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Les coeurs en skaï mauve, Sacha Sperling

, le Samedi, 10 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Fayard, La rentrée littéraire

Les cœurs en skaï mauve, deuxième roman 2011, 245 pages, 18€90. . Ecrivain(s): Sacha Sperling Edition: Fayard


Deux ans après son premier roman, Sacha Sperling revient avec un roman des plus prometteurs. Pour ce deuxième roman, il change d’inspirateur.  Mes illusions donnent sur la cour était un titre emprunté à une chanson de Gainsbourg. Cette fois-ci Les cœurs en skaï mauve est emprunté au roman 37°2 le matin de Philippe Djian :

« … elle m’a fait penser à une fleur étrange munie d’antennes translucides et d’un cœur en skaï mauve et je connaissais pas beaucoup de filles qui pouvaient porter une minijupe de cette couleur-là avec autant d’insouciance ».

Jim et Lou sont jeunes. Jim travaille au Globe Movies. Lou ne s’entend pas avec sa mère. A la suite d’une engueulade avec cette dernière, Jim décide d’emmener la jeune Baby Lou, « celle qui est très jolie pour qu’on l’appelle seulement pas son prénom », avec lui. Ils partent alors. Lou et sa mère se quittent, un goût amer dans la bouche.

La première de couverture, avec son Motel et sa Cadillac, nous laisse prévoir un voyage aux Etats-Unis. Or, rien de tel. Jim et Lou habitent bien à Paris.

La légende des fils, Laurent Seksik

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 10 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Flammarion, La rentrée littéraire

La légende des fils, 189 pages 17 € . Ecrivain(s): Laurent Seksik Edition: Flammarion


Plusieurs portes possibles pour entrer dans ce petit livre qui nous parle de Scott, un jeune, un blanc, un pauvre.

Ce pourra être celle des lieux : Amérique de l'Ouest, mais pas celle, clinquante de la Californie du sud - soleil pétant, Pacifique surfant - pas celle, non plus des inquiétantes métropoles qui hantent si souvent la littérature américaine, sans parler des films noirs . Non, là, on est vaguement vers Phœnix - Arizona, une Amérique bien profonde : «  au loin, la crête des montagnes dessinait des menaces. La terre rouge aux alentours semblait couler de la lave. Le vent venu de l'est, soufflait des nuages de brume ». Ca s'appelle Rolder et on n'en voit que quelques rues, dont la banalité est pour autant, fortement dessinée ; un garage à Buicks ; un troquet à pleurer ( heureusement, une Jenny est serveuse ) ; les quartiers d'en haut sont pour les pauvres blancs et les Latinos forts en gueule ; pas même de rue, ni de vraie adresse ; un sentier de chèvres caillouteux … une route - la 17 - un bus dont descend chaque jour, la mère de Scott - une histoire dans l'histoire - décor qui n'est pas sans rappeler celui de certains films des frères Coen... tout en chaleur et silence...

Les cages flottantes et Chéri-Bibi et Cecily, Gaston Leroux

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 09 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Fantastique, Le Masque (Lattès)

Les Cages flottantes et Chéri-Bibi et Cécily, Le Masque, « Labyrinthes », 2011, 285 et 318 pages, 7,50€ chacun. . Ecrivain(s): Gaston Leroux Edition: Le Masque (Lattès)

 

Voici la réédition des aventures du célèbre Chéri-Bibi, forçat de son état, innocent devenu grand maître du crime, matricule 3216. Saluons cette excellente initiative des éditions du Masque qui permet d’offrir cette saga infernale à de nouveaux lecteurs en livre de poche.

Délaissant Rouletabille, Gaston Leroux donne naissance en 1913 à un personnage mythique et à sa célèbre formule Fatalitas ! Chéri-Bibi est un nouveau Jean Valjean poursuivi par son Javert, Costaud ! Car il est bel et bien un héros tragique comme il le souligne lui-même dans le second volet en établissant un parallèle entre sa personne et Œdipe, jouet d’un destin impitoyable. En effet les crimes commis par Chéri-Bibi découlent d’une injustice qui révulse le lecteur. Ce dernier frémit alors, non des méfaits du forçat, mais des délais apportés à la résolution de cette méprise première.


Rue Darwin, Boualem Sansal

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 08 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Maghreb, Gallimard, La rentrée littéraire

Rue Darwin, 2011, 255 p., 17,50€ . Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard

Après le magistral Village de l’Allemand, Boualem Sansal réinterroge les fantômes de l’Algérie, en tissant une toile nouvelle à partir de fils narratifs qui lui sont chers : la fraternité et les relations familiales, l’exil, le renoncement, les identités…

Yazid, le narrateur, retrouve sa fratrie à Paris où leur mère se meurt d’un cancer. Les différences entre eux les submergent : chaque enfant est parti à la conquête d’un continent et d’un univers professionnel d’exception, à l’exception de Yazid qui vit d’un travail obscur tout en se dévouant à leur mère malade en Algérie. Ceux qui partent et celui qui reste, ceux qui conquièrent l’avenir et celui qui veille sur le passé.

Une injonction « Va, retourne à la rue Darwin » amène le personnage à se retourner sur ce passé brumeux, refoulé, où il fut un enfant tiraillé, désiré et happé par plusieurs figures féminines en guerre les unes contre les autres.

« Enfant de la guerre ne sait de quoi il est fait, de grandes vérités fondatrices ou de perfides et lamentables complots. Je n’ignore pas seulement mes origines, qui est mon père et qui est ma mère, qui sont mes frères et mes sœurs, mais aussi quel monde est ma terre et quelle véritable histoire a nourri mon esprit.

Là aussi, il faut tout reprendre ».

Un avenir, Véronique Bizot

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 08 Septembre 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud, La rentrée littéraire

Un avenir, 120 pages, 16 € . Ecrivain(s): Véronique Bizot Edition: Actes Sud

Paul reçoit une lettre de son frère jumeau Odd lui annonçant qu’il part pour un temps indéterminé. Il lui demande de vérifier si le robinet de la grande maison familiale de 20 pièces qu’il vient de quitter a bien été purgé, il doute de l’avoir fait.

Paul fait les 300 km qui le séparent de chez lui pour constater que tout va bien. Il se demande si son frère ne l’a pas plutôt fait venir pour qu’il se rende compte par lui-même de l’accablement physique et mental qui pouvait être le sien dans ce décor.

Il ne peut plus repartir. Il se retrouve bloqué par la neige et doit passer la nuit, puis plusieurs jours, dans la maison glaciale, sans eau, alors qu’il souffre d’un rhume carabiné.

Ce séjour forcé sera pour lui l’occasion de raviver des souvenirs. Mais ce n’est qu’un livre de souvenirs, de digressions, où finalement l’intrigue de départ est très ténue. On aurait aimé qu’elle soit plus creusée, mais Paul ne s’intéresse pas à sa vie, ou il fait exprès de s’en détourner, de se concentrer sur le souvenir d’un voisin, d’une situation, sur des choses plus futiles les unes que les autres, pour ne pas avoir à regarder sa vie en face. Comme une fuite en avant.