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Essais

King Crimson, Aymeric Leroy

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 17 Novembre 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Le Mot et le Reste

King Crimson, 2012, 246 pages, 20 € . Ecrivain(s): Aymeric Leroy Edition: Le Mot et le Reste

 

Et ... L’autobiographie, Bill Bruford, traduction Aymeric Leroy, Le mot et le reste, 2012, 424 pages, 148 x 210, 26 €

 

Bill Bruford, King Crimson, Robert Fripp

 

Coup double pour Aymeric Leroy. La traduction magistrale de L’autobiographie de Bill Bruford et Une histoire de King Crimson et du singulier Bob Fripp. Les deux ouvrages se traversent, se croisent et renvoient sans cesse l’un à l’autre. Outre leur parution concomitante chez Le Mot et Le Reste qu’il convient de saluer et soutenir pour leur engagement, leur travail de titan et la qualité rare de la forme et du contenu de leur fonds, les deux pavés de Leroy ne peuvent tomber dans l’oreille d’un sourd. Aux côtés des tablettes numériques, ils resteront en bonne place dans les bibliothèques. Les toucher provoque le souvenir. S’y plonger éveille et rappelle les années de créations inouïes des « seventies ».

Photographie et croyance, Daniel Grojnowski (2ème recension)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 15 Novembre 2012. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Editions de la Différence

Photographie et Croyance, 2012, 119 p. 14 € . Ecrivain(s): Daniel Grojnowski Edition: Editions de la Différence

Daniel Grojnowski s’est toujours passionné pour l’image. Et a nourri cette passion des feux nuancés de son intellection. En effet, cet intérêt s’est modulé sous la forme d’interrogations extrêmement fécondes entrant en étreinte avec des raisonnements pointus mais clairs et problématisés, s’appuyant sur des exemples qui montrent que l’auteur est un fin connaisseur de la fin du dix-neuvième siècle, interrogations et raisonnements mêlés (car il ne s’agit pas pour les raisonnements, en faisant suite aux interrogations, de chasser ces dernières) renouvelant la vision que l’on peut avoir de cette façon qu’a le réel de tomber dans l’image, et dans l’immobilité de celle-ci : « Quelle que soit la nature et l’origine d’une image, elle m’interpelle, exige de moi que je me soumette à son évidence sensible, à la référence dont elle est médiatrice ».

Son « évidence sensible » est l’évidence du réel.

Même si dans son récent et très beau recueil de notes, Pensées simples (Gallimard), Gérard Macé s’interrogeait de cette manière : « [s]ait-on bien ce qu’on voit quand on photographie ? », Daniel Grojnowski confesse ainsi : « je me suis souvent demandé pourquoi je croyais – pourquoi on croyait – en la vérité de l’image photographique, sans parvenir à donner une réponse qui pouvait me satisfaire. Le présent essai tente d’élucider un “mystère” que l’avènement du numérique estompe, sans l’effacer ».

Thérèse d'Avila et Jean de la Croix, Oeuvres (Pléiade)

, le Mardi, 30 Octobre 2012. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Gallimard

Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Œuvres, sous la direction de Jean Canavaggio, collaboration de Claude Allaigre, Jacques Ancet et Joseph Pérez, Gallimard, Pléiade, 11 octobre 2012, 1184 pages, 45 € jusqu’au 28 février 2013 Edition: Gallimard

Sainte Thérèse, brûlez pour nous. Il y a peut-être quelque chose de dérangeant à apostropher ainsi un docteur de l’Eglise. N’allons pas trop vite, et pas trop loin. Teresa Sánchez de Cepeda Dávila y Ahumada (1515-1582), réformatrice du Carmel, est entrée dans l’imaginaire collectif, entre autres, grâce à la statue du Bernin, que l’on peut voir à Rome, à Santa Maria della Vittoria. Elle y est extatiquement torturée par une jouissance physique et mystique. L’amour brûle, embrase. Ainsi, Thérèse.

Saint Jean de la Croix – Juan de Yepes Álvarez (1542-1591) – brûlez pour nous. Là encore, n’allons pas si vite. De La Nuit obscure à La Vive flamme de l’amour, l’éros et l’agapè se confondent parfois, mais nous ne pouvons rien comprendre avec nos réflexes modernes. En fin de compte, nous les lisons, Thérèse et Jean, avec ce que nous rassemblons de notre culture, et avec ce que nous sommes, des êtres du XXe et du XXIe siècles, petits lecteurs de petite transcendance. Les temps ont passé. Fui. Tourné, qui sait. C’est à Vladimir Jankélévitch que l’on doit la diffusion du « je ne sais quoi » – le « no sé qué » – qui nous a fait vibrer, dans une émission de Pivot. On entendait parler – reparler – de Jean de la Croix. Pour des raisons – sur des fondements – philosophiques.

Chez les fous, Albert Londres

Ecrit par Sophie Galabru , le Lundi, 29 Octobre 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Editions de Londres

Chez les fous, 78 p. 0,99 € (téléchargeable) . Ecrivain(s): Albert Londres Edition: Editions de Londres

 

« Loi de 38 secret professionnel vous ne verrez pas la vie des fous (…) alors j’ai cru qu’il serait plus commode d’être fou que journaliste ».

 

Voici résumés le ton, la forme, la démarche journalistique et poétique d’Albert Londres. Nous pourrions dire que ce livre se veut être l’investigation d’un journaliste sur le milieu psychiatrique et asilaire du début du XXe siècle, où l’on trouve quelques données statistiques, quels constats effarants sur la cruauté des conditions et des traitements – camisoles, ceintures de force, cordes coûtant moins cher que des baignoires, on ligote au lieu de baigner –, des observations philosophiques sur la place sociale du fou, un certain point de vue politique lui-même sur ce que le traitement de la folie révèle d’une civilisation. Mais après tout ce n’est pas seulement pour cela que vous lirez ce livre, il y a tout ceci et plus que ceci. Albert Londres exerce un journalisme tout particulier où se mélangent l’observation personnelle, voire affective, une ironie et beaucoup d’humour, un récit oscillant entre l’observation et la narration romanesque, toujours porté par la poésie des fous dont il relate la parole.

Les massacres des Arméniens, Arnold J. Toynbee

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 21 Octobre 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Petite bibliothèque Payot

Les massacres des Arméniens, 315 p. 9,65 € . Ecrivain(s): Arnold J. Toynbee Edition: Petite bibliothèque Payot

 

Pour qui veut se convaincre que les massacres des Arméniens furent bien un génocide, cette nouvelle édition établie par Claire Mouradian sera très utile. Il s’agit en effet de la réédition du premier ouvrage relatant « le meurtre d’une nation ». Son auteur, Arnold J. Toynbee, historien anglais, humaniste, fit paraître l’ouvrage en novembre 1915, alors que l’Europe vivait sa Première Guerre Mondiale. Il y décrypte les mécanismes qui ont abouti à la volonté d’éradiquer toute trace d’un peuple. Claire Mouradian rappelle dans sa préface que le terme « génocide » n’existe alors pas. Il fut créé pendant la Deuxième Guerre Mondiale pour désigner les crimes nazis contre les Juifs d’Europe.

Un génocide donc, à en croire la déclaration de Talaat Bey, l’organisateur des déportations, l’homme du Triumvirat alors au pouvoir : « après cela, il n’y aura pas de question arménienne pendant cinquante ans ». Dans son chapitre intitulé Les preuves, l’auteur rappelle que « le crime fut préparé de façon très systématique, car nous avons la preuve que la façon d’agir fut la même dans plus de cinquante endroits différents ». Les ordres de déportations, d’exécutions, venus de Constantinople, furent exécutés sans failles, à l’exception de quelques fonctionnaires réticents qui furent remplacés immédiatement.