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Roman

Souviens-toi de Hallows Farm, Angela Huth

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 27 Juillet 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Quai Voltaire (La Table Ronde)

Souviens-toi de Hallows Farm, traduit de l’anglais par Lisa Rosenbaum, Quai Voltaire, 2011, 21 €. . Ecrivain(s): Angela Huth Edition: Quai Voltaire (La Table Ronde)

Souviens-toi de Hallows Farm est un livre sans prétention qui trouvera sa place parmi les lectures légères de vacances. Mais il pose un paradoxe : c’est un beau roman où il ne se passe rien, où les personnages rivalisent de vacuité. L’effet obtenu est curieux, on passe du plaisir à l’agacement d’une page à l’autre. Durant la première partie du livre, on suit ce que nous propose Angela Huth avec le sentiment qu’une tragédie va se nouer. On sait d’emblée que Prue n’est pas faite pour ce lourdaud de Barry, qu’elle a d’autres aspirations, après tout ce qu’elle a vécu dans un volume précédent, Les Filles de Hallows Farm – qu’il est complètement inutile de lire au vu des nombreuses références qui y sont faites ou qu’il faudrait lire avant pour espérer un peu plus de suspens.

Or, en réalité, non, Prue n’aspire qu’à redevenir une volontaire agricole et à s’ébattre dans la campagne. Cette femme est vaine, superficielle. Même la mort de son bébé – spectaculaire scène des prémices d’un l’accouchement parmi une horde de cochons grognant et agressifs – ne l’affecte pas. A l’approche d’un homme, elle entre en mode séduction et croit aimer parce qu’elle le veut. D’échec en échec, cette nouvelle Emma Bovary finit par réaliser qu’elle devrait mener sa vie, seule, comme elle l’entend, c’est-à-dire, dans un jardin.

Zola Jackson, Gilles Leroy

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 24 Juillet 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Zola Jackson, 2010, 152 pages, 5,10 € . Ecrivain(s): Gilles Leroy Edition: Folio (Gallimard)

Alors qu’un véritable fléau, l’ouragan Katrina, est sur le point de s’abattre sur la Nouvelle Orléans, l’institutrice en retraite, Zola Jackson, se souvient. La dernière visite de son fils. Sa maladie. Elle pourrait fuir, se faire secourir mais elle reste envers et contre tout. Car on ne quitte pas cette ville. Elle l’aime et elle la subira jusqu’à la lie. Bientôt, emprisonnée par les éléments, elle lutte pour survivre et ne doit son salut qu’à sa chienne Lady. Face à l’ouragan, elle fait front, seule, comptant sur ses ressources et son habitude du phénomène. La description de la catastrophe est percutante.

« Les corps flottent sur le ventre, tous sans exception. Et tous ont les bras en croix, telles des outres chrétiennes.

Parfois, sur le dos d’un corps, on discerne un rat embarqué. Un rat en croisière. C’est formidable ».

Zola Jackson est une sacrée bonne femme. Incarnation de la solitaire, elle n’a pas sa langue dans sa poche, elle conspue Dieu qui n’est même pas capable de veiller sur les siens. Elle a éduqué tous les gamins du coin, en élevant un garçon métis et sensible qui ne parvint jamais à se fondre dans la masse. Ambition maternelle satisfaite, Caryl devient un brillant historien. Seul bémol, il est homosexuel. Mais, tout en râlant après le compagnon de son fils, elle accepte car elle l’aime d’un amour inconditionnel.

Le mécanicien des roses, Hamid Ziarati

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 19 Juillet 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Editions, Thierry Magnier

Le Mécanicien des roses, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, 2011, 366 p. 22 €. . Ecrivain(s): Hamid Ziarati Edition: Thierry Magnier


Une fois n’est pas coutume, taisons-nous et ouvrons le livre à la première page. Savourons.

« Le village était éclairé par une lune bossue de printemps, affaissée sur un nuage solitaire.

Les tziganes, appuyés à la charrette, jouaient de leurs instruments. Un chant résonnait, tantôt triste pour célébrer un amour douloureux, tantôt joyeux pour fêter un amour éclos et réciproque.

Zoleikha virevoltait autour des feux de joie, insouciante à la présence des fidèles, telle une phalène amoureuse de sa mortelle bougie ».

Dès les premiers mots, ce roman agit tel un envoûtement, offrant l’une après l’autre ses circonvolutions poétiques. Sa force est d’employer les ressorts du conte, gracieux mais emplis de force et de sagacité, pour dire les réalités d’un pays blessé. D’une époque à l’autre, on y a sabré les droits des hommes et nié les femmes, bafoué la beauté et gâché la douceur de vivre. Hamid Ziarati expose, avec justesse et pudeur, le destin de cinq personnages, liés, tels les surgeons des roses à la racine mère, dans une fresque où l’Iran se dérobe et se démasque à chaque page.

Zombi, Joyce Carol Oates

Ecrit par Paul Martell , le Samedi, 09 Juillet 2011. , dans Roman, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Stock

Zombi. Stock La Cosmopolite – 216 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Joyce Carol Oates Edition: Stock

Dans la tête d’un monstre. Dans la tête d’un serial killer. Dans Zombi (déjà sorti en 1997 en France et réédité cette année) il ne s’agit pas de l’un de ces tueurs « cools », à la Patrick Bateman d’American Psycho, ou diablement retors, suprêmement intelligent, comme le cannibale Hannibal Lecter du Silence des agneaux. C’est dans la tête d’un malade mental, au véritable sens du terme, que l’on est invité. Et d’un pauvre gars, il faut bien le dire.

Pour écrire Zombi, plongée à la première personne dans quelques mois de la vie d’un serial killer, Joyce Carol Oates s’est inspiré du cas Jeffrey Dahmer, prénommé ici Quentin, ou Q… P… (Pour prolonger la lecture, ou la préparer, on pourra se reporter au chapitre que consacre Stéphane Bourgoin à Jeffrey Dahmer dans son très réussi Livre Noir des serials killers, paru chez Points).

Quelque temps plus tôt, Quentin a été accusé d’agression sexuelle sur un mineur. Une agression à laquelle ne veulent pas croire ses parents, mais aussi sa grand-mère qui le prend pour le plus parfait des petits-fils.

Mais ils se font berner. Si Quentin s’est fait pincer pour agression sexuelle, le lecteur soupçonne qu’il a commis bien plus grave, mais surtout qu’il envisage de faire bien plus grave. Car une idée lui est venue.

Berthe au grand pied, épouse et mère de rois ... Martina Kempff

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 03 Juillet 2011. , dans Roman, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud

Berthe au grand pied, Epouse et mère de rois, de Pépin le Bref à Charlemagne, trad. de l’allemand par Claude-Cyrille Laurent, 2011, 303 p. 24 €. . Ecrivain(s): Martina Kempff Edition: Actes Sud


Figure légendaire au nom bien connu, Berthe au grand pied appartient pourtant à la longue liste de personnages méconnus de notre histoire. De cette reine si puissante ne demeurent qu’un sobriquet et des informations fort lacunaires. Le roman de Martina Kempff la met en scène magistralement, comblant les creux de la biographie par une fiction prenante, explorant un Moyen Age complexe et tourmenté d’où émergent la dynastie des Carolingiens et le pouvoir papal.

Le roman se construit sur un habile jeu de suspensions, de révélations autour d’un échange d’identités qui donnera toute sa complexité au personnage éponyme. Liutberga, sœur de lait de Bertrade, épouse à sa place le futur roi Pépin. Eloignée pour un temps de sa fonction, dépouillée de son honneur et de ses privilèges, devant dissimuler son nom, Berthe de Laon survit parmi les humbles avant de se réfugier incognito auprès de son aïeule Bertrade l’Ancienne, fondatrice de l’abbaye de Prüm. Commence un long apprentissage qui développera les qualités de la future reine avant la découverte du subterfuge des vassaux félons.