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Essais

Sur le haschich, Walter Benjamin

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Christian Bourgois

Sur le haschich. 2011. Traduit de l’allemand par Jean-François Poirier. 128 p. 6 € . Ecrivain(s): Walter Benjamin Edition: Christian Bourgois


Il faut saluer la réédition des textes intitulés « sur le haschich » de Walter Benjamin par Christian Bourgois dans la collection «Titres ». Ces textes sont des notes prises par l’auteur ou par les participants aux protocoles, séances durant lesquelles la prise de drogue, haschich ou mescaline, avait pour but l’observation et la retranscription des effets sur la pensée.

Derrière la description parfois aride de ces effets, ou derrière quelques fulgurances dans la succession des images et des pensées, on ne peut occulter « la volonté de savoir » qui aura animé le philosophe. Non pas un simple savoir répondant à une légitime curiosité, (on ne peut pas ne pas penser à Baudelaire) mais un savoir qui s’inscrit dans le projet révolutionnaire pour lequel il veut mettre en œuvre les « terra incognita » de la pensée que peuvent révéler ces expériences.

On est loin, ici, de la consommation actuelle du haschich, qui correspond plus à une volonté de « rêver la vie plutôt que de la vivre », la révolution de Benjamin se fondant essentiellement sur le renversement d’un ordre établi, ordre qu’aujourd’hui on ne remet pas en question avec le haschich, mais qu’on oublie grâce à l’euphorie qu’il engendre.

Post-punk, no wave, indus & noise ... Philippe Robert

, le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Le Mot et le Reste

Post-punk, no wave, indus & noise, chronologie et chassés croisés, 296 p., 20 € . Ecrivain(s): Philippe Robert Edition: Le Mot et le Reste

Le post-punk : une manière de révolution musicale qui, certes, s’étaie sur la révolte du punk, en perpétue l’esprit do it yourself, mais qui, surtout, l’excède.
En interrogeant la matière sonore même, voire son support : qu’est-ce qu’une chanson ? Qu’est-ce qu’un instrument ? En analysant la pertinence de l’opposition (que réfute Luigi Russolo dans L’Art des bruits) entre son et bruit – le bruit devient alors « une composante possible », prend aussi une dimension politique en tant que rupture avec la musique qui constitue « un énième attribut du pouvoir et un lien de domination de ses sujets ».
D’où une certaine forme de déconstruction (qui n’est pas sans rapport avec l’art abstrait) de la mélodie, puis la quête d’un état pré-harmonique.
Ainsi de la no wave, très arty s’il en est, new-yorkaise d’essence, considérée telle « une exacerbation de ce que le rock contenait jusque-là de sauvagerie ».
Ainsi de la musique industrielle qui produit « un véritable mur de bruit blanc, fait de masses sonores écrasantes au point de ressembler à une sorte de silence paradoxal », peint « des paysages en fusion », invente « des martèlements infernaux allant sans cesse crescendo ».

Eros au pays de la balle jaune, Franck Evrard

Ecrit par Arnaud Genon , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Hermann

L’érotique du tennis, préface de Denis Grozdanovitch, 2011, 22 € . Ecrivain(s): Franck Evrard Edition: Hermann

Peut-être se souvient-on de la lettre T de L’Abécédaire de Gilles Deleuze où le philosophe conceptualisait brillamment les jeux de Borg et de Mc Enroe. Le suédois, affirmait-il, était le représentant des principes populaires, incarnait le style d’un tennis de masse (lift, fond de court, balle haute) alors que l’américain, autre grand créateur du monde de la balle jaune se faisait le héraut d’une pratique aristocratique car inimitable (art de déposer la balle). Le tennis, selon Deleuze, était donc avant tout un sport dans lequel se posait le « problème du style ».

Même si cette « problématique » est évoquée par Franck Evrard, l’angle d’approche théorique du tennis se situe pour lui ailleurs : dans son érotique1. Alors que ce sport a souvent été  le véhicule de « valeurs hygiéniques et éthiques » (p.15), il choisit de l’appréhender comme « un spectacle sexué qui séduit par sa monstration de corps dénudés, accessoirisés, qui trouble par l’ambiguïté de ses danses sensuelles » (p.17). Mais son analyse ne s’arrête pas là : « Si une érotique du tennis se fonde nécessairement sur les rapprochements réels ou métaphoriques entre Eros (et ses motifs comme l’amour, le désir, le corps ou la séduction) et l’univers du tennis, elle ne peut occulter la dimension littéraire de la fiction et de la représentation » (p.20).

Nostradamus, une médecine des âmes à la Renaissance

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 12 Mai 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, Payot Rivages

Nostradamus, une médecine des âmes à la Renaissance, Paris, Payot, février 2011, 460 p, 27,50€ . Ecrivain(s): Denis Crouzet Edition: Payot Rivages

Qui était Nostradamus ? Un fameux astrologue qui, depuis sa haute tour, suspendait le cours de la vie des puissants ? Un devin ou un charlatan continuant à nourrir les peurs irrationnelles de nos contemporains et les bourses des pseudo-prophètes ? Nul ne le sait vraiment, comme le rappelle d’emblée Denis Crouzet. Assurément, Nostradamus est une légende. Ses Prophéties sont rappelées de génération en génération. De l’homme, on ne sait presque rien. Médecin, il affronte la peste, mais il songe surtout à éradiquer la peste mentale chez ses concitoyens. Il rédige alors ses célèbres prédications qui lui vaudront le respect des princes de son temps et une postérité à nulle autre pareille.
L’étude de Denis Crouzet ne s’intéresse pas aux délires imaginatifs qui entourent son sujet, elle n’est pas non plus un énième décryptage des quatrains, à grand renfort de poudre aux yeux et de colifichets effrayants. Bien, au contraire, l’historien de la Renaissance s’attache à déconstruire les procédés d’une écriture complexe et obscure et à mettre au jour le véritable projet du médecin de Salon-en-Provence. Cette biographie analytique s’appuie presque exclusivement sur cet aride matériel scripturaire.

Arguments d'un désespoir contemporain, Richard Millet

Ecrit par Martine L. Petauton , le Dimanche, 01 Mai 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Hermann

Arguments d’un désespoir contemporain, 156 p., 18 euros. . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Hermann

C’est un livre à l’image de ces eaux noires, vivantes par en-dessous, mais presqu’immobiles à l’œil ; mystérieuses, attirantes ; celles qui essaiment sur le grand plateau de Millet : Millevaches - Millesources. On les regarde, partagés entre fascination et crainte ; elles font partie d’un autre nous, lointain ; elles murmurent les origines ; elles n’invitent pas à la baignade…
Un essai, ce petit livre dense ? C’est à la fois plus vivant et plus personnel – l’homme, l’écrivain habitent chaque page, en une genèse pudique et un peu austère – on imagine qu’on aurait pu l’intituler : « souffles », « cri », ou simplement « dires ».
C’est âpre, rugueux comme le granite, bousculant comme le « Jean d’Auvergne » qui sature le Limousin en hiver ; en même temps, le son a la pureté d’un cristal. On retrouve, là, dans cet « arguments… » l’itinéraire et l’œuvre de cet auteur, définitivement haut perché, à part, dans la grande littérature.
Livre d’amour de la littérature et de la langue, qu’il faut mériter, et, pour moi, le chemin a été dur, car il faut en passer par deux ou trois choses qui sont en Millet, qui le façonnent, qu’on sait de lui, qu’on n’aime pas vraiment ! « la foule… relents de produits de chez Mac Donald… diverses sortes de métis… créolisation générale… vacarme ».