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Roman

Le grand coeur, Jean-Christophe Rufin

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 05 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Le grand cœur, mars 2012, 489 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Jean-Christophe Rufin Edition: Gallimard

 

Jean-Christophe Rufin, dont on connaît la passion d’écrire, le panache, l’enthousiasme, a certainement hésité longtemps avant de « toper là » avec ce Jacques Cœur de Bourges. Maître Cœur, le grand argentier, le fendeur de mer à la proue de ses galées, l’aventurier en tout, le tueur de Moyen Age, partant pour la lumière de la Renaissance. Le héros de roman dans l’Histoire, baroque avant l’heure ; le personnage qui nourrirait, par sa vie seule, « un cent » de romans, tous plus époustouflants les uns que les autres… « le grand Cœur », celui de ce Berry à « l’éternel crachin, passant par tous les tons de gris », qu’il connaît bien, Rufin ; il est de ce pays…

Comment le prendre, ce Cœur, dont l’ombre a dû porter sur la jeunesse de notre académicien ; la marquer d’un sceau déjà enchanté, peut-être même avoir participé à son envie d’écrire, de voyager, d’oser… Quel registre adopter ? Le documentaire historique ? pas d’Histoire du XVème siècle sans ce grand marchand, ses réseaux, ses routes maritimes, ses facteurs ; toile d’araignée sur la carte du monde connu, des Flandres en Terres Levantines, d’Aragon en Montpellier…

La chienne de l'ours, Catherine Zambon

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 04 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Actes Sud Junior

La Chienne de l’ours, mars 2012, 57 pages, 7,80 € . Ecrivain(s): Catherine Zambon Edition: Actes Sud Junior

 

La Chienne de l’ours contient un aveu qui dépasse tous les autres, un fleuve d’émotions qui déferlent et laissent le souffle coupé. Dans son corps trop grand, trop fort, trop lourd, la jeune narratrice étouffe et renferme des pensées qui l’effraient, des sentiments qui l’affolent, des sensations qui la font vaciller. En une course éperdue, elle va chercher à se perdre, à gagner de la distance sur les vérités qu’elle ne veut pas accepter : « ce je-ne-sais-quoi de honteux qui me rend étrangère à moi-même ».

Laissant derrière elle, la fête de Léo, « l’immense bête cannibale » qu’est le lycée, sa famille, elle disparaît dans la nuit. Elle marche de son pas d’ourse jusqu’à l’épuisement. Elle revient là où ses souvenirs ne la blessent pas, là elle peut être elle-même. Dans la montagne, aux Vergnands, chez la vieille Mme Burridon. « Sèche comme une trique », cette solitaire au grand cœur ne parle pas beaucoup, se contentant d’injurier le monde entier et de servir ses fromages. Dans l’obscurité, la narratrice rencontre Diane, la chienne affectueuse à laquelle elle se confie tout en éclusant une bouteille de whisky. « Mais Diane ne pourra pas me faire oublier ce que je suis. Une chienne, comme elle, mais qui hurle à la mort en silence ». Lorsque sa présence est révélée, l’adolescente se fait d’abord engueuler vertement, puis la fermière l’accueille, attentive et désarmée. Par bribes, la jeune fille nous raconte son histoire et relate sa conversation avec Mme Burridon.

L'orchestre vide, Claire Berest

, le Jeudi, 03 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Léo Scheer

L’orchestre vide, janvier 2012, 170 p. 17 € . Ecrivain(s): Claire Berest Edition: Léo Scheer

« Il m’avait rencontrée, et nous sentions tous les deux que cela était irrémédiable » (page 28).

Au hasard d’un festival, Alma fait la connaissance de John, leader d’un groupe de rock. Il lui demande de le suivre et, sans trop savoir pourquoi, comme par défaut – ou défi ? – elle accepte. Cela implique de s’envoler pour l’autre côté de l’Atlantique, et de vivre par, pour, dans la musique.

« La musique devint les jours, la conversation, le repos, l’angoisse » (page 82).

Vivre sur la route, aussi. Car après le studio, la vie se résume à la tournée. Et le confinement, la proximité extrême se meut en road-trip, transit permanent.

« La route est belle, mais le fait de n’habiter nulle part pose la question de l’existence elle-même » (page 140).

Et puis Alma sort de l’ombre : « Alma, je veux ta voix sur l’album […] je veux ta voix française et bizarre, je veux ta voix qui ne sait pas chanter. Et je ne te laisse pas le choix » (page 97). La suite est attendue : John veut qu’Alma l’accompagne sur scène. Et soudain, l’amour, l’aimant change de nature. La scène est un catalyseur, qui propulse les amants dans une inédite solitude sous les feux des projecteurs.

Wiggins et la nuit de l'éclipse, Béatrice Nicodème

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mercredi, 02 Mai 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Gulf Stream Editeur

Wiggins et la nuit de l’éclipse, Gulf Stream Editeur, Courants Noirs, mars 2012, 258 p. 13,90 € . Ecrivain(s): Béatrice Nicodème Edition: Gulf Stream Editeur

 

Il en va de même des héros que des chats, ils semblent parfois avoir sept vies et resurgir aux moments les plus inattendus. C’est ainsi que dans ce très bon roman à énigmes de Béatrice Nicodème, nous découvrons que Sherlock Holmes n’est pas mort dans les cascades du Reichenbach, entraînant dans sa chute l’infâme Moriarty, mais qu’il a survécu au travers de son plus fervent disciple, le jeune Wiggins.

Désabusé et éteint par le décès de son ami, le docteur Watson se décharge d’une délicate affaire de chantage auprès de Wiggins, simple garçon des rues malfamées de Whitechapel et employé à l’occasion par le détective comme garçon de courses. Aussi quand le directeur d’un collège huppé fait appel à Watson pour résoudre diplomatiquement une crise au sein de ses jeunes pensionnaires, celui-ci envoie à sa place le jeune homme, bien décidé à faire ses preuves et à honorer la mémoire de son maître. Il s’agit de veiller sur la sécurité de Lowell Summerfield : son père, le juge le plus aristocratique et le plus despotique de la capitale se voit victime d’un maître-chanteur dans un procès médiatique : de son verdict dépend la survie de son fils.

Une année à Venise, Lauren Elkin

Ecrit par Anne Morin , le Dimanche, 29 Avril 2012. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Héloïse D'Ormesson

Une année à Venise, Avril 2012, trad. USA par Jean Lineker, 334 p. 22 € . Ecrivain(s): Lauren Elkin Edition: Héloïse D'Ormesson

Oscillant entre la terre ferme et l’eau, entre la certitude, les certitudes, une vie toute tracée où n’affleurent même pas les questions, et l’incertitude, les questions sans réponse, le flottement. Entre Charles, son fiancé éditeur américain de l’upper middle class, et Marco, le batelier vénitien qui s’invente une histoire de vengeance, fuyant avenir et passé, Catherine hésite, Catherine balance : « je suis allée à Venise parce que Venise est un libro d’ore. Un livre d’heures. Un livre doré » (p.14).

Au fond d’elle-même, en quête d’elle-même, des failles s’ouvrent, profondes, où elle s’interroge. D’un côté, New York, le nouveau monde, engoncé dans un monolithisme étouffant, de l’autre Venise, l’ancien monde, berceau flottant, épave ? Les deux, peut-être, où passé et avenir se rejoignent, se joignent et se distendent, se distancient.

Doctorante, Catherine s’interroge sur ses racines. Dans une ville qui prend pied sur l’eau, elle ne choisit pas par hasard pour aimer y vivre, le seul quartier ferme : le Dorsoduro. Par l’eau – et Marco servira de passeur –, Catherine et Neva, une Croate en quête de la scuola segreta de ses ancêtres, ré-inventeront une très ancienne synagogue entre immersion et émersion aux magnifiques mosaïques : « Je savais que c’était à Venise, et dans un endroit improbable » dira Neva (p.136).