Identification

Roman

Serenitas, Philippe Nicholson

Ecrit par Valérie Debieux , le Jeudi, 19 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Science-fiction, Polars, La Une Livres, Carnets Nord

Serenitas, mai 2012, 432 p. 20 € . Ecrivain(s): Philippe Nicholson Edition: Carnets Nord

 

Paris, à une décennie future indéterminée. Le chaos a pris le pouvoir sur l’ensemble de l’Europe. « L’Europe est malade, l’Europe est vieille. Les Etats ne sont plus adaptés à la nouvelle situation. Ils sont trop petits, trop mal organisés et livrés à l’incurie des hommes politiques. Il n’y a plus de sécurité, plus d’emplois, plus d’enseignement, plus de soins. […] Commençons par fabriquer des villes. C’est la première étape. Exit les pouvoirs publics, exit les maires, les conseils généraux, exit les régions et leur cortège de dettes mal gérées, d’investissements hasardeux, de décisions prises par des amateurs. Les habitants veulent de la sécurité ? Nous allons leur proposer des milices sud-américaines, les meilleures. Ils veulent des soins ? Nous allons leur fournir des médecins triés sur le volet. Ils veulent des écoles ? Nos professeurs viendront du monde entier. Ensemble, nous allons commencer par construire de nouvelles villes : les villes protégées ». Première ville ainsi créée, Serenitas. « La ville la plus célèbre d’Europe. La première ville protégée construite dans le monde, à moins de vingt kilomètres de Paris ».

L’émergence de ces villes, véritables îlots de luxe sécuritaires, où le droit étatique a disparu pour faire place à une réglementation d’ordre privé, se traduit par la naissance d’une nouvelle géographie humaine, politique et financière.

Sévère, Régis Jauffret

, le Jeudi, 19 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Points

Sévère, Points 2011 (Seuil 2010), 188 pages, 6 € . Ecrivain(s): Régis Jauffret Edition: Points

Une femme en fuite. Elle vient de tirer à bout portant sur son amant. Elle repasse chez son mari et s’envole ensuite pour l’Australie. En franchissant les fuseaux horaires, elle espère vainement remonter le temps. C’est que l’homme qui gît dans sa chambre, l’homme que l’on découvrira mort demain, cet homme-là n’est pas n’importe qui. Il est immensément riche, et, par conséquent, infiniment puissant. Entre elle et lui, il a d’ailleurs été question d’un virement d’un million d’euros.

« Je suis le tombeau où je l’ai enterré vivant » (page 51).

Sévère est un roman bref et incisif. C’est dans sa tête à elle que se glisse Régis Jauffret. Il ne l’excuse pas mais la donne à connaître au lecteur ; la donne à comprendre.

« Je n’ai jamais su jouer, pas même mon propre rôle » (page 48).

Intraitable, il passe au crible les éléments marquants de cette relation amoureuse, autant de balises sur une route dont on ne revient pas.

« Les évènements flottaient dans le plus grand désordre, comme la cargaison d’une goélette coulée par des pirates » (page 153).

Assommons les pauvres ! Shumona Sinha

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 18 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Asie, Récits, L'Olivier (Seuil)

Assommons les pauvres !, 2011, 155 pages, 14,20 € . Ecrivain(s): Shumona Sinha Edition: L'Olivier (Seuil)

Ce petit livre rapporte :

 

– qu’au Nord prospèrent des états opulents, arrogants, accapareurs, vivant en paix et vendant des armes, démocratiques et imposant leur système économique au reste du monde

– qu’au Sud, il y a des populations pauvres, humbles, spoliées, prises en étau dans des guerres intestines, subissant une dictature affirmée ou déguisée, conséquemment miséreuses

– qu’entre ces deux mondes, les routes se ferment, les frontières se renforcent, des murs s’érigent

– que du Sud vers le Nord s’écoule, malgré les barrières, un flot incessant d’hommes et de femmes, ici échappés du sous-continent indien,  qui, en échange du peu qu’ils possèdent, mettent leur vie entre les mains de passeurs dénués de tout scrupule dans l’espoir d’arriver dans l’aire où tout paraît aller mieux.

– que ceux d’entre eux qui survivent aux périls de la migration doivent se procurer, à destination, la clé qui leur permettra de sortir de la clandestinité : le statut de demandeur d’asile politique.

Tout cela, nous le savons, plus ou moins.

Prise directe, Eoin Colfer

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 17 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Série Noire (Gallimard)

Prise directe, (Plugged, 2011), Avril 2012, trad. de l’anglais par Antoine Chainas, 309 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Eoin Colfer Edition: Série Noire (Gallimard)

« Jason est le meilleur portier avec qui j’aie jamais travaillé : un mélange rare de puissance, de rapidité, et avec ça, bien plus futé qu’il ne le laisse croire. Il lui arrive d’être distrait et de citer un film de Fellini, avant de donner le change en éclatant un type sur le seuil. Il a ses secrets, comme tout le monde ».

Voilà qui donne le ton de Prise directe. Daniel McEvoy est le collègue de Jason au Slotz, le casino le plus miteux de Cloisters, New Jersey, et c’est lui qui nous raconte la drôle de semaine qu’il vient de vivre. Comme Jason, Daniel a ses secrets : une calvitie qu’il tente de traiter grâce à des implants posés par un médecin exerçant clandestinement, et une brouettée de mauvais souvenirs ramenés de ses années de casque bleu irlandais au Liban. Et pourtant, il n’est pas préparé à voir la serveuse dont il commence à être épris se prendre une balle dans la tête, ni à devoir tuer un mafieux irlandais avec une clé et encore moins à faire équipe avec une inspectrice qui a tenté de tuer sa collègue.

Eoin Colfer nous livre donc un roman noir mâtiné de cet humour à froid qui est devenu la marque de fabrique des auteurs irlandais, de Colin Bateman à Adrian McKinty, en passant par Gene Kerrigan ou Ken Bruen. Il choisit par ailleurs de miser avant tout sur une action sans temps mort et un personnage principal clairement borderline qui entend des voix et a une étonnante tendance à l’introspection jusque dans les moments les plus difficiles.

La Fin des jours, Alessandro de Roma

Ecrit par Benoit Laureau , le Lundi, 16 Juillet 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard, Italie

La Fin des jours, trad. de l’italien par Pascal Leclercq, avril 2012, 305 p. 22 € . Ecrivain(s): Alessandro de Roma Edition: Gallimard

L’amour de l’apocalypse

La Fin des jours est le deuxième roman du professeur de philosophie italien Alessandro De Roma. Sous la forme d’une dystopie (1) proche de l’univers de 1984 de Georges Orwell, il met en scène la lente dégradation d’une société affectée par une disparition collective de la mémoire individuelle. À travers le journal d’un « résistant », Giovanni Ceresa, un professeur de lycée turinois, Alessandro De Roma semble interroger notre rapport à la « fin » et le lien possible entre la mémoire et l’attraction de la décadence.

Turin, dans un futur proche. On se débarrasse des personnes âgées et leur entourage semble avoir oublié leur existence avant même de se rendre compte de leur disparition, les chauffeurs de bus oublient de marquer l’arrêt, perdent le contrôle de leur véhicule tuant nombre de piétons. La ville est le théâtre d’une étrange épidémie d’amnésie. Elle est telle que les individus oublient d’aller travailler ou se perdent sur le chemin du retour n’osant plus prendre les transports en commun. Dans une ville en état de quasi guerre civile, Giovanni croise des « Barbus », hordes d’individus les plus affectés, vivants à l’état sauvage, du vol et d’agressions, des « conscients » membres des « Apocalyptiques », des « Faucons des ténèbres » ou des « Jaguars », sorte de factions rebelles et résistantes qui s’organisent en prévision d’un lendemain apocalyptique.