Identification

Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire, Tabish Khair

Ecrit par Léon-Marc Levy 28.11.13 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Asie, Roman, Les éditions du Sonneur

Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position de missionnaire. octobre 2013. Trad. De l’anglais par Antonia Breteuil. 288 p. 20 €

Ecrivain(s): Tabish Khair Edition: Les éditions du Sonneur

Comment lutter contre le terrorisme islamiste dans la position du missionnaire, Tabish Khair

Tabish Khair est un formidable raconteur. Son aptitude à l’empathie avec ses personnages, son talent pour traquer au plus près les comportements, le discours de chacun, son humour par dessus tout qui permet un regard profondément humain sur les péripéties de son récit, font de ce livre un moment de chaleur, de sourire, de tolérance enfin. Sur ce sujet, et par les temps qui courent, c’est une sorte d’exploit.

L’Islam – et hélas par voie de conséquence l’islamisme – sont au cœur de ce roman. Mais la position du missionnaire n’est pas en reste ! Qu’on se rassure, on échappe à tout discours théorique et attendu sur la question, aucun des protagonistes de l’histoire ne le supporterait ! Et nous non plus, trop occupés que nous sommes à rire. Les trois héros incarnent – chacun à sa façon - trois situations face à la religion du Prophète : l’un est musulman pakistanais (le narrateur/auteur ?) parfaitement « laïcisé », l’autre, son ami Ravi, n’est pas musulman, mécréant bon teint issu de la grande bourgeoisie indienne, et enfin Karim, indien aussi, pratiquant sourcilleux qui voit d’un œil critique ses deux hôtes (ils occupent deux chambres chez lui).

Mais enfin ce trio disparate fait bon ménage et, autour des bons repas préparés par Ravi – excellent cuisinier – et dans le salon commun, tout se passe au mieux. Jusqu’à …

La puissance de l’humour de Tabish Khair se déploie à partir de ce « jusqu’à ». Le narrateur se place en parfait contrepied des « leçons d’écriture » qu’il a naguère reçues : ne pas déflorer la suite de l’histoire, ne pas pratiquer le décalage temporel en multipliant les « flashes forward » (antonyme ici de flash back). Au contraire, Khair/narrateur ne cesse d’annoncer des éléments à venir de la narration – dans une sorte de projection de l’après catastrophe annoncée. L’effet est radical : éveiller la curiosité bien sûr mais surtout nourrir une longue série de sourires à répétition. D’autant que le livre commence par cette « leçon d’écriture » soigneusement trahie tout au long du roman :

 

« Commence toujours in medias res, m ‘avait dit une fille, la seule que j’aie jamais baisée à être titulaire d’une maîtrise de création littéraire »

 

Donc on ne sait pas où se situe le « jusqu’à » dans la temporalité du récit. Même quand l’événement aura eu lieu on ne saura pas si on est avant ou après, ça ne changera pas grand-chose. Le parti pris de jouer des «ultimas res » marche pleinement !

 

« Quand je repense aujourd’hui à cette conversation, je me rends compte d’une chose : j’aurais dû me douter de ce qui était à venir »

 

On rit. De la religion bien sûr aussi. La musulmane mais pas que. « Je comprends à présent pourquoi vos putains de mollahs sont parvenus à nous envahir. Ce n’était ni grâce à la poudre ni grâce aux canons. Mais grâce au namaz*. Tandis que nous restions assis à nous tourner les pouces, à faire tinter des cloches en hommages à nos dieux, vous vous entraîniez cinq fois par jour. Le namaz est la gym de l’islam ; voilà pourquoi ils le détestent autant en Occident – c’est trop de concurrence pour leurs saloperies de centres de remise en forme. »

L’autre sujet du roman c’est le Danemark, en tout cas Aarhus au Danemark.  Et on rit aussi – et beaucoup du Danemark et des Danois (Danoises). Le pays d’accueil est moqué pour sa naïveté, sa rigidité, sa somnolence tranquille dans un ordre établi que nul ne saurait remettre en cause. L’auteur de cet article tient de bonne source – proche de Tabish Khair – que le Danemark est vraiment comme dans ce roman.

 

« Après le thé, nous sommes allés nous promener dans une forêt voisine dont les arbres étaient parfaitement alignés, et Ravi n’a pu s’abstenir de déclarer, sarcastique, que les forêts danoises étaient remarquablement bien élevées. »

 

Tabish Khair nous offre avec ce livre (mieux vaut éviter d’en répéter le titre pour rester dans le format) un roman de pur humaniste et de grand conteur. On en sort réjoui certes mais aussi réconforté par un beau moment de tolérance. A lire, d’urgence. Pour le plaisir littéraire et pour la santé !

 

Leon-Marc Levy

 

* Le namaz est l’ensemble des postures rituelles adoptées par le fidèle pendant les cinq prières quotidiennes de l’islam.

  • Vu : 2613

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

Tabish Khair

 

Poète, romancier, journaliste, critique littéraire, Tabish Khair est professeur de littérature à l’université d’Aarhus, au Danemark. Né à Gaya, dans le Bihar, en 1966, il a publié son premier recueil de poèmes, Where Parallel Lines Meet, en 2000 chez Penguin. Apaiser la poussière, publié par Picador en 2004, est son premier roman. Il fut sélectionné pour le Encore Award, prix décerné par la Société britannique des Auteurs. Le deuxième, intitulé Filming : A Love Story, a paru chez le même éditeur en 2007. Harper Collins publiera à l’été 2010 son prochain recueil de poèmes, Man of Glass, ainsi que son troisième roman, A propos d’un thug, qui se situe dans le Londres victorien. Il collabore régulièrement à divers journaux et magazines britanniques, américains, indiens, danois… tels The Guardian, Outlook India, Times of India, The Independent, The Wall Street Journal, etc.

 

A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

Lire tous les articles de Léon-Marc Levy


Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil