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Essais

L'Art de se taire, Abbé Dinouart

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 21 Avril 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Petite bibliothèque Payot

L’Art de se taire, « Petite Bibliothèque Payot », 2011, 142 p., 6€. . Ecrivain(s): L'abbé Dinouart (Joseph Antoine Toussaint) Edition: Petite bibliothèque Payot

La réédition de ce petit recueil, paru initialement en 1771, apporte une touche singulière sur les rayonnages de nos libraires. A une époque où le plus important est de parler, quitte à parler à tort et à travers, de tout et de n’importe quoi, il est intéressant de se pencher sur cet Art de se taire qui n’est en réalité qu’un Art de bien parler et de parler à propos. Par conséquent, il s’agit également d’un traité du bien écrire : « il y a aussi deux manières de se taire ; l’une en retenant sa langue, et l’autre en retenant sa plume ».

L’éclairante préface d’Antoine de Baecque précise les sources de l’ouvrage à la limite du plagiat et surtout le contexte dans lequel il fut publié : celui d’une vie de cour et de salons où le bavardage et le persiflage règnent, où sur un mot d’esprit est assise toute une réputation. Le film Ridicule de Patrice Leconte en donnait une parfaite illustration. Il s’agit également de s’opposer aux paroles fallacieuses des philosophes qui déferlent en masse, comme d’instruire les ignorants sur la juste attitude à adopter. « Si tout le monde écrit et devient auteur, que fera-t-on de tout cet esprit et de tous ces livres ? »

L'écologie en bas de chez moi, Iegor Gran

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi , le Dimanche, 10 Avril 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, P.O.L

L’écologie en bas de chez moi 224 p. 15,50 € . Ecrivain(s): Iegor Gran Edition: P.O.L

Oh, ce n’était pas gagné d’avance ! Le style pamphlétaire est rare de nos jours, et la critique de la pensée unique n’a pas bonne presse. Alors quand est apparu cet ouvrage, fustigeant la « bien-pensance » de l’écologie, on pouvait craindre le pire : le sectarisme à rebours et  … quelques relents nauséabonds.

Pour paraphraser le titre d’un film épatant, je demanderais : « Qui a envie d’être écolo ? » Et c’est là qu’il est en général répondu : tout le monde ! Evidemment. Même l’auteur de ce récit. Et peut-être, surtout lui. Pas une seule fois pris en faute, hormis un fantasme salutaire de vengeance imaginaire (assez drôle), Iegor Gran évite tous les pièges des convaincus, la pire des engeances totalitaires. Le totalitarisme, il l’a bu avec son biberon. Pas digéré. Aucun risque que celui-là, l’inquisition écologique, lui échappe plus qu’un autre, quels que soient les filtres et les masques qu’il puisse arborer; aucun sucre ne saurait en transfigurer le goût amer à ses papilles exercées.

Iegor Gran est né et a poussé dans l’ex-URSS.

The Corner, David Simon & Ed Burns

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 07 Avril 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres

The Corner, Enquête sur un marché de la drogue à ciel ouvert. 396 p. 21 € – Florent Massot . Ecrivain(s): David Simon & Ed Burns

De temps en temps, il est bon de refermer ses livres et de s’installer devant la télé. Avec la série américaine Sur Ecoute (The Wire en VO), elle atteint des sommets. Seuls quelques très grands films peuvent rivaliser avec. On peut l’affirmer également haut et fort : Sur Ecoute écrase la très grande majorité de la production littéraire. Qu’en déplaise aux puristes, elle peut légitimement être placée au même plan que des œuvres de Dostoïevski. Parfaitement !
Créée par le journaliste David Simon et Ed Burns, un ancien inspecteur de police, la série a été scénarisée par des pointures du polar Outre-Atlantique : Richard Price, Dennis Lehane, George Pelecanos. Et ça se voit. Les personnages sont finement écrits. Avon Barksdale, Stringer Bell, McNulty, Omar, Leaster Freamon, Kima Greggs. Marlo Stanfield, le lieutenant Cedric Daniels, Roland « Prez » Pryzbylewski, Tommy Carcetti… pour n’en citer que quelques-uns (et il y en a tant d’autres !) : chacun est une véritable série dans la série à lui seul. Transpirant d’humanité, ils évoluent en fonction des situations auxquelles ils sont confrontés et le téléspectateur change de point de vue sur eux au fur et à mesure.
Les dialogues sont écrits au cordeau et les intrigues menées avec un sens implacable du récit. Le tout dans une ambiance jazzy qui prend son temps. Sur écoute n’est pas une de ces séries qui va à toute allure à la 24. C’est ce qui ne la rend que plus addictive.

Robert Darnton et la bohème littéraire

Ecrit par Eddie Breuil , le Samedi, 05 Mars 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Gallimard

. Ecrivain(s): Robert Darnton Edition: Gallimard

Les éditions Gallimard ont traduit, cette année, deux importants essais de l'universitaire américain Robert Darnton. Ces deux publications ont des préoccupations identiques : s'intéresser à un ensemble de documents condamnables – au regard des lois de l'époque – s'étalant jusqu'à la Révolution Française. La démarche consiste à donner un nouvel éclairage sur un corpus rarement étudié et qui a très certainement eu plus d'écho – sur cet épisode qu'est la Révolution Française – que les idées des Lumières au premier rang desquels on situe certainement de façon exagérée Voltaire. L'un des principaux mérites des recherches de Robert Darnton est d'éviter le recours aux idées reçues, et malgré sa rigueur, certains mythes qu'il contribue à défaire auront encore de beaux jours devant eux : ainsi de Voltaire, qui est encore perçu comme un précurseur, et ce même dans certains comptes-rendus de l'ouvrage de Darnton ! Ce qui, au passage, est probablement du à l'ironie supposée de Voltaire : en l'invoquant, on peut s'arranger en faisant dire toujours le contraire à un propos de Voltaire.

Le point essentiel des ouvrages de Darnton est évidemment la nature même des libellés. Comment est née cette littérature scandaleuse, politique, pornographique ou insultante ?

De L'autofiction comme outil herméneutique, Thomas Carrier-Lafleur

Ecrit par Arnaud Genon , le Jeudi, 17 Février 2011. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués

Une philosophie du « temps à l'état pur ». L'autofiction chez Proust et Jutra, Laval, Presses de l'université Laval, coll. « Zêtêsis », 2010, 220 p. 30 € . Ecrivain(s): Thomas Carrier-Lafleur

L’autofiction, après avoir été considérée comme un « mauvais genre1 » nourrit de plus en plus régulièrement le champ de la théorie littéraire. Le mot vient désormais s’appliquer à de véritables monuments comme l’œuvre proustienne ou à d’autres médias artistiques tels que le cinéma2. Que l’on considère la « chose » comme un genre littéraire, comme une posture énonciative ou un concept, elle est dans tous les cas un moyen d’interroger le sujet, de renouveler son questionnement à l’ère de la crise qu’il traverse depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Considérée de cette manière, l’autofiction amène le critique à approcher ce qui touche à la philosophie, ainsi que le remarque justement Thomas Carrier-Lafleur dans l’avant-propos de la présente étude: « L’esthétique du je, la déconstruction du sujet, sa reconstruction, de même que son interprétation sont des notions philosophiques clés pour comprendre l’autofiction » (p.10).