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Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres, Yassin Temlali

Ecrit par Mohammed Yefsah , le Mercredi, 23 Novembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Maghreb, Barzakh (Alger)

Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres, 2011. 233 p. 11 € . Ecrivain(s): Yassin Temlali Edition: Barzakh (Alger)

Les tragédies élucidées à la lumière de l'esthétique


« Algérie, chroniques ciné-littéraires de deux guerres », du journaliste algérien Yassin Temlali, est un voyage à travers la création artistique contemporaine marquée par les bouleversements politiques du pays. Il n'est pas étonnant que Yassin Temlali interroge le drame de la guerre civile à travers le sensible, lui le passionné des arts, dont la jeunesse fut secouée par l'Histoire, avec la révolte nationale d'Octobre 1988 - qui consacra le multipartisme avec ses centaines de morts - suivie du terrorisme à partir de 1992.

L'ouvrage rassemble des articles de l'auteur, publiés pour la majorité sur Babelmed, dont le fil conducteur est la décennie noire (1990-2000), l'avènement du terrorisme faisant resurgir une autre période bouleversante de l'Algérie, la guerre de libération nationale. Une partie des chroniques est consacrée à des entretiens avec des créateurs ou des analystes. Le journaliste donne ici la parole à d'éminents historiens, tels Deho Djerbel, René Gallissot ou Mohammed Harbi, afin de questionner le présent à travers les blessures du passé, mais aussi à des écrivains et cinéastes pour mieux connaître leur approche esthétique.

Les Centuries, Thomas Traherne

Ecrit par Didier Ayres , le Lundi, 21 Novembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Arfuyen

Les Centuries, Editions Arfuyen, septembre 2011, trad. de l'anglais par Magali Julien. 17€ . Ecrivain(s): Thomas Traherne Edition: Arfuyen

Peut-on attirer l'attention des lecteurs sur une oeuvre remarquable du répertoire anglo-saxon, et qui ne concerne pas, à notre sens, que les lecteurs de littérature mystique. Regardons si vous le voulez le livre que publie Arfuyen dans sa très belle collection Ombre. Il s'agit, en vérité, d'une prose rare et qui fut d'accès difficile longtemps, y compris dans sa langue maternelle (on reconnaît là le talent de Gérard Pfister, le fondateur des cahiers d'Arfuyen, qui scrute avec une lucidité sans pareille les textes de cette espèce). Ainsi le public francophone peut goûter à un texte très original de Thomas Traherne, mystique gallois du XVIIème siècle traduit ici par Magali Jullien et présenté par Jean Mambrino.

Les Centuries, livre extraordinaire des années seize cents au pays de Galles, passent notre nouveau siècle avec une vigueur incomparable, comme celle que provoquent parfois l'altitude, ou les grandes joies imaginées des jardins suspendus, des sommets. C'est donc avec ce programme que nous appellerons "holderlinien", que ce poème touche à l'excellence et au vital. On pourrait même aventurer l'idée hardie que ces strophes préfigurent, dans sa conception de la déité, le Grand Horloger des Lumières, tant tout y paraît brillant, organisé, presque rationnel.

Tropiques, Clément Rosset

Ecrit par Didier Bazy , le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Tropiques, Cinq conférences mexicaines. Ed. De Minuit. 2010. 92 p. . Ecrivain(s): Clément Rosset Edition: Les éditions de Minuit

 

Clément Rosset est des plus importants philosophes actuels. Actuel parcequ'inactuel, intempestif et internel. Deleuze l'a salué comme tel. Rosset lui a rendu un hommage aussi important que celui de Foucault dans un numéro de l'Arc : Sècheresse de Deleuze. Rosset ne lui a pourtant jamais fait de courbettes. Il l'a çà et là critiqué et complété. Mais Rosset n'est pas seulement un grand philosophe. Il a brisé le mur de Berlin que certains ont érigé entre la philosophie et la littérature. D'abord en nourrissant sa philosophie de ce qui n'est pas elle (clin d'oeil à Canguilhem), il alimente sa pensée au lait d'écrivains au statut certes par forcément Lagarde et Michard : Marivaux et Gracian, Lowry et Rousseau, pour ne citer qu'eux. Ensuite, en offrant aux lecteurs une œuvre d'écrivain très accessible et très français, il s'inscrit définitivement dans la grande et belle lignée des écrivains philosophes au langage par forcément « philosophique » : Voltaire et les moralistes, les encyclopédistes, Jules Lagneau, Alain, Bergson...

Un Michel Polac ne s'y est pas trompé qui a collaboré avec Clément Rosset.

Maxa, la femme la plus assassinée du monde, Agnès Pierron

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 04 Novembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Maxa, la femme la plus assassinée du monde, L’Entretemps, 2011, 377 p. 27 €. . Ecrivain(s): Agnès Pierron


Maxa, nom de guerre de Marie-Thérèse Beau, nom de scène de l’interprète principale du Grand-Guignol durant l’entre-deux-guerres. Nom à l’affiche de spectacles sanglants et d’un érotisme morbide. On la nomme « la Sarah Bernhardt de toutes les atrocités », « la Madone de l’horreur », « la Rachel de tous les martyres ». Colette notamment rend compte de ses interprétations. L’auteur retrace la carrière de cette actrice originale et oubliée. Maxa règne là où règne l’épouvante, dans ce théâtre des têtes coupées tant décrié et qui connut pourtant un succès fou. On peut y voir un lointain ancêtre du gore, les prémices de la Hammer.

L’essai inspiré d’Agnès Pierron nous transporte dans ce monde des spécialités : « au Grand-Guignol, on est dans les humeurs : sueur, sang, sperme ; à l’Enfer, on est dans le sec, dans le feu. Au cabaret du Néant, aussi, puisque les squelettes tombent en poussière. » Elle ranime ce peuple disparu où se pressent auteurs, metteurs en scène, artistes et directeurs de théâtre autour de la divine Maxa et de ses cris de gorge. A la fois, biographie, essai sur un genre théâtral et enquête personnelle, ce livre se dévore et nourrit le lecteur d’une multitude de références érudites et populaires ; les unes éclairant les autres, sans contradiction. Tout un art du contraste qui sied bien à cette figure singulière.

Beat Hotel, Barry Miles

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 30 Octobre 2011. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, La rentrée littéraire, Le Mot et le Reste

Beat Hotel, trad. de l’anglais Alice Olatron, septembre 2011, 300 p. 23 €. . Ecrivain(s): Barry Miles Edition: Le Mot et le Reste

Generation B. Aujourd’hui, chacun se prend pour une grande star de la création artistique. Dit Jérôme Bourgeois. Sans doute se rappelle-t-il le mot de Warhol en 1968 : Dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale. Nous sommes, à présent, dans le futur. Et ce futur-ci est notre présent. Et Jérôme Bourgeois n’aura pas forcément droit ici à son quart d’heure.

Bien avant la X Generation, il y eut la Beat Generation. C’est Kérouac qui lança la formule en 1948.  Holmes en publia le manifeste dans le New York Times Magazine, le 16 Novembre 1952 : The origins of the word « beat » are obscure, but the meaning is only too clear to most Americans. More than mere weariness, it implies the feeling of having been used, of being raw. It involves a sort of nakedness of mind, and, ultimately, of soul ; a feeling of being reduced to the bedrock of consciousness. In short, it means being undramatically pushed up against the wall of oneself.

Le mouvement Beat est né contre les préjugés et le puritanisme américain d’après-guerre. Alcools, drogues et délires doivent être repensés en termes d’effets et non de causes. Produit par et surtout dans le Système (ici réhabilité…), le mouvement Beat est dépréciation revendiquée par ironie sur son sort, synchronisation et coïncidence, instantanés et connexions, arc électrique tendu en vécu expérimental et Universel historique.