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Roman

Profession balance, Christopher Goffard

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 12 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Rivages/noir

Profession balance (Snitch Jacket, 2007), trad. USA par Jean Pêcheux, Ed. Rivages/Noir, Avril 2012, 384 pages, 10,65 € . Ecrivain(s): Christopher Goffard Edition: Rivages/noir

« C’est mon unique talent : écouter puis archiver ce que j’entends grâce à des trucs mnémotechniques que j’ai appris dans des revues (parce que quand des gars discutent de choure, on n’a pas trop intérêt à être vu en train de prendre des notes). Dans ma tête, il y a une immense baraque de planteur sudiste, elle compte au moins 10000 pièces, dans lesquelles j’entrepose tout ce que je ramasse : les surnoms des mecs du milieu, leurs complices, leurs piaules, les rues où ils se croisent, leurs modèles de bagnoles, leurs copines, leurs maquereaux. Le Fabuleux Palais de Mémoire de Benny Bunt, je l’appelle, et au fin fond ces chambres, il y a tout un merdier : des recettes de cocktails ratés, des limericks boiteux, des mots incompréhensibles issus de calendriers vieux de quinze ans, des données concernant des as de la batte morts et enterrés depuis longtemps, les trucs qui branchaient (et débranchaient) les playmates des années quatre-vingt. Parfois, je préfèrerais évacuer tout ça pour faire de la place à de meilleurs locataires. Une mémoire pareille, c’est peut-être classé assez bas dans la liste des dons qu’un homme peut recevoir, mais ça me rend redoutable au Trivial Pursuit, surtout que j’ai mémorisé depuis longtemps toutes les cartes de la pioche. Et puis ça aide à payer les factures.

Je suis une balance ».

Un homme de tempérament, David Lodge

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 10 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Biographie, Payot Rivages

Un homme de tempérament (A Man of Parts). Trad de l’anglais Martine Aubert. 2012. 706 p. 24,50 € . Ecrivain(s): David Lodge Edition: Payot Rivages

 

Les « Lodge’s fans » doivent être avertis : ce livre se situe dans la ligne de « Author ! Author ! » : c’est son second roman/biographie. Le premier s’intéressait à Henry James. A son échec cuisant en tant qu’écrivain pour le théâtre. Et – pour être honnête – nous sommes quelques-uns, parmi les fans de Lodge, à ne pas en avoir gardé un souvenir impérissable (longueurs, linéarité, temps morts …)

 

Dans « Un homme de tempérament » Lodge se penche sur son compatriote, le passionnant et complexe H.G. Wells, l’auteur inoubliable de « la guerre des mondes » et « la machine à explorer le temps ». Et David Lodge nous offre un roman éblouissant qui fait vivre non seulement un personnage fascinant mais aussi un monde qui ne l’est pas moins : celui des rêves scientistes et progressistes, celui des sociétés et cercles d’intellectuels « engagés » qui rêvent d’une modernité faite de justice, de raison et de liberté.

Royal romance, François Weyergans

Ecrit par Sophie Adriansen , le Lundi, 07 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Julliard

Royal Romance, mars 2012, 206 p. 19,30 € . Ecrivain(s): François Weyergans Edition: Julliard

 

Le Royal Romance est un cocktail (« moitié gin, un quart Grand Marnier, un quart fruit de la passion, un soupçon de grenadine », page 22), celui que préfère Justine, la très jeune femme dont s’éprend follement Daniel, le narrateur.

Justine est comédienne, elle vit au Québec ; Daniel est écrivain et, si ses activités l’amènent à voyager beaucoup de par le monde, sa résidence principale est à Paris, et elle abrite femme et enfants.

« J’adorais passer mes journées avec Justine. On ne faisait rien d’autre qu’être ensemble » (page 137).

Dans une prose jubilatoire, mettant en scène un héros qui semble ne pas croire à sa félicité, qu’elle soit amoureuse ou professionnelle, à laquelle il assiste comme en spectateur, François Weyergans, seul écrivain à avoir reçu le prix Renaudot et le prix Goncourt nous rappelle-t-on, conte la romance de Daniel et Justine, « passion aussi sexuelle que sentimentale » (page 101) faite d’échanges bien réels mais aussi de distance palliée par la technologie, romance torturée et pétrie de doutes, de craintes, de regrets.

Négropolis, Alain Agat

Ecrit par Yan Lespoux , le Dimanche, 06 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, La Manufacture de livres

Négropolis, Janvier 2012, 255 p. 17,90 € . Ecrivain(s): Alain Agat Edition: La Manufacture de livres

Joris a rejoint la Guadeloupe de son père pour couper définitivement avec sa vie en banlieue parisienne et se ranger des voitures. Mais on ne peut pas si facilement rompre avec le milieu dans lequel on a grandi et l’on s’est forgé une réputation. Croisant le chemin de Chacal et de ses hommes qui tiennent un important réseau de trafic de drogue entre les Antilles et la métropole, et pour lesquels son frère travaille à Paris tout en les doublant, il remet le doigt dans un engrenage qui va le ramener face à la violence mais aussi face à lui-même, à ce qu’il est.

Sous le couvert du polar c’est en fait la question de l’identité qui est au centre de ce premier roman d’Alain Agat. Ainsi voit-on s’affronter deux grandes factions, antillais d’un côté, car on trouve autour de Chacal, le Dominiquais, des Guadeloupéens mais aussi des Martiniquais, « négropolitains » de l’autre, Joris naviguant dans cet entre-deux sans jamais sembler trouver sa place.

Mais, en fin de compte, qui trouve vraiment sa place là-dedans ? Chacun se renvoie ainsi dans les cordes. Les Antillais reprochent aux « négropolitains » leur vision fantasmée de la terre originelle fondée à la fois sur des marqueurs identitaires culturels (la musique, la cuisine) superficiels, et sur l’assimilation du point de vue des colons chez qui ils sont maintenant installés :

Le grand coeur, Jean-Christophe Rufin

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 05 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Le grand cœur, mars 2012, 489 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Jean-Christophe Rufin Edition: Gallimard

 

Jean-Christophe Rufin, dont on connaît la passion d’écrire, le panache, l’enthousiasme, a certainement hésité longtemps avant de « toper là » avec ce Jacques Cœur de Bourges. Maître Cœur, le grand argentier, le fendeur de mer à la proue de ses galées, l’aventurier en tout, le tueur de Moyen Age, partant pour la lumière de la Renaissance. Le héros de roman dans l’Histoire, baroque avant l’heure ; le personnage qui nourrirait, par sa vie seule, « un cent » de romans, tous plus époustouflants les uns que les autres… « le grand Cœur », celui de ce Berry à « l’éternel crachin, passant par tous les tons de gris », qu’il connaît bien, Rufin ; il est de ce pays…

Comment le prendre, ce Cœur, dont l’ombre a dû porter sur la jeunesse de notre académicien ; la marquer d’un sceau déjà enchanté, peut-être même avoir participé à son envie d’écrire, de voyager, d’oser… Quel registre adopter ? Le documentaire historique ? pas d’Histoire du XVème siècle sans ce grand marchand, ses réseaux, ses routes maritimes, ses facteurs ; toile d’araignée sur la carte du monde connu, des Flandres en Terres Levantines, d’Aragon en Montpellier…