Identification

Roman

Les vaches de Staline, Sofi Oksanen

Ecrit par Paul Martell , le Jeudi, 15 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Stock, La rentrée littéraire

Les Vaches de Staline, Stock La Cosmopolite, 524 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Sofi Oksanen Edition: Stock

Après l’énorme succès obtenu par Purge l’an dernier, les éditions Stock publient l’un des précédents livres de Sofi Oksanen, paru initialement en 2003, Les Vaches de Staline.

Les vaches de Staline, c’est ainsi que les Estoniens déportés en Sibérie désignèrent les maigres chèvres qu’ils trouvèrent là-bas pour se moquer de la propagande soviétique qui assurait que le régime produisait des vaches exceptionnelles.

« La vache de Staline, c’est une chèvre ». Une chèvre toute maigre, comme Anna, une brindille de quarante kilos qui souffre de troubles alimentaires. Anna ne sait pas manger. Elle est boulimarexique, c’est-à-dire qu’elle est à la fois boulimique et anorexique.

Pour soulager son ventre « interminablement avide de sucreries », elle ingurgite des quantités astronomiques de nourriture, de quoi nourrir un régiment pendant plusieurs jours.


« Je me suis mise à mesurer le temps en kilocalories », dit-elle.


Mary Ann en automne, Armistead Maupin

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 15 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, L'Olivier (Seuil)

Mary Ann en automne, 317 pages, 21 € . Ecrivain(s): Armistead Maupin Edition: L'Olivier (Seuil)


Voilà un épisode de plus – le 8 – des « Chroniques de San Francisco ». On y retrouve les beaux et charnus personnages, disons aussi goûteux, notamment féminins qui habitent cet univers à la fois dépaysant et pourtant familier de la série fétiche de l’auteur américain.

Mary Ann en automne est déjà raconté par la couverture de l’Olivier : un bout du Golden Gate – forme et couleur caractéristique – émerge à peine d’un brouillard ? D’une mer ? façon statue de la liberté, dans le sable de la « vieille » « Planète des singes ». Et, déjà, on a cet automne de la vie – échecs et maladies confondues – cette nostalgie, plus sucrée qu’amère, ce mixte déceptions / amitiés de cocon qui colorent ce livre définitivement humain et attachant.

Mary Ann (« elle animait une grande émission TV à la fin des années 80 ») revient – rivages de la cinquantaine – à Frisco. « Si seulement il y avait un truc avec cette colline : la vue sur l’île d’Alcatraz par exemple, les cornes de brume ou l’odeur des planches moussues sous ses pieds, qui lui permettrait de renouer avec son paradis perdu… » Échecs intimes, menace de cancer suspendue… l’automne, mais pas l’Indien et ses fulgurances de la côte Est.

L'unique objet de mon désir, Frédéric Teillard

Ecrit par Sophie Adriansen , le Mardi, 13 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, La rentrée littéraire, Galaade éditions

L’unique objet de mon désir, Frédéric Teillard, 30 août 2011 . Ecrivain(s): Frédéric Teillard Edition: Galaade éditions

Les écrivains ne sont sans doute jamais aussi bons que lorsqu’ils écrivent un sujet qu’ils connaissent par cœur. Ainsi Frédéric Teillard met-il en scène un écrivain en panne d’inspiration, qui tourne autour du pot plutôt que d’y rentrer. Sa voix alterne avec celle d’Alix, son épouse partie chez son amant en Normandie tout en prétextant qu’elle est à l’autre bout de la France. Resté à Paris, Gilles se pose mille questions, tandis qu’Alix voit son bonheur un peu gâché de ce qu’elle s’en pose presque autant. Déchirée entre deux hommes, de cet éternel dilemme entre passion et raison, entre quitter et rester, elle se confie à son journal intime – elle écrit, précisément quand son mari trompé n’y parvient pas.

« Je ne peux ni quitter Gilles ni retourner auprès de lui désormais. Vivre sans toi m’est impossible, vivre avec toi excède mes forces » (page 96).

« Je ne savais plus rien, je ne pouvais ni quitter Gilles, ni Nino, seulement trahir chacun d’eux lorsque j’étais avec l’autre » (page 121).

Il n’est pas si fréquent que l’on soit entraîné dans les tribulations d’un écrivain moyen sans en passer par les clichés de l’artiste maudit, avec son cortège de sentiments négatifs et de pensées noires, du désespoir à l’auto flagellation en passant par l’incompréhension dont le concerné se sent victime et son envie récurrente de tout cesser.

Du temps qu'on existait, Marien Defalvard

Ecrit par Anne Morin , le Mardi, 13 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Grasset, La rentrée littéraire

Du temps qu’on existait, septembre 2011, 371 pages . Ecrivain(s): Marien Defalvard Edition: Grasset

Un premier roman déroutant, dans tous les sens du terme. La route est, en effet, omniprésente, comme métaphore, chemin de vie, imaginaire, mais aussi bien réelle, impasse, route parcourue en zigzags, sillons de la vie. Carambolage du temps : Les Normes sont malmenées.

On y trouve de tout : des superpositions, des réminiscences, de l’impromptu, un peu de Huysmans, un peu de Lewis Carroll, un peu de Proust, un peu d’Alain Fournier, de l’art abstrait et de la bande dessinée et le langage correspondant.

Ce n’est pas un roman, c’est un fil conducteur qui s’emmêle dans les dates, de la mort à la mort, la vie qui s’écoule et qu’il faut bien mener. Les pistes, jamais brouillées, la balle des centaines de fois lancée non pour rebondir mais, comme dans les contes russes atteindre l’endroit où l’usure mènera.

Cette histoire d’une vie qui coule, sans préméditation, sans rien faire, cette vie d’homme qui suit son cours, comme on le dit d’une maladie, sans jamais prendre parti, sans s’encombrer. On suit toute cette vie qui n’est rien, pas une somme mais bien plutôt des retraits, des soustractions, des restrictions. On est surpris, irrité parfois, plus souvent qu’à son tour par certains mots maniérés plombant parfois de très belles phrases qui tombent alors à plat, affadies.

La danse de Pluton, Frédéric Saenen

Ecrit par Christopher Gérard , le Lundi, 12 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, Publications de nos contributeurs

La Danse de Pluton, Ed. Weyrich, Neufchâteau 2011, 114 p. 13€

« Récit bref aux sombres entrechats » : tels sont les mots que, d’une plume encore ferme, Frédéric Saenen a tracés au moment du dessert sur mon exemplaire de La Danse de Pluton, son premier roman, publié dans une toute nouvelle collection dirigée par deux valeurs sûres des lettres belges, Alain Bertrand et Christian Liebens.

Dès l’apéritif (Orval fraîche), l’auteur me confie que ce roman a été rédigé en quelques semaines survoltées à la suite d’un défi. Je connaissais le spécialiste de Céline, l’irrédentiste liégeois, le critique littéraire d’une exemplaire probité, le poète déjanté et le nouvelliste désenchanté. Je le découvre aujourd’hui conteur et, à sa façon, moraliste.

Conte tragique plutôt que roman stricto sensu, La Danse de Pluton se révèle polyphonique: elle se lira comme une chronique sociale, comme l’analyse clinique du délitement d’une certaine Wallonie ravagée par la misère économique, esthétique et spirituelle, puisque l’un des personnages principaux – rien d’un héros ! – est l’un de ces assistés, sociaux et surtout mentaux, des banlieues sinistrées du grand Liège. Comme une méditation sur le destin, puisque Saenen met en scène la rencontre imprévue entre ce paumé en quête d’une vengeance qui prendrait la forme du crime gratuit (un pavé bien net, un lugubre pont d’autoroute, l’hésitant compte à rebours) et la petite Anaïs, fille d’un couple divorcé et qui, grâce à l’un de ses professeurs, trouve son salut dans la danse.