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Roman

Ne pleure pas, on se reverra, Géraldine Barbe

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mardi, 16 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, La rentrée littéraire, Léo Scheer

Ne pleure pas, on se reverra, 10 octobre 2012, 150 p. 15 € . Ecrivain(s): Géraldine Barbe Edition: Léo Scheer

 

« Elle a dit :

– Ne pleure pas ma petite sœur, on se reverra.

Et elle m’a serrée très fort et très gentiment dans ses bras. C’est drôle qu’elle ait dit ça parce que bien sûr on se serait revues si elle n’était pas morte mais elle est morte vingt jours après et on ne s’est pas revues » (page 65).

 

Marianne, aînée d’une fratrie de trois sœurs, meurt une nuit. La narratrice, benjamine de la famille, revient sur leur relation. Car Marianne a occupé longtemps la place du bourreau, et la narratrice, bénéficiant parfois de la protection du « bouclier » (la sœur du milieu) s’est retrouvée bien malgré elle dans le rôle de la victime.

Syndrome de Stockholm ou configuration familiale finalement classique ? A la mort de Marianne, la narratrice cherche dans le passé toutes les excuses au comportement de son aînée.

Les oeuvres de miséricorde, Mathieu Riboulet

Ecrit par Jean-Guy Soumy , le Lundi, 15 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, La rentrée littéraire, Verdier

Les Œuvres de miséricorde, août 2012, 154 pages, 14 € . Ecrivain(s): Mathieu Riboulet Edition: Verdier

On écrit avec son corps. Mathieu Riboulet le sait bien, lui qui dissèque l’objet de ses interrogations avec une application de chirurgien ou d’entomologiste. Lui qui, tel saint Thomas peint dans son incrédulité par Le Caravage, glissant son doigt dans la sainte plaie, cherche à franchir la barrière des muscles. A atteindre l’os. Y parvient.

Il y a, chez Riboulet, une manière vertigineuse de lier les mots et la chair. De ne rien construire qui tienne en l’air par la seule légèreté d’idées nullement expérimentées. Désincarnées. Et même la mémoire, insaisissable, Riboulet l’interroge en cherchant sa projection sur la géographie d’une peau ou le relief d’une ossature. Archéologue du vivant, il traque la source. Dans tous les cas, son écho.

« Je suis resté longtemps prisonnier du sentiment flottant, informulé selon lequel l’Allemagne était infréquentable. Je n’étais pas guidé par une idée, un ressentiment moins encore, mais, de fait, chez moi on n’allait pas en Allemagne (…) ». Cette gêne vis-à-vis de l’Allemagne, on peut concevoir que tous ceux qui ont dépassé la cinquantaine l’éprouvent aussi de manière diffuse. « Je n’avais jamais pu, avant cela, penser aux Allemands, à l’Allemagne, à la langue allemande, sans voir se profiler à l’horizon de ces pensées la trace du conflit qui par trois fois nous opposa, d’autant plus pernicieuse, persistante, qu’elle était héritée, non pas vécue ».

La vie, Régis de Sá Moreira

Ecrit par Victoire NGuyen , le Dimanche, 14 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Au Diable Vauvert, La rentrée littéraire

La vie, 22 août 2012, 123 p. 15 € . Ecrivain(s): Régis de Sá Moreira Edition: Au Diable Vauvert

La vie ou une course de relais

 

C’est un récit intéressant car la trame romanesque et la structure narrative de ce roman procèdent d’une conception originale de la balle bondissante. En effet, La vie s’ouvre sur un « je » qui rit de la posture d’un passant « Je suis sorti de chez moi à huit heures, j’ai marché au lieu de prendre le métro, je me suis marré en croisant un homme qui portait une télé… ». Et c’est l’ouverture. Le rideau se lève.

Comme une course de relais, les trois points de suspension permettent à cette « victime » de prendre sa revanche, de rebondir sur cette opportunité offerte par le personnage, et par ricochet par l’auteur lui-même, de poursuivre le flux de sa pensée et d’ouvrir la voie à un autre passant pris au piège au hasard des rencontres et des tribulations de la vie. D’ailleurs, ce roman n’a t-il pas pour titre La vie ? Ces deux mots résument toute une dimension philosophique et métaphysique. Car qui peut définir ce qu’est la vie ? Depuis Platon jusqu’à Aristote en passant par Descartes, pour ne pas inviter Lao Tseu ou Averroès à la fête, aucun de ces philosophes ne peut donner une approche au plus près de la vérité de ce concept qu’est la vie.

La théorie de l'information, Aurélien Bellanger (2 recensions)

Ecrit par Olivier Bleuez, Marie du Crest , le Vendredi, 12 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard, La rentrée littéraire

La Théorie de l’information, Août 2012, 487 p. 22,50 € . Ecrivain(s): Aurélien Bellanger Edition: Gallimard

 

Recension 1

 

Il s’agit du récit de la vie d’un entrepreneur français (Pascal Ertanger) qui va, de succès en succès, traverser l’époque du minitel, de l’émergence de l’internet grand public et s’enfoncer dans le numérique jusqu’à la folie. L’auteur s’est inspiré de la vie de Xavier Niel, fondateur de la société Iliad et connu principalement pour avoir créé l’offre d’accès à internet Free. Cette source d’inspiration n’est qu’un prétexte pour camper notre époque et la passer au filtre de la technique froide qui la caractérise : le traitement des données. Tout le livre d’Aurélien Bellanger tourne autour de cette tâche centrale aujourd’hui, envisagée comme grille de lecture de notre monde technique, avec ces afflux de données stockées dans des centres de plus en plus imposants dont on doit extraire de l’information. Le récit est jalonné de longs résumés sur l’histoire de l’informatique grand public, du minitel et de l’extension du domaine de l’information numérique.

Ce que le jour doit à la nuit, Yasmina Khadra

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 12 Octobre 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Pays arabes, Pocket

Ce que le jour doit à la nuit, 2009, 441 p. 7,60 € . Ecrivain(s): Yasmina Khadra Edition: Pocket

 

Qu’est-ce qui détermine la vie d’un homme ? Sa condition sociale, ses origines, ses antécédents culturels, son enfance ? Sans céder jamais à un schématisme facile, Yasmina Khadra nous invite dans ce roman à une double traversée : celle du destin de Younes Mahieddine, jeune algérien vivant dans un village, misérable, nommé Jenane Jato, dans les années trente, et celui de son pays : l’Algérie.

Ce personnage, dont la maison familiale a brûlé, et dont le père s’éloigne de sa famille pour des raisons tant matérielles que morales, est confié à son oncle, un musulman éclairé, progressiste vivant avec une européenne, Germaine, gérante d’une pharmacie à Rio Salado, dans les environs d’Oran. Après avoir découvert la misère dans son village d’origine, l’analphabétisme, la discrimination sociale, toujours présente en filigrane dans le roman, il se frotte au milieu des colons européens ; y découvre l’amitié de certains personnages, André, Fabrice, Jean-Christophe, tous épris du désir de vivre follement leur jeunesse et de profiter de la vie, malgré les nuages qui s’amoncellent sur l’Algérie coloniale.