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Déposer glaive et bouclier, James Lee Burke

Ecrit par Victoire NGuyen 30.11.13 dans La Une Livres, Critiques, Rivages/Thriller, Les Livres, Polars, Roman, USA

Déposer glaive et bouclier, traduit de l’américain par Olivier Deparis, octobre 2013, 303 pages, 21,50 €

Ecrivain(s): James Lee Burke Edition: Rivages/Thriller

Déposer glaive et bouclier, James Lee Burke

 

Nouveau départ


L’histoire se déroule dans les années 70. Hack Holland, un ancien vétéran de la guerre de Corée a tout pour être heureux. En effet, il est un homme avocat d’affaires respectable. Il a épousé une femme ravissante et s’apprête à gravir les échelons de la vie politique texane. Ainsi, en apparence, Hack affiche avec son entourage une vie rêvée faite de paillettes, de mondanités et de gloire. Cependant, en privé, c’est un homme brisé. Son couple bat de l’aile et lui-même trouve refuge et oubli dans l’alcool et les bras des prostituées. Hack Holland, ce descendant d’une prestigieuse lignée, est tenaillé par des cauchemars fréquents venant ressusciter son traumatisme et les tortures qu’il a vécus en Corée lorsqu’il était prisonnier de guerre.

Empêtré dans une vie qu’il ne supporte plus, Hack Holland n’hésite pas à tout laisser en plan pour voler au secours de son ancien camarade de l’armée, incarcéré pour « trouble à l’ordre public ». Cette affaire va le confronter à la politique ségrégationniste et raciste des Etats-Unis durant les années 70. Mais elle va aussi opérer un retournement de situation pour Hack qui voit sa vie bouleversée à jamais. Un lecteur amoureux du genre roman policier retrouve là tous les ingrédients qui feront son bonheur. Le suspens est au rendez-vous et la région du Texas est à elle seule un personnage. En effet, la chaleur écrasante de cet Etat, la violence des shérifs et de leurs adjoints, concourent à rendre la situation invivable pour les Noirs et Mexicains qui travaillent dans les champs de coton au mépris du droit. La corruption et la haine de l’autre atteignent leur paroxysme lorsque les salariés agricoles se regroupent et font grève pour réclamer de meilleures conditions de travail. Les grèves sont ici décrites avec précision afin de montrer la détermination des ouvriers dans leur combat. De même, James Lee Burke ne fait pas l’économie du dialogue avec son style cru et sans langue de bois. Il met en exergue au travers des répliques de ses personnages la réalité sordide du Sud des Etats-Unis et notamment le Texas dans le traitement de leurs concitoyens américains d’origine étrangère, considérés comme des « sous-hommes ».

Déposer glaive et bouclier retentit comme un mot d’ordre qui annonce la fin d’une guerre ou bien celle d’une défaite. Il est enfin temps de se rendre à l’ennemi. L’interprétation est ici multiple. Le lecteur peut voir l’issue de ce roman comme une fin de non-recevoir puisqu’on peut lire dans « l’Epilogue » : « Personne ne ressortit vainqueur de la grève, ni les cultivateurs, ni les compagnies agricoles, ni les ouvriers, car la tempête ne laissa rien à gagner ». Ainsi l’homme est toujours assujetti aux éléments et reste un pantin dans la main de la Nature imprévisible et cruelle. Mais si le lecteur suit James Lee Burke jusqu’au bout de son raisonnement, il verra qu’il y a toujours une note d’espoir. En effet, comme tout bon roman policier américain, le monde n’est nullement manichéen et le Bon ne triomphe pas forcément sur le Méchant. Cependant, l’engagement de Hack, son choix, le mènent vers sa rédemption. Sa force de conviction et sa croyance dans ce qui est juste lui permettent de s’extraire de lui-même et de son perpétuel ressassement sur ses douleurs et ses peurs :

« Depuis, j’en suis venu à penser que les fautes que l’on commet et le sentiment de culpabilité qu’elles vous donnent, ces obsessions que l’on cache comme un vilain diamant noir dans les tissus mous de l’esprit, n’ont en fait réellement d’importance que pour soi ».

Déposer glaive et bouclier est le troisième ouvrage de James Lee Burke paru en 1971. C’est le premier roman de la « saga » Holland où apparaît le personnage de Hackberry Holland, arrière-petit-fils de Son Holland, héros de Texas forever. Sa lecture ainsi que celle des autres récits de la « saga » permettent au lecteur européen et français d’appréhender un siècle de l’Histoire américaine sous l’œil sagace de James Lee Burke.

 

Victoire Nguyen

 


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A propos de l'écrivain

James Lee Burke

James Lee Burke (né le 5 décembre 1936 à Houston au Texas) est un écrivain américainde romans policiers, particulièrement connu pour sa série mettant en scène Dave Robicheaux.

A propos du rédacteur

Victoire NGuyen

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Un peu de moi…

Je suis née au Viêtnam en 1972 (le 08 Mars). Je suis arrivée en France en 1982.

Ma formation

J’ai obtenu un Doctorat es Lettres et Sciences Humaines en 2004. J’ai participé à des séminaires, colloques et conférences. J’ai déjà produit des articles et ai été de 1998 – 2002 responsable de recherche  en littérature vietnamienne dans mon université.

Mon parcours professionnel

Depuis 2001 : Je suis formatrice consultante en communication dans le secteur privé. Je suis aussi enseignante à l’IUT de Limoges. J’enseigne aussi à l’étranger.

J'ai une passion pour la littérature asiatique, celle de mon pays mais particulièrement celle du Japon d’avant guerre. Je suis très admirative du travail de Kawabata. J’ai eu l’occasion de le lire dans la traduction vietnamienne. Aujourd’hui je suis assez familière avec ses œuvres. J’ai déjà publié des chroniques sur une de ses œuvres Le maître ou le tournoi de go. J’ai aussi écrit une critique à l’endroit de sa correspondance (Correspondance 1945-1970) avec Mishima, auteur pour lequel j’ai aussi de la sympathie.