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Essais

Jésus le bon et Christ le vaurien, Philip Pullman

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 18 Mars 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Gallimard

Jésus le bon et Christ le vaurien, trad. de l’anglais par Jean Esch, (The Good Man Jesus and the Scoundrel Christ), février 2012, 172 p. 16,90 € . Ecrivain(s): Philip Pullman Edition: Gallimard

Philip Pullman nous conte l’histoire de Jésus… et de son frère Christ. La mort de l’un aura donné naissance à une Eglise, la « mort de l’autre ne fait pas partie de l’histoire ». L’histoire justement aurait fondu les deux personnages en un et l’auteur nous dévoile les coulisses de ce tour de force ou de passe-passe, de ce récit fondateur et faussaire. A partir de ce singulier postulat, le romancier virtuose d’A la croisée des mondes, revisite pas à pas les récits bibliques et délivre une vision inédite de l’un des plus grands mythes de notre civilisation.

L’Evangile selon Pullman procède d’un style simple, accessible, qui rappelle quelque peu celui de Au nom de la Mère d’Erri De Luca. Une poésie lumineuse et humble. Une vraie parole apostolique. Mais l’heure n’est pas au pastiche ou à la satire. Tout le détournement repose sur la mise en parallèle des deux figures formant un couple antithétique et électrique. L’enfant Jésus manifeste un appétit de vivre en accord avec sa belle constitution et multiplie les bêtises, couvert par le chétif Christ voué aux études et à l’humilité. Les différences s’accentuent et leurs parcours s’éloignent peu à peu. Le premier-né se fait charpentier et le second étudie à la synagogue. Jésus erre et s’adresse aux gens, bientôt suivi par une cohorte de disciples, accueilli par une foule désireuse de ses messages. On connaît la suite.

Entretien avec Hubert Guillaud (De la mesure à la démesure de soi)

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 13 Mars 2012. , dans Essais, Les Livres, La Une Livres, Entretiens, publie.net

De la mesure à la démesure de soi. 08/03/2012, Collection Washing Machine, 3,99 € . Ecrivain(s): Hubert Guillaud Edition: publie.net

On a tous envie d’en savoir plus sur nous-mêmes. De comprendre ce qui nous arrive, les changements qui nous transforment, et pas seulement de s’arrêter à la perception que nous avons de ces changements…


Comment est venue l’idée de produire un tel livre ? Il fourmille de références et de renvois via l’hypertexte à d’autres contenus complémentaires ou sources d’informations. À quel type de public, selon vous, s’adresse-t-il ?


L’histoire de la collection Washing Machine (De la mesure à la démesure de soi en est le 5ème titre), publiée chez Publie.net, est née d’une rencontre entre François Bon et moi-même. Journaliste et rédacteur en chef d’InternetActu.net, le média en ligne et gratuit de la Fondation internet nouvelle génération, je publie depuis 10 ans des articles pour aider les lecteurs à comprendre la révolution numérique en cours. Mais le web a peu de mémoire : l’écosystème numérique favorise toujours un peu plus la nouveauté sur la perspective.

Les journalistes, Honoré de Balzac

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 10 Mars 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Le Mot et le Reste

Les journalistes. Préface de Raphael Sorin. Intro de Raphael Meltz. Mars 2012 124p. 12 € . Ecrivain(s): Honoré de Balzac Edition: Le Mot et le Reste

Le monumental Balzac (sa vie, son œuvre) a laissé à la postérité un tableau des journalistes de son temps. Une monographie, courte et intense, collier de perles rares à l’usage des amateurs et des professionnels de l’écriture.

Disciple des physiologistes Lavater et Gall, Balzac se réclame aussi de Geoffroy Saint-Hilaire et de Cuvier, les grands taxinomistes : « Si Buffon a fait un magnifique ouvrage en essayant de représenter dans un livre l’ensemble de la zoologie, n’y avait-il pas une œuvre de ce genre à faire pour la Société ? » (Avant-Propos de La Comédie humaine).

Et pourquoi les gens de lettres seraient-ils épargnés ? Ce sera chose faite en 1843.

Cette monographie de la presse parisienne pourrait s’intituler : La Comédie Humaine des Ecrivains. A mettre au programme obligatoire de toutes les écoles de journalisme qui ne sont pas toujours des écoles de modestie.

Plus qu’une galerie de portraits, un tableau organisé, une incisive classification des gens de plumes. La grille est éloquente. La voici : elle suffit ici.

Peeping Tom, Alessandro Mercuri

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 10 Mars 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Léo Scheer

Peeping Tom, Editions Léo Scheer, 2011, 186 pages, 18 € . Ecrivain(s): Alessandro Mercuri Edition: Léo Scheer

Peeping Tom. Le voyeur en français. Comme le film de Michael Powell dans lequel un caméraman-tueur filmait les derniers instants de ses victimes, avant de les tuer. Le père de tous les snuffmovies.

Voilà un ouvrage étrange. Etrange n’est peut-être pas le mot qui convient le mieux, mais le premier qui vient à l’esprit quand on se retrouve devant ce livre qui ne ressemble à nul autre.

Les deux phrases en exergue donnent le ton.


« Créature mortelle et fugace, l’homme ne pouvant être voyant, doit être voyeur ». (Polyphème de Sicile, Mensonge et persuasion, VIe siècle, av. J.-C.).


“One of the great things about books is sometimes there are some fantastic pictures » (George W. Bush, 2000 ap. J.-C.).

La voix et l'ombre, Richard Millet

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 26 Février 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Gallimard

La voix et l’ombre, Gallimard, Collection L’un et l’autre, 210 p. 21 € . Ecrivain(s): Richard Millet Edition: Gallimard

Un nouveau livre de Richard Millet est toujours une découverte dont les attentes ne sont pas déçues. La voix et l’ombre fait partie de ces livres qui nous retiennent tant on y palpe l’engagement physique de l’auteur. Chaque mot a sa place dans une rhétorique au service de ce que les mots sont pourtant incapables de signifier. Quoi de plus singulier que de vouloir, par le truchement d’une galerie de portraits, rendre compte des liens que la voix et l’ombre entretiennent dans le corps. Il faut avoir fouillé les arcanes de nos chairs pour effectuer ce voyage incantatoire dans les zones de la voix et de l’ombre. Richard Millet nous soumet que notre sujétion au réel ne peut nous conduire à la conscience à laquelle il nous convie. L’effort indispensable pour concrétiser par le verbe ce qui nous échappe mais dont nous avons confusément conscience est inscrit dans cette écriture qui utilise des figures de style comme l’oxymore, des paradoxes, des ambiguïtés, des contradictions pour rendre compte, à force de mots qui sont autant d’outils, de l’impossibilité même d’écrire.

« La voix et l’ombre (…), l’une et l’autre accouplées (…) dans une lutte, une torsion où elles se confondent quelquefois ». Ainsi l’auteur prévient-il d’emblée de sa vision qui ne souffre aucun confort. Il ajoute « nous sommes des ombres bruyantes » et les portraits qui suivront seront revêtus de cette double enveloppe qui parfois se déchire.