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Roman

Inséparables, Alessandro Piperno (2ème recension)

Ecrit par Etienne Orsini , le Lundi, 29 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Italie, Editions Liana Levi

Inséparables, trad. italien Fanchita Gonzalez-Batlle 2012, 394 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Alessandro Piperno Edition: Editions Liana Levi

Deuxième volet de la trilogie Le feu ami des souvenirs, Inséparables nous replonge dans l'univers familial des Pontecorvo.

Quelque trente années après la damnation de Leo, leur père, persécuté et diffamé par une fillette de 12 ans (voir Persécution), Filippo et Samuel tentent de tracer leurs routes.

L'aîné, marié à la fille d'un homme richissime, mène une existence plutôt indolente, jusqu'au jour où il est repéré pour son talent de dessinateur de B.D. L'adaptation de son œuvre au cinéma connaît alors un vif succès et se voit nominée pour le Festival de Cannes.

Semi, quant à lui, a été embauché par le père d'Eric, un magnat du commerce de coton, qui a placé en lui tous ses espoirs (de fait, que pourrait  attendre celui-ci de son toxicomane de fils ?). Semi mène donc une carrière internationale de brillant négociant entre Rome, Milan, New-York et l'Asie Centrale.

D'un point de vue sentimental, tout semble opposer également les deux frères : Filippo fuit son épouse névrosée et ouvre grand son lit à ses admiratrices. Le second, atteint d'impuissance, mène une vie des plus chastes avec sa fiancée Silvia... lorsqu'une groupie de Filippo, Ludovica, fait irruption dans son quotidien.

Quand la lumière décline, Eugen Ruge

Ecrit par Etienne Orsini , le Samedi, 27 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Les Escales

Quand la lumière décline, trad. de l’allemand Pierre Deshusses, août 2012, 423 p. 22,95 € . Ecrivain(s): Eugen Ruge Edition: Les Escales

 

Bien souvent les sous-titres en disent plus que les titres. Tel est le cas du roman d’Eugen Ruge qui porte ce chapeau éloquent : roman d’une famille.

Il pourrait bien, de fait, n’y avoir qu’un seul personnage dans ce livre : la famille Umnitzer avec ses avatars, membres à part entière ou pièces rapportées.

La tribu naît avec la révolution spartakiste, lorsque Wilhelm, avec autant de conviction que d’opportunisme, adhère au parti communiste allemand. De période antérieure, il n’est pas question.

Dans un parallélisme remarquable, l’année 2001 sonne le glas du clan. Le lendemain de l’effondrement des deux tours, quand le livre s’achève, Kurt et Alexander, les fils et petits-fils de Wilhelm semblent bien mal en point. Et ce n’est pas Markus, le dernier né de la lignée, qui, entre deux séances de dope, reprendra le flambeau. D’ailleurs, est-il encore de la famille lui qui traite son père de sale con et son arrière-grand-père de ptérodactyle ?

Certaines n'avaient jamais vu la mer, Julie Otsuka

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 26 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Phébus

Certaines n’avaient jamais vu la mer, trad. USA Carine Chichereau, 142 p. 15 € . Ecrivain(s): Julie Otsuka Edition: Phébus

Julie Otsuka a déjà été remarquée par son premier roman Quand l’empereur était un dieu, publié chez le même éditeur qu’aujourd’hui. En effet, elle a impressionné son public par la précision de l’écriture et par la recherche historique qu’elle a dû effectuer pour restituer une période de l’Histoire américaine méconnue. Il s’agit de la déportation des Japonais- Américains dans les camps car ils étaient soupçonnés de pactiser avec l’ennemi. Avec ce roman-ci, Julie Otsuka persiste et signe. Elle met en lumière cette fois la destinée des femmes japonaises mariées à des époux résidant aux Etats Unis au début du siècle. Ces femmes traversent l’océan pour les rejoindre :

« Sur le bateau nous ne pouvions imaginer qu’en voyant notre mari pour la première fois, nous n’aurions aucune idée de qui il était ».

Le roman ne se concentre pas sur une seule figure féminine censée porter sur ses épaules le symbole de la Femme bafouée. Julie Otsuka opte pour une autre stratégie narrative. Les noms propres se diluent dans un « nous » collectif qui rassemble toutes les voix perdues en une seule énumérant comme on égrène des chapelets de soutras la lente descente en enfer, les désillusions, des rêves brisés et un destin résigné de femmes muettes, asservies, avilies par des maris rustres et des patrons méprisants.

Le dernier Lapon, Olivier Truc

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 25 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Métailié

Le dernier Lapon. septembre 2012. 453 p. 22 € . Ecrivain(s): Olivier Truc Edition: Métailié

Pour le moins, on peut affirmer que ce livre propose au lecteur un dépaysement radical. Imaginez : nous sommes dans la nuit polaire, en Laponie, au cœur du pays des éleveurs de rennes, par des températures oscillant entre -20 et -30 degrés ! On est plus exactement au moment où le jour va faire sa réapparition, très attendue on l’imagine par les populations locales. Mais cette renaissance se fait chichement, par petites minutes quotidiennes de clarté.

C’est dans ce cadre hostile et fascinant qu’Olivier Truc situe son histoire policière. Car c’est bien d’un roman noir qu’il s’agit. Deux événements en sont à l’origine : la disparition dans un musée local d’un ancien tambour Sami (peuplade indigène de Laponie, Suède du nord) et l’assassinat d’un gardien de rennes, Mattis, également Sami. Dans une Suède du septentrion, encore sujette au mépris raciste de ses populations originelles – il existe même une sorte de parti d’extrême-droite raciste appelé « parti de progrès » - la question se pose d’entrée : forfaits raciaux ?

Deux policiers (un homme et une femme) mènent l’enquête. Lui, c’est Klemet, un indigène sami justement. Elle, c’est une jeune femme, policière de fraîche date, Nina. Ils forment un tandem attachant et sympathique. Klemet, vieillissant, désabusé par une vie médiocre, bougon mais au coeur d’or. Nina, jolie, intelligente et d’un sérieux à toute épreuve.

Qu'avons-nous fait de nos rêves ?, Jennifer Egan

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 24 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Stock

Qu’avons-nous fait de nos rêves ?, trad. de l’anglais (USA) par Sylvie Schneiter, 371 pages, 22 € . Ecrivain(s): Jennifer Egan Edition: Stock

Tout d’abord, une envie de dire qu’on a déjà lu ça, que c’est de l’histoire ancienne : les années passées, la fuite du temps, la jeunesse un peu paumée, tatouée, « piercée », droguée, rock’n roll, beaucoup musicienne, les rassemblements de foule, la vie dans une cité sans âme, les rêves broyés, rendant à chacun son anonymat premier. Comment s’appelait-il (elle) déjà ? Refaire sa vie, la revivre à l’envers, avec des incrustations ici ou là, des arrêts sur image plus ou moins longs.

Lincoln, le fils adolescent de Sasha, l’a bien compris qui, fou de rock, apprécie la chanson à l’aune de ses pauses.

C’est l’histoire d’un petit groupe de musiciens adolescents, c’est l’histoire du monde du (show) business, des ratés de la vie, des loupés, des actes manqués, comme ces petits assemblages que fait Sasha, cleptomane, des objets dérobés, pour leur donner une autre vie, une autre chance, comme ces distorsions que fait subir à ses journées la petite fille de Sasha, décomposant et recomposant la vie de sa famille en bulles, en arbres généalogiques, en labyrinthes, en jeux fléchés où questions et réponses se mordent la queue, donnant à entendre qu’on peut tout refaire, une fois fixées les choses. Ou ces SMS dont la langue phonétique s’apprécie aussi en langage des signes : ouvrir les doigts ou les rapprocher, pour s’éloigner du texte ou de l’objet de l’échange, ou le faire venir à soi.