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Essais

Métamorphose du sentiment érotique, Jean-Jacques Pauvert

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi , le Dimanche, 03 Juillet 2011. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jean-Claude Lattès

Métamorphose du sentiment érotique, 2011, 348 p. 20€ . Ecrivain(s): Jean-Jacques Pauvert Edition: Jean-Claude Lattès


Le sentiment érotique… Georges Bataille, cité par Jean-Jacques Pauvert, écrivait dans ses notes : « Science sexuelle égale rien ». Ici tout l’enjeu de ce très précis et précieux voyage du dit du sexe à travers le temps, les pays et les gens. Un véritable manuel d’histoire mondiale de l’érotisme en littérature, mais où la France apparaît le centre, par sa langue et son esprit d’emblée faits, dirait-on, pour l’imaginer et le dire. La liberté, mais le secret. Pendant très longtemps. Le meilleur aiguillon sans doute, cette tension.

Sentiment… chaque mot compte. Et dans le domaine érotique, plus encore qu’en tout autre. Sentiment ? Le mot interpelle. Oui, sentiment. Mot flou, mais puissant parce que troublant. Vague, on dirait un parfum. Mais bien réel. Parfait en somme pour qualifier érotique. Tout est dans le sentiment quand il s’agit de parler d’érotisme. Une manière peut-être de clore un instant le sempiternel débat entre érotisme et pornographie, lassant et très usé. Abscons, définitivement.

Truffé de citations, grandement documenté (sans être indigeste, ni élitiste), ce livre engage le lecteur sur un mode gourmand (la curiosité) et subtil (la séduction).

Jean Genet, Rituels de l'exhibition, Bernard Alazet et Marc Dambre (dir.)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 19 Juin 2011. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres

Jean Genet. Rituels de l’exhibition, Editions Universitaires de Dijon, 2009, 166p. . Ecrivain(s): Bernard Alazet et Marc Dambre

Issu du colloque organisé à l’Université de Paris 3 en 2007, ce recueil d’articles interroge les divers aspects de l’œuvre de Genet à travers le spectacle de l’exhibition et de son envers, les coutures qu’affiche le texte et ses creux, ses absences et ses cérémonies. Les lectures philosophiques et dévoratrices de Genet n’y prennent point le pas sur de véritables études de l’œuvre et de l’écriture en particulier.

Mairéad Hanrahan dans « L’exhibition du vide : la blessure indicible à l’origine de l’art » s’attache à mettre au jour le traumatisme originel « à la source de l’impulsion créatrice » en se référant aux théories des psychanalystes Nicolas Abraham et Maria Torok. Genet signale cette blessure au sujet de Rembrandt, de Giacometti et du Funambule. C’est elle qui doit « illuminer » (1) l’œuvre d’art, c’est du vide que doit « [s’arracher] une apparence qui montre le vide » (2). Poursuivant l’analyse de Derrida dans Glas, Mairéad Hanrahan explique que « tous les mots viennent à la place de la blessure originaire à laquelle ils renvoient sans parvenir à la dire – et sans s’y réduire ». L’œuvre de Genet ne cesse de dévoiler trous, déchirures par des effets de transparence, dans ce que Patrice Bougon appelle une « structure en palimpseste » (3) et l’auteure une « structure en éclipse ».

Environs et mesures, Pierre Senges

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Environs et mesures, Le Promeneur Gallimard, 2011, 101 p. 15 € . Ecrivain(s): Pierre Senges Edition: Gallimard


Ce tout petit livre est un compromis entre précis de géographie et imprécis de cartographie imaginaire. Il raconte comment, du moins jusqu’au tout début du XXème siècle, des hommes – souvent plus « scientifiques » que poètes – ont tenté de situer dans le monde sensible des lieux aussi improbables et au moins aussi évanescents que le paradis, l’ultima Thulé, l’Atlantide ou la porte des enfers, les lieux d’errance d’Ulysse étant, peut-être, les plus faciles à repérer.

Au-delà de la mystique, du rêve, de l’imagination, cela démontre aussi comment l’homme, si sage ou si fou soit-il – ce qui revient parfois au même –, cherche à encadrer et, dans le même élan et le même temps, paradoxalement, à repousser les abords de l’autre, l’ailleurs, l’au-delà. L’altérité du « pays où l’on n’arrive jamais » ou d’où l’on ne revient jamais si tant est qu’on y soit arrivé, véritable trou noir, intervalle entre deux événements.

Sur le haschich, Walter Benjamin

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Christian Bourgois

Sur le haschich. 2011. Traduit de l’allemand par Jean-François Poirier. 128 p. 6 € . Ecrivain(s): Walter Benjamin Edition: Christian Bourgois


Il faut saluer la réédition des textes intitulés « sur le haschich » de Walter Benjamin par Christian Bourgois dans la collection «Titres ». Ces textes sont des notes prises par l’auteur ou par les participants aux protocoles, séances durant lesquelles la prise de drogue, haschich ou mescaline, avait pour but l’observation et la retranscription des effets sur la pensée.

Derrière la description parfois aride de ces effets, ou derrière quelques fulgurances dans la succession des images et des pensées, on ne peut occulter « la volonté de savoir » qui aura animé le philosophe. Non pas un simple savoir répondant à une légitime curiosité, (on ne peut pas ne pas penser à Baudelaire) mais un savoir qui s’inscrit dans le projet révolutionnaire pour lequel il veut mettre en œuvre les « terra incognita » de la pensée que peuvent révéler ces expériences.

On est loin, ici, de la consommation actuelle du haschich, qui correspond plus à une volonté de « rêver la vie plutôt que de la vivre », la révolution de Benjamin se fondant essentiellement sur le renversement d’un ordre établi, ordre qu’aujourd’hui on ne remet pas en question avec le haschich, mais qu’on oublie grâce à l’euphorie qu’il engendre.

Post-punk, no wave, indus & noise ... Philippe Robert

, le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Le Mot et le Reste

Post-punk, no wave, indus & noise, chronologie et chassés croisés, 296 p., 20 € . Ecrivain(s): Philippe Robert Edition: Le Mot et le Reste

Le post-punk : une manière de révolution musicale qui, certes, s’étaie sur la révolte du punk, en perpétue l’esprit do it yourself, mais qui, surtout, l’excède.
En interrogeant la matière sonore même, voire son support : qu’est-ce qu’une chanson ? Qu’est-ce qu’un instrument ? En analysant la pertinence de l’opposition (que réfute Luigi Russolo dans L’Art des bruits) entre son et bruit – le bruit devient alors « une composante possible », prend aussi une dimension politique en tant que rupture avec la musique qui constitue « un énième attribut du pouvoir et un lien de domination de ses sujets ».
D’où une certaine forme de déconstruction (qui n’est pas sans rapport avec l’art abstrait) de la mélodie, puis la quête d’un état pré-harmonique.
Ainsi de la no wave, très arty s’il en est, new-yorkaise d’essence, considérée telle « une exacerbation de ce que le rock contenait jusque-là de sauvagerie ».
Ainsi de la musique industrielle qui produit « un véritable mur de bruit blanc, fait de masses sonores écrasantes au point de ressembler à une sorte de silence paradoxal », peint « des paysages en fusion », invente « des martèlements infernaux allant sans cesse crescendo ».