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Essais

Essai sur l'exotisme, une esthétique du divers, Victor Segalen

Ecrit par Christian Massé , le Lundi, 03 Décembre 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Le Livre de Poche

Essai sur l’exotisme, une esthétique du divers, Livre de poche/ Essais . Ecrivain(s): Victor Segalen Edition: Le Livre de Poche

 

A vingt-six ans, Victor Segalen rapporte de Tahiti les éléments d’un livre qui retrace le déclin de la race maorie : les Immémoriaux. Ce Breton, médecin de la marine française, s’est libéré d’une emprise familiale et religieuse contraignante : il vient de découvrir l’œuvre de Gauguin ! Naît en lui une sorte de rébellion contre Pierre Loti et son exotisme : Il n’a fait que rendre des impressions de voyage, il en donne, à revendre. Il a dit ce qu’il a vu, ce qu’il a senti en présence des choses et des gens inattendus dont il allait chercher le choc. A-t-il révélé ce que ces choses et ces gens pensaient en eux-mêmes, et d’eux ? Segalen dénonce ses « mains prostitueuses » Segalen est un voyageur-né. D’emblée, il prévient vouloir écarter le cocotier, le chameau, le casque colonial, la peau noire sous le soleil torride. Il rappelle la définition du préfixe ex : tout ce qui est « en dehors » de l’ensemble des faits de conscience actuels, quotidiens, tout ce qui n’est pas notre « Tonalité mentale » coutumière. Comme dit à rebours Montesquieu : – Il faut que j’épuise le sujet ! Précisément : son livre n’est pas une certitude, mais une recherche qui, d’ailleurs, ne sera pas achevée…

Dictionnaire érotique de l'argot, Georges Lebouc

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 28 Novembre 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Dictionnaire érotique de l’argot, Editions Avant-propos, 2012, 16,95 € . Ecrivain(s): Georges Lebouc

 

J’ai eu le pépin pour ce livre aux pages de papier glacé agréables au toucher qui m’a séduit a priori par la qualité de son édition, par son titre, et par l’illustration suggestive de sa couverture.

La marchandise est indiscutablement racoleuse : dans toute librairie où elle se met en vitrine, elle vous joue son pousse-au-vice sans que le libraire ait besoin de se transformer en barbillon et d’envoyer sa caissière, qu’il a évidemment recrutée pour son physique de corvette gironde ballottée de première, faire son persil comme une vulgaire ambulante sur le macadam du trottoir de sa boutique pour y lever les clilles.

Une fois qu’il a sorti ses carrés de soie, n’importe quel micheton peut l’embarquer, et l’enflure alors a toute liberté de se la farcir à domicile ou sur un banc public sans pour autant passer pour un Mozart de la fourrette.

Et si c’est une bombasse qui l’emballe, rien ne l’oblige à se l’envoyer à la maison tire-bouton : ce n’est pas parce qu’elle en prendra son fade dans le métro ou dans la salle d’attente de son gynéco qu’on la soupçonnera d’être de la garde nationale !

King Crimson, Aymeric Leroy

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 17 Novembre 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Le Mot et le Reste

King Crimson, 2012, 246 pages, 20 € . Ecrivain(s): Aymeric Leroy Edition: Le Mot et le Reste

 

Et ... L’autobiographie, Bill Bruford, traduction Aymeric Leroy, Le mot et le reste, 2012, 424 pages, 148 x 210, 26 €

 

Bill Bruford, King Crimson, Robert Fripp

 

Coup double pour Aymeric Leroy. La traduction magistrale de L’autobiographie de Bill Bruford et Une histoire de King Crimson et du singulier Bob Fripp. Les deux ouvrages se traversent, se croisent et renvoient sans cesse l’un à l’autre. Outre leur parution concomitante chez Le Mot et Le Reste qu’il convient de saluer et soutenir pour leur engagement, leur travail de titan et la qualité rare de la forme et du contenu de leur fonds, les deux pavés de Leroy ne peuvent tomber dans l’oreille d’un sourd. Aux côtés des tablettes numériques, ils resteront en bonne place dans les bibliothèques. Les toucher provoque le souvenir. S’y plonger éveille et rappelle les années de créations inouïes des « seventies ».

Photographie et croyance, Daniel Grojnowski (2ème recension)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Jeudi, 15 Novembre 2012. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Editions de la Différence

Photographie et Croyance, 2012, 119 p. 14 € . Ecrivain(s): Daniel Grojnowski Edition: Editions de la Différence

Daniel Grojnowski s’est toujours passionné pour l’image. Et a nourri cette passion des feux nuancés de son intellection. En effet, cet intérêt s’est modulé sous la forme d’interrogations extrêmement fécondes entrant en étreinte avec des raisonnements pointus mais clairs et problématisés, s’appuyant sur des exemples qui montrent que l’auteur est un fin connaisseur de la fin du dix-neuvième siècle, interrogations et raisonnements mêlés (car il ne s’agit pas pour les raisonnements, en faisant suite aux interrogations, de chasser ces dernières) renouvelant la vision que l’on peut avoir de cette façon qu’a le réel de tomber dans l’image, et dans l’immobilité de celle-ci : « Quelle que soit la nature et l’origine d’une image, elle m’interpelle, exige de moi que je me soumette à son évidence sensible, à la référence dont elle est médiatrice ».

Son « évidence sensible » est l’évidence du réel.

Même si dans son récent et très beau recueil de notes, Pensées simples (Gallimard), Gérard Macé s’interrogeait de cette manière : « [s]ait-on bien ce qu’on voit quand on photographie ? », Daniel Grojnowski confesse ainsi : « je me suis souvent demandé pourquoi je croyais – pourquoi on croyait – en la vérité de l’image photographique, sans parvenir à donner une réponse qui pouvait me satisfaire. Le présent essai tente d’élucider un “mystère” que l’avènement du numérique estompe, sans l’effacer ».

Chez les fous, Albert Londres

Ecrit par Sophie Galabru , le Lundi, 29 Octobre 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Editions de Londres

Chez les fous, 78 p. 0,99 € (téléchargeable) . Ecrivain(s): Albert Londres Edition: Editions de Londres

 

« Loi de 38 secret professionnel vous ne verrez pas la vie des fous (…) alors j’ai cru qu’il serait plus commode d’être fou que journaliste ».

 

Voici résumés le ton, la forme, la démarche journalistique et poétique d’Albert Londres. Nous pourrions dire que ce livre se veut être l’investigation d’un journaliste sur le milieu psychiatrique et asilaire du début du XXe siècle, où l’on trouve quelques données statistiques, quels constats effarants sur la cruauté des conditions et des traitements – camisoles, ceintures de force, cordes coûtant moins cher que des baignoires, on ligote au lieu de baigner –, des observations philosophiques sur la place sociale du fou, un certain point de vue politique lui-même sur ce que le traitement de la folie révèle d’une civilisation. Mais après tout ce n’est pas seulement pour cela que vous lirez ce livre, il y a tout ceci et plus que ceci. Albert Londres exerce un journalisme tout particulier où se mélangent l’observation personnelle, voire affective, une ironie et beaucoup d’humour, un récit oscillant entre l’observation et la narration romanesque, toujours porté par la poésie des fous dont il relate la parole.