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F, Luis Seabra

Ecrit par Marc Ossorguine 25.08.14 dans La Une Livres, Rivages, Les Livres, Critiques, Roman

F, 27 août 2014, 112 pages, 15 €

Ecrivain(s): Luis Seabra Edition: Rivages

F, Luis Seabra

 

Notre mémoire collective et notre histoire sont pleines de ces dérives totalitaires et policières dont Orwell et quelques autres ont dressé des portraits des plus inquiétants et qui apparaissent parfois bien en deçà de la réalité. Avec ce premier roman, Luis Seabra nous emmène dans ce monde et des récits d’une inquiétante étrangeté, dans un univers que l’on ne peut s’empêcher de qualifier de « kafkaïen », avec peut-être encore plus de « réalisme irréel ».

Les phrases finales du livre livrent sans doute une clé pour appréhender ce récit démultiplié et scindé en trois. Trois fois trois même : trois voix et trois moments d’une même chronique, celle d’une ambition, d’une ascension et d’une chute programmée, sinon annoncée.

« Le livre en question ne figurait dans aucun catalogue. Il était posé sur un vieux pupitre, dans une pièce rouge à laquelle on n’accédait que dans son sommeil, au terme de plusieurs cauchemars ».

Nous sommes au cœur d’une prison et d’un dispositif pénitentiaire qui masque son nom, et de son organisation administrative et politique. La prison est ici un outil puissant au service d’un pouvoir particulièrement « tordu », qui a dépassé le stade de la répression, ou même celui de la gestion des « lieux de privation de liberté », pour la PNRP, la « politique nationale de regroupement préventif ». Entre police courante et services secrets très politiques, très liés au pouvoir (style KGB, Stasi, ou leurs équivalents « libéraux »), les techniques les plus sophistiquées de soumission à l’autorité et de rééducation semblent bien opaques, mais terriblement efficaces.

Trois voix s’élèvent de ce lieu où tout, absolument tout ce que vous pourrez dire ou faire, voire penser, pourra être retenu contre vous.

Linz, un avocat gênant qui ne sait plus de quoi on l’accuse mais qui finit par se vivre comme destiné à l’enfermement carcéral. Boehm, directeur modèle d’une prison qui ne l’est pas moins et qui va devoir aller jusqu’au sacrifice de lui-même pour accomplir sa mission. F, prisonnier qui est sans doute plus qu’un simple prisonnier. On ne sait qui ou quoi tient les fils de toutes ces marionnettes… s’il existe quelqu’un ou quelque chose qui serait au cœur du dispositif. Le monde de cette prison et de cette administration qui semblent sorties d’un cauchemar froid, méthodique et incompréhensible, existent-ils seulement pour de vrai ? Pour de bon ? N’existent-ils pas trop ?

F peut être lu dans la fascination d’une angoissante vision, du passé, du présent et de l’avenir, ou comme une allégorie de nos peurs de l’autre et de la soumission. De notre rapport incrédule, inhumain, trop inhumain, au réel.

Une écriture tendue, sans fioriture inutile, qui nous conduit sans nous laisser échapper pour une réussite que l’on peut savourer sans chercher de références mais dans laquelle on peut aussi retrouver les ombres de Kafka, de Maurice Blanchot, de George Orwell ou des travaux de Michel Foucault sur la prison.

 

Marc Ossorguine


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A propos de l'écrivain

Luis Seabra

 

C'est un premier roman

 

A propos du rédacteur

Marc Ossorguine

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature espagnole (et hispanophone, notamment Argentine) et catalane, littératures d'Europe centrale (surtout tchèque et hongroise), Suisse, littératures caraïbéennes, littératures scandinaves et parfois extrême orient (Japon, Corée, Chine) - en général les littératures non-francophone (avec exception pour la Suisse)

Genres et/ou formes : roman, poésie, théâtre, nouvelles, noir et polar... et les inclassables!

Maisons d'édition plus particulièrement suivies : La Contre Allée, Quidam, Métailié, Agone, L'Age d'homme, Zulma, Viviane Hamy - dans l'ensemble, très curieux du travail des "petits" éditeurs

 

Né la même année que la Ve République, et impliqué depuis plus de vingt ans dans le travail social et la formation, j'écris assez régulièrement pour des revues professionnelles mais je n'ai jamais renié mes passions premières, la musique (classique et jazz surtout) et les livres et la langue, les langues. Les livres envahissent ma maison chaque jour un peu plus et le monde entier y est bienvenu, que ce soit sous la forme de romans, de poésies, de théâtre, d'essais, de BD… traduits ou en V.O., en français, en anglais, en espagnol ou en catalan… Mon plaisir depuis quelques temps, est de les partager au travers de blogs et de groupes de lecture.

Blog : filsdelectures.fr