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Essais

La symétrie ou les maths au clair de lune, Marcus du Sautoy

Ecrit par Christophe Gueppe , le Lundi, 13 Février 2012. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Héloïse D'Ormesson

Symétrie, ou les maths au clair de lune, Essai traduit de l’anglais par Raymond Clarinard, 528 p. 26 € . Ecrivain(s): Marcus du Sautoy Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Comment devient-on mathématicien ? Et qu’est-ce que c’est que les mathématiques ? S’agit-il d’une succession de nombres sans fin, de calculs fastidieux et de symboles abstraits et incompréhensibles, accessibles aux seuls initiés ? Ce sont à ces questions que répond l’auteur, professeur de mathématiques à Oxford, dans un langage d’une clarté limpide qui est un modèle de pédagogie. Car il ne se contente pas de nous faire comprendre un pan du monde mathématique, mais il nous le fait aussi aimer. Il nous fait rentrer dans la subjectivité du chercheur, qui va à la rencontre des mystères de la nature. Lui qui initialement s’est essayé à l’apprentissage des langues, a été rebuté par leur caractère aléatoire et arbitraire, et il a très vite compris qu’elles ne pourraient satisfaire son désir de logique et de sens. Seule, la rencontre fortuite, mais pour laquelle il a su se rendre disponible, d’un professeur de mathématiques, lui a fait comprendre que celles-ci étaient aussi un langage, porteur de significations.

La grandeur Saint-Simon, Jean-Michel Delacomptée

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 05 Février 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Gallimard

La Grandeur, Saint-Simon. Gallimard (L’un et l’autre). Novembre 2011. 222 p. 19 € . Ecrivain(s): Jean-Michel Delacomptée Edition: Gallimard

 

C’est un chemin étroit et rare qui est emprunté par ce livre, et de façon plus générale, par cette collection « L’un et l’autre » de Gallimard. Disons d’abord ce que cela n’est pas : ce n’est pas une biographie. Le titre de ce livre particulier aurait pu le laisser entendre. Une biographie de Saint-Simon. Ce n’est pas non plus une œuvre de fiction ! Et n’étant ni l’un ni l’autre, on retrouve le nom de la collection : c’est « l’un et l’autre ».

A la fois mises en situation fictionnelles, dialogues fictionnels, événements mineurs fictionnels et pourtant tout ce récit des années « Mémoires » de Saint-Simon s’appuie sur une solide et rigoureuse connaissance biographique de l’homme Saint-Simon et de l’œuvre saint-simonienne.

On y retrouve avec délectation l’observateur génial des mœurs de la cour et des courtisans du temps de Louis XIV et Louis XV. Le moraliste intransigeant et militant qui, à sa manière, dénonce déjà les travers d’une monarchie qu’il voit avec préscience en train de scier la branche sur laquelle elle est assise.

Le Dibbouk et autres textes, Jérôme Sas

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 22 Décembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Contes

Le Dibbouk et autres textes, Ed. Société des écrivains, 13 € . Ecrivain(s): Jérôme Sas

Rien que le titre et le grimaçant bestiaire médiéval de Notre-Dame, de la couverture, vous poussent vers ce panier de très belles écritures, où l’on butinera mini nouvelles, pages simples, poèmes, allant parfois, comme la cerise tombée au fond du panier du marché, jusqu’à n’être qu’un seul vers, mais avec quelle majesté, quand tout est dit, et du malheur de vivre et du poids insupportable du passé, dans ce qui ferme le livre : « j’ai perdu le sommeil mais cela ne me dérange pas trop »…

Les deux préfaces sont incontournables, puisque l’auteur, encore jeune, a choisi de quitter la vie, et que le regard de ces deux amis-connaisseurs est le passage nécessaire pour entrer dans le livre. Ainsi, nous sont donnés les matériaux de la trace, de la Pologne d’antan aux grands camps de la mort, jusqu’en une France qui lui va mal – vêtement mal taillé, semble-t-il. Dès la préface, aussi, tombe – orage en plein été – une terrible maladie mentale, écartelée – ou, écartelante – entre abîme et  hauts sommets, qui hante la vie de Sas, et façonne son écriture même.

Dans la mythologie juive d’Europe de l’Est, le dibbouk est bien plus qu’un « simple » démon ; il habite un corps, mais peut, à l’occasion, s’habiller de l’âme d’une personne décédée (ou d’un groupe) et rend fou la personne investie. Un roman récent d’Elie Wiesel Un désir fou de danser, et les premières images du film des frères Cohen A serious man mettaient – souvenons-nous – le dibbouk à l’honneur.

La France d'Alphonse Boudard, Pierre Gillieth

, le Mardi, 13 Décembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie

La France d’Alphonse Boudard, (Avant-propos de Michel Déon de l’Académie française), Editions Xenia (Coll. La France de), 139 p, 14 € . Ecrivain(s): Pierre Gillieth

 

Alphonse Boudard est peut-être quelque peu oublié. Cependant que les amateurs de style et de faconde continuent à le révérer.

Un style épris d’argot, travaillé et à nouveau travaillé, jusqu’à être sans doute réinventé, à la manière de Céline, dont Alphonse Boudard était en effet grand admirateur et qu’il avait rencontré à plusieurs occasions par l’intermédiaire d’Albert Paraz, qui fut son ami, son compagnon en tubardise, celui qui, ayant repéré son talent, l’aida autant qu’il le lança dans le monde des lettres. Mourir d’Enfance fut primé par l’Académie française.

Décoré de la Croix de guerre avec étoile d’argent pour son comportement héroïque à la bataille de Colmar, Alphonse Boudard connut toutefois la prison, où il fit régulièrement du séjour, condamné pour fausse monnaie et fausses cartes de restriction, braquage et « refourgue de photos et films cochons ». Il fréquenta la truanderie, les « potes à la sauce scoumoune » dont il tira de truculents portraits, tout en rétablissant la vérité, crue et sordide, loin de la légende, façon polar ou Série noire, qui les nimbe.

Au regard des visages, Marie-Annick Gervais-Zaninger

Ecrit par Olivier Verdun , le Lundi, 28 Novembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Hermann

Au regard des visages. Essai sur la littérature française du XXe siècle, 2011. 404 p. 34 € . Ecrivain(s): Marie-Annick Gervais-Zaninger Edition: Hermann

On sait, depuis Emmanuel Levinas, que le visage n'est pas tant une forme sensible que la résistance opposée par autrui à sa propre manifestation : rencontrer un homme, c’est être tenu en éveil par une énigme. Cette énigme de la rencontre intersubjective, la littérature n'a cessé de la traquer au XXe siècle, en un vaste panorama que Marie-Annick Gervais-Zaninger tente, avec beaucoup d'érudition, dans une langue parfois pâteuse mais toujours précise, de restituer. Son ambition, quelque peu titanesque, est d'entrecroiser discours savants et œuvres artistiques afin de mettre au jour, de Narcisse à Lacan, de Levinas à Yves Bonnefoy, ce que le visage a pu produire de trames conceptuelles.

L'auteur commence par décliner, comme il se doit, les différentes acceptions du visage, depuis sa triple dimension physique (« cette surface nue offerte aux regards des autres »), psychique (« la représentation que le sujet se construit de lui-même, son image intérieure ») et sociale (« ce qui résulte de l'interaction entre les autres et lui »), jusqu'à la tête qu'un Francis Bacon tente, à la façon d'un écorché, de faire surgir de l'intériorité organique, en passant par l'étymologie (visage se dit en grec ancien prosôpon, ce qui signifie littéralement « devant les yeux d'autrui ») et les notions de peau, de chair, de face, de regard, de figure.