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Essais

Lire, interpréter, actualiser, Yves Citton

, le Samedi, 04 Mai 2013. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres

Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ?, Editions Amsterdam, 368 pages, 19 € . Ecrivain(s): Yves Citton

 

 

Au diable la sacralisation du livre ! Je viens de recevoir un exemplaire presse de Lire, interpréter, actualiser. Pourquoi les études littéraires ? et cela fait bien des heures que je lis en mettant en exergue quelques passages avec mon surligneur jaune jusqu’à ce que je tombe sur ce commentaire :

 

« […] le geste premier du lecteur consiste à sélectionner certaines parties, certains mots du texte comme plus importants que d’autres, à laisser ces derniers dans l’ombre ou l’oubli, et à rassembler la lumière, l’attention et la mémoire sur les termes qui ont été ainsi élus. Telle est la base de l’activité projective du lecteur, qui est donc toujours à la fois, indissolublement, un sélecteur et un électeur » (259).

Qu'est-ce qu'un peuple ?, Collectif

Ecrit par Johann Lefebvre , le Mercredi, 01 Mai 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Qu’est-ce qu’un peuple ?, Alain Badiou, Pierre Bourdieu, Judith Butler, Georges Didi-Huberman, Sadri Khiari, Jacques Rancière, La Fabrique Editions, 15 mars 2013, 124 pages, 12 €

 

La question, titre de cet ouvrage collectif, amène à considérer l’immense champ sémantique du mot peuple, et donc à pointer la difficulté d’en cerner la réalité polyvalente, que celle-ci soit abordée par la linguistique, l’histoire, la philologie, la philosophie, la sociologie, ou la politique. Les auteurs ici se rejoignent sur l’idée d’un peuple qui n’existerait pas, idée que Pierre Rosanvallon avait fondée en son concept de « peuple introuvable », le peuple étant généralement une construction élaborée par le discours dominant pour désigner une entité paradoxalement séparée, entité que le « peuple » lui-même a de grandes difficultés à identifier.

Alain Badiou nous invite, en vingt-quatre notes, à penser la qualification du mot peuple quand il est accompagné d’un adjectif qui sert une identification politique ou morale destinée soit à flouter l’être du peuple, soit à le catégoriser négativement : « une masse passive que l’Etat configure ». Aussi, le peuple ne peut se saisir de son sens, j’allais dire prendre chair, qu’à la condition d’une abolition de l’Etat existant, accédant ainsi, en qualité de catégorie politique, à une existence historique.

Cortés et son double, Christian Duverger

Ecrit par Vincent Robin , le Vendredi, 26 Avril 2013. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Biographie, Seuil

Cortés et son double, janvier 2013, 320 pages, 21 € . Ecrivain(s): Christian Duverger Edition: Seuil

 

 

« Et moi, je m’inscris à la suite de ce petit nombre de soldats dont je fais ici mémoire » (1).

L’Espagnol s’exprimant ainsi se proclamait le rapporteur-témoin de trois années de conquête du Mexique poursuivies aux côtés de Cortés vers 1520. Rédigé environ quarante années après ces événements, sous le titre Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, cet instructif et emblématique récit des épisodes coloniaux en Amérique centrale s’agrégea sans tarder au nom de celui qui l’avait paraphé : Bernal Diaz del Castillo. D’autres, qui étudièrent ultérieurement (au XIXe siècle) ces relations de guerre avaient confirmé ladite paternité d’écriture. Dans son Cortès et son double, l’historien, méso-américaniste de renom, Christian Duverger, se penche pourtant aujourd’hui avec une suspicion sévère et minutieuse sur la provenance réelle de ces écrits, assurément toujours considérés comme joyaux de la littérature espagnole, mais dont l’auteur n’aurait pas été, selon lui, celui que cette signature désigna trompeusement.

Aurais-je été résistant ou bourreau ? Pierre Bayard

Ecrit par Arnaud Genon , le Mercredi, 24 Avril 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Aurais-je été résistant ou bourreau ?, 2013, 158 pages, 15 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

Le champ des possibles


Pendant longtemps, on a fait des bourreaux de véritables monstres, c’est-à-dire des personnes « hors-normes » n’ayant aucun rapport avec les hommes et femmes « normaux » que nous prétendons être. On a dit d’eux qu’ils étaient des « malades », des « fous »… Il y avait dans cette attitude une commodité hypocrite qui permettait à chacun d’entre nous de se distancier, de se rassurer et par là de ne pas interroger la réelle nature du mal.

Robert Merle, dans La Mort est mon métier (1972), et plus récemment Jonathan Littell dans Les Bienveillantes (2006), ont révélé par l’écriture romanesque ce qui amenait un homme – et non pas un monstre, ou alors un monstre a posteriori – à commettre des actes monstrueux. Dans le présent essai, Pierre Bayard va encore plus loin. Il ne s’agit plus de tenter de mettre à jour, par le roman, ce qui conduit à l’innommable mais de se projeter soi-même par l’intermédiaire d’une fiction théorique durant la Seconde Guerre mondiale afin de savoir de quel côté l’auteur se serait trouvé en de pareilles circonstances : résistant ou bourreau ? Héros ou criminel ? Et s’interrogeant, il nous interroge…

Confessions d'un jeune romancier, Umberto Eco

, le Vendredi, 19 Avril 2013. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Grasset, Italie

Confessions d’un jeune romancier, Mars 2013, trad. François Rosso, 238 p. 17 € . Ecrivain(s): Umberto Eco Edition: Grasset

 

A l’image du style de l’auteur, Confessions d’un jeune romancier est un titre goguenard et enjoué qui pourrait sonner comme une provocation dans la bouche d’un écrivain chevronné de 81 ans, s’il n’était formulé sous la plume d’Umberto Eco. Remarquable effet d’annonce de la part d’un expert de la rhétorique, le titre n’est ni plus ni moins qu’une manifestation de la célèbre captatio benevolentiæ qui vise à happer le lecteur. Le lecteur, les livres et la lecture, il en est beaucoup question dans cet essai qui s’inscrit dans la tradition anglo-saxonne du creative nonfiction, une tradition de l’essai hybride qui fusionne les expériences à caractère autobiographique et le documentaire – en l’occurrence, l’exégèse littéraire. Pour un modèle du genre, je vous renvoie à la subtile analyse de la littérature russe d’Elif Batuman, auteure d’origine turque qui signa : The Possessed : Adventures With Russian Books and People Who Read Them (2010).

Subdivisé en quatre volets, Confessions d’un jeune romancier interroge la création littéraire en procurant au lecteur un maximum de plaisir. Il semblerait qu’au fil du temps Umberto Eco se soit éloigné de ses écrits théoriques exigeants (comme ses ouvrages universitaires sur la sémiotique : L’œuvre ouverte, 1965 ; Lector in Fabula, 1985 ; Les limites de l’interprétation, 1992, etc.) pour élargir son lectorat et partager son expérience de créateur avec le plus grand nombre.