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Essais

Shakespeare et les Boys band, Vincent Teixeira

Ecrit par Frédéric Aribit , le Vendredi, 11 Avril 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Shakespeare et les Boys band, éditions Kimé, Collection Détours littéraires, 123 pages, 16 € . Ecrivain(s): Vincent Teixeira

 

« Tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent ». Près de 500 ans ont passé depuis que La Boétie dénonçait, dans son célèbre discours, la servitude volontaire des peuples acceptant de se soumettre au joug des tyrannies de tous ordres. Hélas le constat n’a pas beaucoup varié. Se serait même aggravé, à en croire Vincent Teixeira, qui publie un nouvel essai accablant pour dénoncer les mollesses d’époque tristement fardées sous le pire cosmétique qui soit : la culture.

Le pire en effet, car le plus séduisant sans doute : on a les tyrans de son siècle.

De fait, Shakespeare et les Boys band résonne comme un virulent pamphlet qui épingle le navrant conformisme consumériste qu’on a de cesse de vendre en guise de culture, et qui, sous couvert d’« entertainment » généralisé, n’en finit pas de proliférer jusqu’à la nausée, bouchant désormais l’horizon qu’elle était supposée dégager au contraire.

La Trahison des Clercs, Julien Benda (1927)

, le Jeudi, 10 Avril 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

La Trahison des Clercs, Cahiers rouges, 330 p. 9,95 € . Ecrivain(s): Julien Benda Edition: Grasset

 

 

On avait déjà été averti par Michel Winock dans Le Siècle des Intellectuels (1997), de l’importance de cet essai publié à la fin des années 1920 par l’un des fins penseurs de son temps. Julien Benda (1867-1956), dans ce livre à l’armature riche et ordonnée qui fit date dans l’histoire de la pensée philosophique en France, fait preuve, en exposant ses idées, d’une hauteur de vue et d’une clarté devenues rares.

Méticuleusement, il distingue entre d’une part le rôle bénéfique qu’avaient sur le peuple les penseurs de jadis (La Bruyère, Montaigne, Malebranche, etc.), savoir celui de l’arracher à ses modes de pensée pragmatiques et grégaires ; et d’autre part le chaos que sèment dans les sociétés actuelles tous ces poètes, romanciers et historiens « politiciens » qui se font ouvertement les chantres d’un « réalisme divinisé » d’après les mots de Benda.

Fragments d’un discours amoureux, Roland Barthes

Ecrit par Johana Bolender , le Mercredi, 09 Avril 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Seuil

Fragments d’un discours amoureux, 288 pages . Ecrivain(s): Roland Barthes Edition: Seuil

 

Le discours amoureux est une très belle chorégraphie. Nous la pratiquons avec plus ou moins d’aisance, à l’écrit ou à l’oral. Nous avons tous éprouvé ce sentiment de solitude extrême, dans notre atelier, penché sur la fabrication de ces bris de discours et destinés à l’être aimé.

Cette bouffée d’anéantissement qui vient au sujet amoureux, « par désespoir ou par comblement », est une expérience à la fois solitaire et collective de succombance, de perte, et d’abnégation.

En 1977, Barthes revêt un habit nouveau. Romantique éclairé, il se consacre à l’élaboration d’un carnet-répertoire dans lequel il dépoussière le langage oublié des amoureux transis, les formules ordinairement moquées et dépréciées, les mots fragiles et méconnus de l’aveu, du regret. On surprend Barthes dans un tout autre registre, autoritaire malgré une plume plus arrondie, on lui découvre une sensualité sinistre. Le sentiment d’abandon qu’éprouve l’amoureux est à la source de son travail définitoire.

L’identité malheureuse, Alain Finkielkraut

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Vendredi, 04 Avril 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Stock

L’identité malheureuse, octobre 2013, 240 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Alain Finkielkraut Edition: Stock

 

Il faut lire le dernier ouvrage d’Alain Finkielkraut, L’identité malheureuse, paru aux éditions Stock en octobre 2013. Son parti pris est, que pour se faire une opinion personnelle, on a besoin d’être éclairé par d’autres et de prendre le temps de la réflexion pour problématiser le monde.

Alain Finkielkraut centre sa réflexion sur l’évolution du concept « d’identité » tel qu’il est envisagé en France aujourd’hui. Il apporte une vision toute personnelle en passant constamment de son histoire singulière où il dit « je » à une vision collective où il utilise le « nous » et le « on ».

Pour affermir sa démonstration, il cite des auteurs fondamentaux de la mémoire française, des auteurs étrangers, des auteurs d’origine juive, des auteurs de l’exil : Mandelstam, E. Badinter, Kant, Hegel, Lévi-Strauss, Goethe, Péguy, Levinas, Kundera, Valéry, Mandelstam, Proust, Diderot, Claudel, Pascal, Voltaire, Tocqueville, Hume, Molière, Montesquieu, Spinoza, Adorno, Arendt etc., qui se sont penchés sur ce thème avant lui. Arrive-t-il pour autant à nous convaincre ?

Koltès dramaturge, Anne-Françoise Benhamou

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 25 Mars 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre, Les solitaires intempestifs

Koltès dramaturge, février 2014, 240 pages, 15 € . Ecrivain(s): Anne-Françoise Benhamou Edition: Les solitaires intempestifs

 

Retour à Koltès

Anne-Françoise Benhamou écrit, dans l’une de ses contributions réunies dans le volume Koltès dramaturge, que l’œuvre de ce dernier a connu une sorte de purgatoire après sa mort. Jean-Luc Lagarce, son cadet de dix ans, et la scène contemporaine d’une autre manière ont pour un temps oblitéré celui qui à partir de la fin des années soixante-dix et pendant les années quatre-vingt fut sans doute le plus important des dramaturges français, mis en scène par Patrice Chéreau, Peter Stein.

Il était donc temps de revenir à lui. La pièce Dans la solitude des champs de coton est-elle ainsi inscrite au programme d’admission du concours d’entrée à l’ENS, cette année. Diverses parutions viennent nourrir cette année éditoriale faste (Christophe Bident : Koltès, le sens du monde, ou François Bon : Pour Koltès, publiés aux Solitaires intempestifs). La disparition il y a quelques mois de Patrice Chéreau ajoute à la nécessité de comprendre le parcours de Koltès et de « son » metteur en scène, convoqué de manière émouvante dans le recueil d’Anne-Françoise Benhamou : elle reprend en effet un entretien qu’elle avait eu avec Chéreau et son assistant (de 1981 à 1988) Claude Stratz, mort en 2007, pendant les répétitions de Dans la solitude des champs de coton en 1995.