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Roman

Anka, Guillaume Guéraud

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Dimanche, 18 Mars 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Le Rouergue

Anka, Guillaume Géraud, Le Rouergue, DoAdo Noir, janvier 2012, 107 p. 9,50€ . Ecrivain(s): Guillaume Guéraud Edition: Le Rouergue

Marco a 14 ans ; il est en classe de troisième dans les quartiers Nord de Marseille, là où le soleil éclabousse les barres des cités, les voitures rouillées aux pneus en lambeaux et les machines à laver désossées, là où la chaleur fait couler le goudron du désert urbain.

Un après-midi, attablé à son bureau, seul dans l’appartement, Marco planche sur son devoir de géométrie. A quoi bon travailler ? Pour quel avenir ? On sonne à la porte, deux agents de police lui annoncent sans ménagement la mort de sa mère. L’incrédulité, l’invraisemblable font leur apparition dans la vie du jeune garçon. Sauf que cinq minutes plus tard, sa mère rentre à la maison, bien vivante.

Alors quoi ? Une erreur ? Non, ce n’est pas sa mère qui est morte, mais la femme que son père avait épousée il y a dix ans contre 1500 euros. En échange des précieux papiers d’identité : Anka, jeune roumaine aux cheveux noirs, aux yeux brillants comme du cobalt et à la peau de lait.

Mais Anka est morte, seule, sur le banc d’un parc, terrassée par la misère et la tuberculose. Anka la Belle, oubliée de tous, y compris de son faux-mari, plutôt agacé par tous les dérangements causés par ce décès. Anka, une laissée pour compte, une moins que rien. Alors pourquoi la jeune femme vient-elle hanter Marco, pourquoi ne parvient-il pas à l’oublier alors qu’il vient juste d’apprendre son existence ?

La femme-nuage, Jean-François Chabas

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Samedi, 17 Mars 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, L'école des loisirs

La femme-nuage, septembre 2011, 78 pages, 8€. . Ecrivain(s): Jean-François Chabas Edition: L'école des loisirs

La femme-nuage est un court opus qui nous propose trois contes spirituels et mystiques, presque mythiques, tant les lieux et les époques au cours desquels ces récits se déroulent sont incertains. Mais les héros de ces trois histoires ont en commun la quête d’un monde meilleur ou différent, plus accueillant et tolérant que celui où ils vivent.

Vâ est une jeune fille habitant un village de pêcheurs. Au cours de son adolescence, elle comprend qu’elle fait partie de ces femmes qui ne supportent pas de ressentir la moindre émotion ardente : les femmes-nuage. Elles deviennent alors translucides et s’envolent au gré du vent et de ses fantaisies, survolant le monde, jusqu’au retour de la sérénité. Vâ s’efforce alors à l’ataraxie la plus complète, fuyant les sentiments et se transformant en forteresse. Et tout va bien jusqu’à la rencontre de l’amour...

Glas, le géant du Lac Bleu est chargé de veiller sur les eaux limpides et sauvages des montagnes, afin qu’elles restent pures et immaculées de toute souillure humaine. Tel le géant Argos, il tire sa force de la nature. Qu’il s’éloigne de sa vallée et il rapetisse et s’affaiblit jusqu’à presque en disparaitre. Depuis la nuit des temps, Glas s’acquitte de sa tâche avec diligence et fidélité. Jusqu’au jour où il recueille Lynanata, une jeune orpheline, mignonne, capricieuse et raisonneuse. Le naïf et tendre géant devient la proie idéale pour une petite fille gâtée et égoïste.

La randonnée, Christophe Léon

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 16 Mars 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Thierry Magnier, Jeunesse

La randonnée. Février 2012. 116 p. 8,20 € . Ecrivain(s): Christophe Léon Edition: Thierry Magnier

Quoi de plus dépaysant pour un groupe d’adolescents qu’une randonnée en montagne ? Plus particulièrement lorsque ces ados viennent de grands espaces urbains et qu’ils ont été réunis dans un centre pour « jeunes en difficulté ». Sous l’égide d’un éducateur rasoir et sportif, Damien, Lisa, Mariam, Lukas et Jennifer vont découvrir à contrecœur les joies de la nature sauvage.

Le scénario proposé par Christophe Léon semble se dérouler de façon prévisible et reprendre des intrigues déjà vues ou lues. Or, l’auteur parvient à nous surprendre, et cela, de plusieurs façons. Tout d’abord, en donnant une version réussie des scènes consacrées : accrochages entre les ados, entre la forte tête et l’éducateur, marche en milieu hostile, pieds en feu et corps harassés, premières découvertes de la réalité de la forêt, feu de camp et guimauves grillées, nuit à la belle étoile, frayeurs et fous rires.


« Il se découvre étranger au cœur de la nuit, invité surprise d’une nature oppressante. »

 

Les ados se confrontent aux dangers réels de la nature : s’orienter, gravir un sommet, se retrouver nez à truffe avec un animal sauvage constituent de véritables défis.

Lointain souvenir de la peau, Russel Banks

Ecrit par Alexandre Muller , le Jeudi, 15 Mars 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Actes Sud

Lointain souvenir de la peau, 23,80 €, 444 p. traducteur Pierre Furlan . Ecrivain(s): Russel Banks Edition: Actes Sud

 

D'un côté il y a les îles artificielles avec leurs immeubles luxueux qui ressemblent à des empilements de jetons de poker, leurs résidences, leurs restaurants. De l'autre les quartiers populaires et le centre de Calusa, Floride. Entre les deux, un viaduc. Un tapis à six voies. Les piles du pont s'encastrent dans une dalle en béton. Cette dalle recouvre une île. Une île où s'échouent des tentes, des abris de fortune au bord de l'océan.

Sous le viaduc de Claybourne, un refuge d'exclus. Des condamnés pour abus sexuels en liberté conditionnelle. Tous portent un bracelet électronique. Sur internet, un carré de couleur informe n'importe qui de leur lieu de résidence, de leur photo, date de naissance, mensurations. Ils sont répertoriés, fichés, identifiés, localisés et en rapport hebdomadaire avec des contrôleurs judiciaires.

La loi stipule qu'un individu ayant commis un crime sexuel ne peut habiter à proximité d'une zone sensible où se trouvent des enfants. Des cercles concentriques s'étalent sur la carte de la ville d'où sont exclus les déviants. À quelques exceptions près, l'aéroport, le marécage et l'île sous le viaduc.

Le Diable, tout le temps, Donald Ray Pollock

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 14 Mars 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Albin Michel

Le Diable, tout le temps (The Devil All The Time), 1er mars 2012, traduit de l’américain par Christophe Mercier, 376 p., 22 € . Ecrivain(s): Donald Ray Pollock Edition: Albin Michel

Le Diable, tout le temps est un livre « White Trash ». Terme qui désigne les laissés pour compte blancs des Etats-Unis, vivant dans des endroits miteux et qui essayent de joindre les deux bouts comme ils peuvent. Petits boulots, combines. Le cadre est sale et hostile, on boit, on se drogue, on se lave peu, très peu. Souvent, le seul moyen de s’arracher à sa condition est la violence.

Violent le livre l’est, assurément, et cette violence est d’autant plus palpable qu’elle est rendue par le style sec de l’auteur. Donald Ray Pollock ne se livre pas à de grandes envolées lyriques, de métaphores, de descriptions paysagères à la manière de Cormac McCarthy dont l’univers pourrait être proche (on pense à certains de ses livres comme Suttree ou Un enfant du bon dieu). Le ton est direct, froid, presque clinique. La phrase n’est jamais longue, ne s’envole pas, mais c’est pour mieux prendre à la gorge et ne plus resserrer son étreinte.

De la fin de la seconde guerre mondiale aux années 60, Le Diable, tout le temps met en scène plusieurs personnages, de l’Ohio à la Virginie Occidentale. Il y a Willard Russel, vétéran de l’enfer du Pacifique qui revient du pays hanté par des visions d’horreur. Son fils, Arvin, désemparé par le comportement de son père quand sa mère tombe malade. Carl et Sandy, un couple qui écume les routes à la recherche d’auto-stoppeurs qu’ils tueront après de sordides séances photos.