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Roman

Arrêtez-moi là ! Iain Levison

Ecrit par Alexandre Muller , le Dimanche, 25 Mars 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Editions Liana Levi

Arrêtez-moi là ! Ed. Liana Levi, collection Piccolo, 246 p. trad. Fanchita Gonzales Batlle, 9,30 € . Ecrivain(s): Iain Levison Edition: Editions Liana Levi

Avez-vous déjà été victime d’une erreur judiciaire ? Avez-vous déjà été la proie d’une investigation bâclée par la police ? Avez-vous déjà été humilié dans un commissariat ? Avez-vous déjà été en prison ?

Un chauffeur de taxi charge un passager à l’aéroport. La cliente n’a pas assez d’argent sur elle et demande au chauffeur de l’accompagner chez elle pour récupérer son dû. Elle, monte dans sa chambre, lui, emprunte les toilettes et retourne dans le vestibule. La dame n’est toujours pas revenue. Le chauffeur observe l’intérieur, pénètre dans une salle de jeux et s’approche de la fenêtre. Une ligne bleue en haut des vitres attire son regard. Une ligne bleue caractéristique des fenêtres de chez Pierson Home Improvements. Douze ans auparavant le chauffeur travaillait dans cette entreprise.

 

« Je me souviens que, chaque fois qu’il terminait un travail, le propriétaire, Paul Pierson, imprimait un petit “PP” en bas à l’intérieur du cadre, et comme le châssis est déjà verrouillé, je le relève un peu pour vérifier la présence des initiales. Elles n’y sont pas et je redescends le châssis ».

L'état des sentiments à l'âge adulte, Noémi Lefebvre

Ecrit par Theo Ananissoh , le Samedi, 24 Mars 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Verticales

L’état des sentiments à l’âge adulte, février 2012, 200 pages, 19 € . Ecrivain(s): Noémi Lefebvre Edition: Verticales

 

Etre heureux est une question humaine, dit la narratrice à un moment donné de son récit haletant. Elle n’a pas de nom ni de repères dans un Paris qui se résume un peu aux alentours de la Place d’Italie et de la Gare du Nord. Un jour, un matin, cette question humaine, soudain, semble la saisir, l’empoigner sans possibilité d’y échapper. Elle la présente comme « un changement de vision » ; c’est-à-dire un rejet catégorique de toutes ces fictions plus ou moins conscientes qui permettent d’être encore motivé en dépit du bon sens, d’être distrait de « l’insondable douleur de vivre ». Une perte de toute illusion forcément douloureuse.

Jean-Luc, le compagnon, au chômage, n’a plus l’énergie élémentaire de se faire propre pour les entretiens d’embauche – il vise à un poste de chef de vente ; la narratrice elle-même, diplômée de l’université, n’a pu trouver qu’un emploi de travailleuse sociale. Tout le roman ou presque, en vérité, va décrire le contenu de ce travail social. Et cela a comme la valeur d’un vécu. Sa collègue Mariama, que ses « emmerdements » d’immigrée d’origine sénégalaise semblent paradoxalement mettre à l’abri de tout sentiment de désespoir, et elle, se relaient (de « douze à quinze » et de « cinq à huit ») auprès de… Victor Hugo. Hugo, sans cesse présenté ainsi : « Celui que je connais personnellement, pas celui que tout le monde connaît au moins de nom ».

Une odyssée américaine, Jim Harrison

Ecrit par Lionel Bedin , le Jeudi, 22 Mars 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, J'ai lu (Flammarion)

Une odyssée américaine, (titre original The English major), traduit de l’américain par Brice Matthieussent, 2010 283 p. 6,70 € . Ecrivain(s): Jim Harrison Edition: J'ai lu (Flammarion)

Au début Une odyssée américaine de Jim Harrison commence comme un roman de gare : un banal divorce dans le Michigan. Cliff et Vivian se séparent au motif qu’ils ne se comprennent plus. Il est passé de professeur de littérature à paysan, elle vend maintenant des appartements de luxe à une clientèle fortunée. Séparation. Que faire ? Le déclic : la mort de la chienne, et un puzzle « datant de mon enfance. Il y avait quarante huit pièces, une pour chaque État, toutes de couleurs différentes. La boite contenait aussi des informations sur l’oiseau et la fleur associée à chaque État ».

Du passé faisons table rase. Kerouac, Thoreau et Emerson dans la tête, des souvenirs cuisants, un puzzle des États-Unis… l’idée de « partir » s’impose. Tenter d’y voir clair ? « Impossible. Tu essaies d’entamer une vie nouvelle à soixante ans, c’est tout aussi impossible. La seule chose que tu peux faire, c’est des variations sur le thème habituel. Tu es un raton laveur acculé par les chiens de meute de la vie ». Que faire contre le poids du passé, des habitudes, des phrases du père qui résonnent encore, de ce frère mort… Au moins, prendre une décision. Peut-être cesser de se demander pourquoi les gens se séparent, pourquoi les grandes et bonnes intentions de la vie de couple finissent par s’effilocher. Cesser de croire aux grands choses, aux grands desseins, au destin. « Peut-être que la vie se réduit à une succession de mesures temporaires ». Peut-être que « le monde est un lieu instable, mon esprit aussi ».

Swan Peak, James Lee Burke

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 21 Mars 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Rivages/Thriller

Swan Peak (Swan Peak, 2008). Trad. de l’anglais (américain) par Christophe Mercier. 448 p. 22€. Mars 2012. . Ecrivain(s): James Lee Burke Edition: Rivages/Thriller

 

James Lee Burke continue donc sa série consacrée à Dave Robicheaux dans un dix-septième volet qui expédie son héros cajun dans le Montana, près de vingt ans après Black Sherry Blues.


L’ouragan Katrina était au centre du roman précédent de Burke, La nuit la plus longue. La catastrophe elle-même mais aussi sa gestion par les autorités ont marqué Robicheaux et son acolyte Clete Purcel autant qu’ils ont marqué l’auteur. Un auteur qui partage depuis longtemps son existence entre la Louisiane et le Montana et semble même, depuis Katrina, préférer le Big Sky Country au bayou.

C’est donc là que Dave Robicheaux, sa femme Molly et Clete Purcel ont temporairement trouvé refuge pour évacuer le traumatisme de Katrina. Mais oublier est une chose difficile. Non seulement la catastrophe continue de hanter Clete, follement attaché à une Nouvelle-Orléans qui n’existe plus, mais d’autres souvenirs, liés eux au dernier passage dans le Montana de Clete et Dave, refont surface.

Le Caire à corps perdu, Khaled Osman

Ecrit par Nadia Agsous , le Mercredi, 21 Mars 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays arabes, Vents d'ailleurs

Le Caire à corps perdu. Septembre 2011. 18 € . Ecrivain(s): Khaled Osman Edition: Vents d'ailleurs

« Cette révélation l’avait entièrement déboussolé. Il avait regagné précipitamment sa chambre où il avait perdu du temps à tourner en rond, sondant désespérément sa mémoire à la recherche d’un indice quelconque. Complètement affolé, il regardait autour de lui, jetait des coups d’œil dans la rue. A plusieurs reprises, il avait fouillé dans les poches de son pantalon, cherchant avec fébrilité le moindre papier qui pourrait lui servir d’indice, mais il n’y avait rien d’autre que les quelques billets froissés ».

Ce texte est un extrait du premier roman de Khaled Osman, traducteur d’œuvres de fictions d’auteurs arabes célèbres tels que Naguib Mahfoud, Gamal Ghitany, Sahar Khalifa et bien d’autres.

Raconté à la troisième personne, Le Caire à corps perdu promène les lecteurs/trices sur une échelle de temps qui oscille entre le présent d’énonciation dont la fonction est d’attribuer aux péripéties du protagoniste et à l’action des personnages une dimension réelle. Et le passé proche et lointain, notamment par le truchement d’analepses qui immergent les lecteurs/trices dans un cadre spatial et temporel qui renvoie à deux types de passé et à deux espaces différenciés lesquels contribuent à donner davantage de sens au récit et à son dénouement. D’une part, à son enfance, à l’époque où il vivait encore au Caire, à son adolescence notamment lors de ses retours sporadiques dans sa ville natale. Et d’autre part, à sa vie d’adulte en Europe où il a exilé depuis de très nombreuses années.