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Roman

Cible mouvante, Ross McDonald

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 29 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Gallmeister

Cible mouvante, (The Moving Target, 1949), trad. USA par Jacques Mailhos, Gallmeister, coll. Totem, Mai 2012, 278 p. 10 € . Ecrivain(s): Ross McDonald Edition: Gallmeister

L’avantage des nouvelles traductions, généralement augmentées, comme c’est le cas ici, après les coupes impitoyables qui ont pu avoir lieu lors des premières publications en France (on pense bien entendu à Hammet, Chandler ou Thompson, pour ne citer que quelques auteurs parmi les plus illustres), c’est qu’elles permettent de porter un nouveau regard sur les auteurs, mais aussi, pour ceux qui n’avaient pas encore eu l’occasion de les lire, de tout simplement les découvrir.

Les éditions Gallmeister, donc, ont décidé de rééditer dans leur collection de poche (Totem), et dans une nouvelle traduction menée par Jacques Mailhos, l’ensemble des romans de Ross Macdonald mettant en scène le détective Lew Archer et publiés entre 1949 et 1976. Et ça commence donc avec Cible mouvante, premier roman de la série.

Engagé par Elaine Sampson pour retrouver son mari, Ralph Sampson, magnat texan du pétrole installé en Californie du Sud, Archer met les pieds dans un véritable panier de crabes qui ne laisse pas de l’interroger. D’abord parce que Sampson est coutumier des éclipses de quelques jours et qu’il n’a disparu que depuis 24 heures. Ensuite parce que les membres de la famille Sampson semblent entretenir des liens troubles.

D'autres prendront nos places, Pierre Noirclerc

Ecrit par Sophie Adriansen , le Lundi, 28 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Flammarion

D’autres prendront nos places, 2011, 240 pages, 17 € . Ecrivain(s): Pierre Noirclerc Edition: Flammarion

 

C’est avec le manuscrit de ce roman que Pierre Noirclerc, novice en matière d’écriture, a remporté le concours proposé par la plateforme « WeLoveWords ». L’éditeur partenaire du prix attendait « une œuvre qui dynamite les codes de la comédie romantique » ; pour sûr, le contrat a été parfaitement rempli.

Davantage qu’une comédie romantique, l’on est ici en présence de l’itinéraire raté d’un antihéros issu de la génération Y : ses relations sentimentales, familiales, professionnelles semblent éternellement vouées à l’échec – seul l’alcool lui ouvre les bras.

Le roman est découpé en saynètes tristement drôles et ultra lucides, qui dénotent de la part de leur auteur une remarquable capacité à prendre du recul sur des évènements pour lesquels le temps, selon toute vraisemblance, n’a pas déjà pu faire son œuvre, ainsi qu’une aptitude à déceler ce qui fait du quotidien une somme d’aventures – moyen d’indiquer que tout est matière à littérature, pourvu que la forme soit à la hauteur.

Confessions d'une radine, Catherine Cusset

Ecrit par Sophie Adriansen , le Dimanche, 27 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Folio (Gallimard)

Confessions d’une radine, (Gallimard 2003) 160 p. 4,80 € . Ecrivain(s): Catherine Cusset Edition: Folio (Gallimard)

« Etre radin, ce n’est pas simplement avoir du mal à ouvrir sa bourse.

C’est autre chose dont je parle : une attitude de suspicion, de rétention, de calcul et de paranoïa.

Je la condamne et je me bats contre elle. […] Mais elle est un instinct premier » (page 69).

 

Petit format, et donc petit prix, pour ces confessions ; y a-t-il un quelconque lien ? En tout cas, la question de l’argent est par ce biais posée avant même que l’ouvrage ne soit ouvert.

 

« Je suis radine mais j’aimerais ne pas l’être. J’espère que vous le comprenez. Vous ne pouvez pas me faire honte. C’est moi qui vous raconte tout. Je me confie à vous. La première victime de ma radinerie, c’est moi. En effet je crois que vivre c’est dépenser, jouir-perdre sans compter. Ne pas compter.

Surtout, ne pas compter. Je peux me mettre en colère contre moi. Je peux réagir contre. Il n’en reste pas moins : mon premier instinct, c’est d’être radine ».

Red Grass River, James Carlos Blake

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 26 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Rivages/Thriller

Red Grass River, (Red Grass River : A Legend, 1998), trad. de l’anglais (USA) par Emmanuel Pailler, Mai 2012, 414 p. 23,50 € . Ecrivain(s): James Carlos Blake Edition: Rivages/Thriller

Quatrième roman de James Carlos Blake après L’homme aux pistolets, Les amis de Pancho Villa et Crépuscule sanglant, Red Grass River est le septième à être traduit chez Rivages (Un monde de voleurs et Dans la peau, plus récents, ont été traduits en France avant lui). Une précision qui n’est pas qu’anecdotique puisque, d’évidence, on se trouve là, par les thèmes abordés, à la croisée des chemins quelque part entre Crépuscule sanglant et Un monde de voleurs (et même si un autre roman pas encore traduit chez nous, Wildwood Boys, s’insère dans la bibliographie de Blake entre Red Grass River et Un monde de voleurs).

En effet, en nous contant les douze années de l’épopée de ce qui deviendra le gang Ashley, braqueurs et trafiquants d’alcool des Everglades, entre 1912 et 1924, et en axant son récit sur la haine brûlante d’une amitié quasi fraternelle et déçue entre John Ashley et le sheriff Bob Baker, James Carlos Blake reprend là les ingrédients qui sont la marque de ses romans : l’amour et la haine fraternels, la fidélité au clan familial, l’esprit de vengeance et de conquête d’une nouvelle Frontière, et la construction chaotique d’un pays.

Temps du rêve, Henry Bauchau

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 24 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud

Temps du rêve, Actes Sud, Un endroit où aller, 71 p. 13 € . Ecrivain(s): Henry Bauchau Edition: Actes Sud

 

Le passage, du temps de l’enfance à l’adolescence, du temps de l’amour parental et des rêves d’enfant, à ce basculement que représente le premier amour, et les rêves plus flous qui l’accompagnent : « Il me semble que tout ce qui m’amusait jadis ne m’est plus d’aucun prix. Je suis précipité dans le rêve et la solitude, d’un seul coup » (p.44). Rien de plus classique, mais ici l’échange prend place, et c’est aussi ce qu’il a de particulier, en quelques heures, quelques heures qui irradient toute une existence, par ce rapprochement dans le temps, du jeu et de l’amour :« Nous n’avons joué ensemble qu’une seule fois, mais d’une façon qui m’a illuminé et elle aussi » (préface).

Henry Bauchau revit, après la perte d’un grand amour, cet après-midi d’été qui a ouvert sa vie à cet appel d’air : lui a onze ans, elle, huit, cet âge où comme il l’écrit, le « genre » de la petite fille est encore indéterminé : « (…) de suite un peu brutale comme elles le sont souvent à cet âge où elles possèdent, sans pouvoir s’équilibrer, les forces garçonnières » (p. 26). Un « petit diable », un garçon manqué, un lutin, une fée ? En tout cas une initiatrice. En ces quelques heures, une porte s’ouvre, qui ne se refermera plus. Le monde apparaît clivé, dans une sorte de deuxième naissance : le cœur s’éprouve battre :