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Essais

L'histoire cachée du nihilisme, Michèle Cohen-Halimi et Jean-Pierre Faye

Ecrit par Yannis Constantinidès , le Lundi, 20 Février 2012. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

L’histoire cachée du nihilisme. Jacobi, Dostoïevski, Heidegger, Nietzsche, La Fabrique éditions, 2008, 310 p. 18 € . Ecrivain(s): Michèle Cohen-Halimi et Jean-Pierre Faye

 

Le titre de l’ouvrage est prometteur : il fallait en effet une synthèse sur la notion profondément ambiguë de nihilisme, qui connaît de grandes variations de sens au cours de sa brève histoire. Le lecteur s’attend donc à voir dévoilée cette « histoire cachée » (la formule est de Nietzsche, le « premier parfait nihiliste de l’Europe » (1)). Mais la promesse n’est qu’à moitié tenue, parce qu’il n’y s’agit pas réellement, ou seulement, de faire le récit philosophique des transformations de cette notion équivoque à partir de sa première formulation par l’étrange révolutionnaire Anacharsis Cloots (2). Toute la seconde partie de l’ouvrage, mal raccordée à la première, porte essentiellement sur Heidegger et Nietzsche (ce qui explique sans doute la curieuse inversion chronologique dans le sous-titre) et s’apparente plus à un pamphlet anti-heideggérien qu’à une étude rigoureuse de leurs rapports. D’où, à l’arrivée, un assemblage hybride, aussi trouble que son sujet.

Le livre se divise en deux « partitions », la première composée par Michèle Cohen-Halimi (MCH) et la seconde par Jean-Pierre Faye (JPF), celui-ci signant le prologue et celle-là l’épilogue, dans un esprit de parfaite parité.

La symétrie ou les maths au clair de lune, Marcus du Sautoy

Ecrit par Christophe Gueppe , le Lundi, 13 Février 2012. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Héloïse D'Ormesson

Symétrie, ou les maths au clair de lune, Essai traduit de l’anglais par Raymond Clarinard, 528 p. 26 € . Ecrivain(s): Marcus du Sautoy Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Comment devient-on mathématicien ? Et qu’est-ce que c’est que les mathématiques ? S’agit-il d’une succession de nombres sans fin, de calculs fastidieux et de symboles abstraits et incompréhensibles, accessibles aux seuls initiés ? Ce sont à ces questions que répond l’auteur, professeur de mathématiques à Oxford, dans un langage d’une clarté limpide qui est un modèle de pédagogie. Car il ne se contente pas de nous faire comprendre un pan du monde mathématique, mais il nous le fait aussi aimer. Il nous fait rentrer dans la subjectivité du chercheur, qui va à la rencontre des mystères de la nature. Lui qui initialement s’est essayé à l’apprentissage des langues, a été rebuté par leur caractère aléatoire et arbitraire, et il a très vite compris qu’elles ne pourraient satisfaire son désir de logique et de sens. Seule, la rencontre fortuite, mais pour laquelle il a su se rendre disponible, d’un professeur de mathématiques, lui a fait comprendre que celles-ci étaient aussi un langage, porteur de significations.

La grandeur Saint-Simon, Jean-Michel Delacomptée

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 05 Février 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Gallimard

La Grandeur, Saint-Simon. Gallimard (L’un et l’autre). Novembre 2011. 222 p. 19 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Delacomptée Edition: Gallimard

 

C’est un chemin étroit et rare qui est emprunté par ce livre, et de façon plus générale, par cette collection « L’un et l’autre » de Gallimard. Disons d’abord ce que cela n’est pas : ce n’est pas une biographie. Le titre de ce livre particulier aurait pu le laisser entendre. Une biographie de Saint-Simon. Ce n’est pas non plus une œuvre de fiction. Et n’étant ni l’un ni l’autre, on retrouve le nom de la collection : c’est « l’un et l’autre ».

A la fois mises en situation fictionnelles, dialogues fictionnels, événements mineurs fictionnels et pourtant tout ce récit des années « Mémoires » de Saint-Simon s’appuie sur une solide et rigoureuse connaissance biographique de l’homme Saint-Simon et de l’œuvre saint-simonienne.

On y retrouve avec délectation l’observateur génial des mœurs de la cour et des courtisans du temps de Louis XIV et Louis XV. Le moraliste intransigeant et militant qui, à sa manière, dénonce déjà les travers d’une monarchie qu’il voit avec préscience en train de scier la branche sur laquelle elle est assise.

Les Centuries, Thomas Traherne

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 21 Novembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Arfuyen

Les Centuries, Editions Arfuyen, septembre 2011, trad. de l'anglais par Magali Julien. 17€ . Ecrivain(s): Thomas Traherne Edition: Arfuyen

Peut-on attirer l'attention des lecteurs sur une oeuvre remarquable du répertoire anglo-saxon, et qui ne concerne pas, à notre sens, que les lecteurs de littérature mystique. Regardons si vous le voulez le livre que publie Arfuyen dans sa très belle collection Ombre. Il s'agit, en vérité, d'une prose rare et qui fut d'accès difficile longtemps, y compris dans sa langue maternelle (on reconnaît là le talent de Gérard Pfister, le fondateur des cahiers d'Arfuyen, qui scrute avec une lucidité sans pareille les textes de cette espèce). Ainsi le public francophone peut goûter à un texte très original de Thomas Traherne, mystique gallois du XVIIème siècle traduit ici par Magali Jullien et présenté par Jean Mambrino.

Les Centuries, livre extraordinaire des années seize cents au pays de Galles, passent notre nouveau siècle avec une vigueur incomparable, comme celle que provoquent parfois l'altitude, ou les grandes joies imaginées des jardins suspendus, des sommets. C'est donc avec ce programme que nous appellerons "holderlinien", que ce poème touche à l'excellence et au vital. On pourrait même aventurer l'idée hardie que ces strophes préfigurent, dans sa conception de la déité, le Grand Horloger des Lumières, tant tout y paraît brillant, organisé, presque rationnel.

Maxa, la femme la plus assassinée du monde, Agnès Pierron

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 04 Novembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Maxa, la femme la plus assassinée du monde, L’Entretemps, 2011, 377 p. 27 €. . Ecrivain(s): Agnès Pierron


Maxa, nom de guerre de Marie-Thérèse Beau, nom de scène de l’interprète principale du Grand-Guignol durant l’entre-deux-guerres. Nom à l’affiche de spectacles sanglants et d’un érotisme morbide. On la nomme « la Sarah Bernhardt de toutes les atrocités », « la Madone de l’horreur », « la Rachel de tous les martyres ». Colette notamment rend compte de ses interprétations. L’auteur retrace la carrière de cette actrice originale et oubliée. Maxa règne là où règne l’épouvante, dans ce théâtre des têtes coupées tant décrié et qui connut pourtant un succès fou. On peut y voir un lointain ancêtre du gore, les prémices de la Hammer.

L’essai inspiré d’Agnès Pierron nous transporte dans ce monde des spécialités : « au Grand-Guignol, on est dans les humeurs : sueur, sang, sperme ; à l’Enfer, on est dans le sec, dans le feu. Au cabaret du Néant, aussi, puisque les squelettes tombent en poussière. » Elle ranime ce peuple disparu où se pressent auteurs, metteurs en scène, artistes et directeurs de théâtre autour de la divine Maxa et de ses cris de gorge. A la fois, biographie, essai sur un genre théâtral et enquête personnelle, ce livre se dévore et nourrit le lecteur d’une multitude de références érudites et populaires ; les unes éclairant les autres, sans contradiction. Tout un art du contraste qui sied bien à cette figure singulière.