle part dans la maison de mon père, Assia Djebar

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 17 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Maghreb, Babel (Actes Sud)

Nulle part dans la maison de mon père, 452 p. 9,50 € . Ecrivain(s): Assia Djebar Edition: Babel (Actes Sud)

 

Peut-on prendre congé de son existence, dire adieu à sa propre personne, à son passé ? C’est la voie apparemment décrite par Assia Djebar dans un roman, autobiographique, Nulle part dans la maison de mon père. Ce père, instituteur, seul indigène de son village ayant accédé à cette fonction, est immensément sévère, rigoriste. Il élève l’héroïne en l’entourant d’une protection qui entraîne, bien vite, l’apparition de toutes sortes d’interdits : vestimentaires, relationnels. Le puritanisme est de rigueur.

Pourtant, l’héroïne du récit parvient à échapper, un peu, à cette atmosphère familiale pesante ; elle est admise dans un internat, y fait la connaissance de camarades musulmanes comme elle, et de pensionnaires européennes. Elle y découvre les joies de la lecture, de la complicité intellectuelle avec Mag, Jacqueline, Farida. Elle goûte à la liberté de mouvement, ayant la faculté de retourner dans son village à chaque fin de semaine.

Cette jeune femme est torturée par toutes sortes d’interrogations : l’émancipation intellectuelle va-t-elle de pair avec l’émancipation des mœurs si étroitement contrôlés dans cette Algérie coloniale ? Que représente son père, censeur omniprésent dans sa conscience d’enfant, dans sa vie : un protecteur ou un castrateur impitoyable ?