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Roman

L'armoire des robes oubliées, Riikka Pulkkinen

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 24 Janvier 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Albin Michel

L'armoire des robes oubliées. Janvier 2012. 400 p. 20,90 € . Ecrivain(s): Riikka Pulkkinen Edition: Albin Michel

Helsinki. Années 2010. Une fresque de famille. Trois générations. Trois strates de peinture sur une toile dense de vécus, d’émotions, de non-dits. Superposition, mélange de couleurs. Parfois claires, vivantes, emplies de lumière mais aussi, sombres en certains endroits.

Au centre de la toile, la grand-mère, Elsa Ahlqvist, professeur à la retraite, psychologue de renommée internationale. Le cancer l’accompagne discrètement vers la porte de sortie. La mort l’attend, patiemment, sur le seuil. Elle le sait.

« Je suis en train de pourrir. Elle lui avait dit cela la semaine précédente, dans l’unité de soins palliatifs, comme un appel au secours. Ne me laisse pas me putréfier, je veux rentrer à la maison »

Adossé en contrefort, son mari, Martti. Artiste-peintre reconnu et estimé. Il délaisse pinceaux et palette. L’esprit occupé par celle qu’il a aimée et qu’il aime. Mais il a peur. « Martti craignait les nuits, il craignait les instants où il se réveillait seul au milieu de rêves qui lui restaient obscurs. Il craignait de s’éveiller et qu’Elsa ne respire plus à ses côtés. » À leurs côtés, leur fille Eleonoora, médecin. Elle s’oppose au retour de sa mère.

L'homme à la carrure d'ours, Franck Pavloff

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 24 Janvier 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Albin Michel

L'homme à la carrure d'ours. Janvier 2012. 208 p. 15 € . Ecrivain(s): Franck Pavloff Edition: Albin Michel

 

Le verre à moitié plein ou à moitié vide ? S’agissant, ici, d’un livre, celui-ci est-il seulement à moitié réussi ? Ou à moitié raté ? C’est en tout cas un sentiment mitigé qui ressort de la lecture du dernier livre de Franck Pavloff, L’homme à la carrure d’ours.

Ce qui séduit, verre à moitié plein, c’est le cadre, plus qu’insolite, dans lequel se déroule l’action. On se trouve aux confins de la Russie arctique, dans un endroit appelé « la Zone » où un froid d’acier, souvent en dessous de -30°, fige toute vie.

Quelques années plus tôt, un ordre d’évacuation générale d’urgence a été donné par les autorités, et l’ancien site minier a été déclaré territoire à hauts risques. Des fûts de carburant nucléaires ont été enfouis sous la terre à la hâte, et des mineurs enterrés vivants. Un décret a assigné à résidence à vie les reclus de la Zone. Personne ne peut s’échapper. Et personne ne peut plus non plus y entrer.


« Nul n’a jamais franchi les frontières de la Zone ».

Je vais beaucoup mieux que mes copains morts, Viviane Chocas

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 24 Janvier 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Héloïse D'Ormesson

Je vais beaucoup mieux que mes copains morts, 12 janvier 2012, 175 P. 17 € . Ecrivain(s): Viviane Chocas Edition: Héloïse D'Ormesson

Blanche est une jeune femme un peu paumée, un peu idéaliste, qui se cherche tout en cherchant le job qui lui permettra d’atteindre le but qu’elle s’est inconsciemment assigné. Ainsi se retrouve-t-elle animatrice d’un atelier d’écriture dans une maison de retraite. Elle avance à l’aveuglette, apprenant à s’adresser à ses vieux au fur et à mesure des séances. Sa première déception est le nombre de participants qu’elle espérait important (un atelier d’écriture ne peut qu’intéresser les gens, fussent-ils âgés) mais qui se réduit à neuf personnes.

Elle tâtonne, Blanche, tant dans ses attitudes que dans ses questions, et ses hésitations la renvoient à elle-même. « T’es obligée d’articuler comme une débile » se lance-t-elle, preuve qu’elle avance en terre inconnue, d’autant que les questions qu’elle pose à ses vieux créent chez eux un malaise dont elle ne sait pas bien quoi faire, des émotions qu’elle a du mal à canaliser. Les souvenirs, parfois anciens et douloureux refont surface, et Blanche veut utiliser ce matériau pour atteindre un objectif : « Les redresser, leur rendre la parole. Mais c’est sous ses pieds aujourd’hui que s’ouvre la trappe du verbe. Sous ses pauvres pieds. Pour enfin témoigner ».

Le théorème de Kropst, Emmanuel Arnaud

Ecrit par Sophie Adriansen , le Lundi, 23 Janvier 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Métailié

Le théorème de Kropst, 26 janvier 2012, 144 p. 14 € . Ecrivain(s): Emmanuel Arnaud Edition: Métailié

Laurent Kropst est un taupin. Elève en maths sup au prestigieux lycée Louis-Le-Grand, il vit l’année de tous les dangers et de tous les espoirs dans un environnement majoritairement masculin et hautement concurrentiel. De ces semaines laborieuses dépendront son admission à Polytechnique, donc son avenir. Un jour, il ose un mensonge pour tenter de se sortir du pétrin dans lequel une note catastrophique l’a fourré. Ce même jour, il rencontre des filles des classes préparatoires voisines, hypokhâgne et HEC. Conséquemment à ce double évènement qui vient rompre la routine de sa très studieuse existence, la vision qu’il a de son univers commence à changer – et bientôt son univers lui-même.

Passé par les grandes écoles, Emmanuel Arnaud connaît les codes du monde qu’il dépeint. Il relate avec distance et tendresse son opacité – et « l’humour prépa ».


« – Qu’est-ce qui se passerait si tous les Chinois réunis brusquement tous ensemble sautaient à pieds joints sur la Terre ?

– Une onde de choc d’une amplitude telle qu’elle provoquerait jusqu’à Paris un tremblement de terre de magnitude 8 sur l’échelle de Richter » (page 12)

Tu ne jugeras point, Armel Job

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Lundi, 23 Janvier 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Mijade

Tu ne jugeras point, éditions Mijade, octobre 2011, 287 p. 12 € . Ecrivain(s): Armel Job Edition: Mijade


« Tu ne jugeras point par crainte d’être jugé », Matthieu VII.


Denise Desantis est une mère exemplaire : elle s’occupe admirablement de ses quatre enfants, soigne incomparablement son mari et sa maison et se rend pieusement, presque tous les jours, à l’église du bourg contempler le Vieux Bon Dieu, un Christ en croix médiéval qui jouxte un prémonitoire autel à répit, où l’on venait déposer les enfants mort-nés.

Dans cette campagne belge, un peu plate, un peu morne, un peu oubliée de tous, la vie est paisible, bien que difficile : les Desantis sont de « petites gens », « pauvres mais dignes » comme le souligne l’un des personnages du roman. Alors pourquoi un beau matin, en dépit de ce dévouement qui semble sans failles, Denise laisse-t-elle sa poussette devant un commerce, alors que David, 13 mois, y dort bien à l’abri sous sa capote  et son cache-pied ? Ce jour-là, c’est l’effroi : David ne réapparait plus vivant et tout le village, qui a encore en mémoire la sinistre affaire Dutroux, est en émoi : les habitants veulent un coupable à tout prix.