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Essais

De la légèreté, Gilles Lipovetsky

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 20 Avril 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

De la légèreté, janvier 2015, 364 pages, 19 € . Ecrivain(s): Gilles Lipovetsky Edition: Grasset

 

Gilles Lipovetsky nous a habitués, depuis L’Ère du vide en 1983, à des analyses plutôt séduisantes à différents titres, analyses pour lesquelles il porte la double casquette de philosophe et de sociologue. Lire Lipovetsky, c’est d’abord faire l’expérience d’une lecture singulière, qui peut offrir de l’emphase servie par une rhétorique tout aussi importante que l’argument. Le plaisir de la lecture est donc tout aussi présent que la précision de l’argument, et quand le tout se met au service d’études des différents aspects du quotidien, on ne peut que saluer la démonstration.

De la légèreté propose une immersion dans un monde animé, selon le philosophe, par une frénésie de vivre tous les aspects de notre quotidien sur le mode de la légèreté. Après L’Ère du vide, L’empire de l’éphémère ou plus récemment L’Occident mondialisé, ce sont des comportements que le « léger, le fluide et le mobile » caractérisent dorénavant que l’auteur analyse. Et le premier paradoxe soulevé est bien le monde matériel dans lequel nous vivons, qui en raison d’une omniprésence matérielle pouvait laisser supposer une imposante lourdeur.

De Gaulle et Mauriac, Le dialogue oublié, Bertrand Le Gendre

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 11 Avril 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Fayard, Histoire

De Gaulle et Mauriac, Le dialogue oublié, mars 2015, 180 pages, 18 € . Ecrivain(s): Bertrand Le Gendre Edition: Fayard

 

« Leur héritage nous fait leçon, mais c’est un héritage sans héritiers. De Gaulle et Mauriac sont trop singuliers pour que l’on puisse se réclamer d’eux de nos jours ».

Le dialogue oublié ou les raisons d’une passion française. C’est à cette part de l’histoire politique et littéraire française que nous convie Bertrand Le Gendre. A la gauche il y a François Mauriac (c’est de Gaulle qui parle), prix Nobel de littérature, journaliste admiré, craint et parfois honni, chrétien social, d’une trempe rarement égalée. A ma droite le Général de Gaulle, l’homme de Londres, surréaliste sur ces messages de Radio Londres (Philippe Sollers) « Les renards n’ont pas forcément la rage, je répète… ». « J’aime les femmes en bleu, je répète… ». « Nous nous roulerons sur le gazon ! », l’homme de l’unification de la Résistance, de la V° République et de la fin de la guerre d’Algérie. Leur dialogue court sur trente ans, de l’Occupation aux lendemains de mai 68. Leur histoire, comme celle finalement de Malraux et du Général (l’occasion de lire ou de relire le lumineux André Malraux Charles de Gaulle, une histoire, deux légendes d’Alexandre Duval-Stalla, L’Infini Gallimard), est cette part commune de l’Histoire française, cette passion commune. Tous les deux s’emploient à choyer leur langue et leur territoire, au risque parfois d’être incompris.

La playlist des philosophes, Marianne Chaillan

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mercredi, 08 Avril 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Le Passeur

La playlist des philosophes, janvier 2015, 307 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Marianne Chaillan Edition: Le Passeur

 

Dans la lignée de Rock’n Philo de Francis Métivier, l’esprit Pop philo continue à frapper fort avec un nouveau titre, La playlist des philosophes, qui fait le pari audacieux d’expliquer les grands concepts philosophiques à partir de chansons de variétés. Plus besoin désormais pour les futurs bacheliers de lâcher leurs écouteurs pour réfléchir et réviser leurs cours de philosophie. Leurs MP3 vont les aider à sortir de leur caverne et à « kiffer » la philosophie platonicienne avec Starmania, voire même comprendre la philosophie ardue de Heidegger avec Alain Souchon !

Philosopher grâce à Céline Dion et à Stevie Wonder ? Certains vont en tomber de leur chaise pour s’écraser dans la théorie de la gravité (sous le poids de la lourdeur de leur sérieux). Comme le dénonce ironiquement Marianne Chaillan, « Aimer la chanson de variétés semble bel et bien constituer un signe extérieur d’affliction culturelle ». Pourtant, cette « affliction culturelle » invite aussi bien les connaisseurs de la philosophie que les néophytes à ré-interpréter en musique leurs idoles de la pensée ou à faire « raisonner » autrement les tubes que l’on fredonne à tue-tête sous sa douche. En somme, faire « varier » son approche grâce aux vibrations de la variété.

Dictionnaire de trois fois rien suivi d’un Dictionnaire de rien du tout, Marc-Emile Thinez

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 14 Mars 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Revues, Editions Louise Bottu

Dictionnaire de trois fois rien suivi d’un Dictionnaire de rien du tout, mars 2015, 70 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Marc-Emile Thinez Edition: Editions Louise Bottu

 

 

« Avaler v. tr. Avaler le français, le russe, l’anglais, avaler le chinois, avaler le basque et le volapuk, le bambara, avaler le sanskrit, l’occitan, avaler le tamoul, l’ukrainien, le finnois… voir vomissement. Tu as avalé ta langue ? demandait Jean quand par timidité je ne répondais pas, ou par entêtement ».

Après 140 au carré, Marc-Emile Thinez s’invite à nouveau dans la collection Contraintes des Editions Louise Bottu, et propose son petit dictionnaire, parce que le dictionnaire est le plus beau des livres (1) : Algèbre – contrainte en arabe –, à Zup – c’est la zone –, en passant par Ecriture – parole de nanti –, Histoire – Donner du sens au temps –, Musique – ne dit rien d’autre qu’elle-même – ou encore, Réforme – hantise des vaches et de certains veaux – mais aussi SOI-MEME – renforcement d’un soi qui en a bien besoin – ou VOILE – grille qui dissimule le visage, ou la réalité, selon le point de vue.

Observations sur la peinture, Pierre Bonnard

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 07 Mars 2015. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Arts, L'Atelier Contemporain

Observations sur la peinture, janvier 2015, préface d’Alain Lévêque, introduction d’Antoine Terrasse, 72 pages, 15 € . Ecrivain(s): Pierre Bonnard Edition: L'Atelier Contemporain

« Violet dans les gris.

Vermillon dans les ombres orangées,

par un jour froid de beau temps ».

Pierre Bonnard devient un instant le peintre aux agendas, notations précises et brèves, à chaque fois un ou deux mots pour dire le temps qu’il fait et le temps qu’il voit – la main du peintre. Beau, pluvieux, beau nuageux, mais aussi vent froid, beau frais, beau froid, ou encore couvert, et ces notations inspirées, précises et pertinentes : au-dessus de tout plane le climat de l’œuvre, ou, il ne s’agit pas de peindre la vie, il s’agit de rendre vivante la peinture, et plus loin, que le sentiment intérieur de beauté se rencontre avec la nature, c’est là le point. Pierre Bonnard le peintre aux mille dessins de poche  rassemblés dans ces petits agendas, à chaque jour son observation, son mot, son trait, à chaque jour sa courbe : corps, natures endormies – que l’on continue à nommer natures mortes –, un coin de table, un saladier, un vase, une tête de cheval, la mer, une voile, un chat, rien de plus, rien de moins. Pierre Bonnard maître des observations marines : son œil est ce sextant qui ouvre la voie à la toile.