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Essais

Chateaubriand et la violence de l’histoire dans les « Mémoires d’outre-tombe », Anne-Sophie Morel

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 07 Novembre 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Honoré Champion

Chateaubriand et la violence de l’histoire dans les « Mémoires d’outre-tombe », collection Romantisme et modernités, avril 2014, 672 p. 115 € . Ecrivain(s): Anne-Sophie Morel Edition: Editions Honoré Champion

Chateaubriand et la violence Rectifions immédiatement : non pas la violence, mais les violences. D’emblée, explique Anne-Sophie Morel, il apparaît impossible d’analyser la violence « d’une manière univoque, de la prendre comme un phénomène unique, et par là même d’en donner une définition absolue. Son caractère complexe réside dans la diversité des situations de violence. Il faut considérer ses acteurs – foule, individus isolés, État, armées –, leurs motivations, les modalités de production de la violence et la nature même de l’acte violent ». Celui-ci peut en effet consister en une atteinte, « soit à l’intégrité physique de l’adversaire, soit à son intégrité psychique et morale, soit à ses biens, soit à ses proches et à ses appartenances culturelles ». Et l’auteure d’ajouter avec finesse : « La violence représente une notion d’autant plus cruciale pour le discours qu’elle en parcourt tous les champs : ontologie, métaphysique, cosmologie, mais aussi politique, anthropologie, psychologie et esthétique. Dans chacun de ces domaines, elle joue un rôle, occupe une fonction spécifique et entretient des rapports de proximité avec d’autres concepts possédant des frontières communes. Aussi serait-ce appauvrir le sujet que de donner de la violence une définition objective, indépendante de la diversité et de la relativité des situations, et des critères invoqués ».

L’abécédaire d’un pianiste, Un livre pour les amoureux du piano, Alfred Brendel

Ecrit par Philippe Chauché , le Lundi, 03 Novembre 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Christian Bourgois

L’abécédaire d’un pianiste, Un livre pour les amoureux du piano, dessins de Gottfried Wiegand, octobre 2014, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni avec la collaboration de Chara Iacovidou, 160 p. 15 € . Ecrivain(s): Alfred Brendel Edition: Christian Bourgois

 

« Attaque : Il existe peut-être des interprètes qui préparent une attaque, une attaque contre le public. Le son du piano leur rendra la monnaie de leur pièce.

Tenons-nous-en à des mots plus aimables, comme touch et toucher.

Que l’on me comprenne bien : on peut avoir un grand jeu, et même un jeu immense, sans enfoncer le son à travers les touches comme avec un couteau ».

D’Accents à Zarzuela pour piano seul, en passant par Danse, Fantaisie et Scarlatti, Alfred Brendel livre ici son petit abécédaire d’un pianiste, un pianiste qui n’a cessé et ne cesse d’être au cœur même de la musique, que ça soit avec Mozart, Haydn, Schubert, Liszt, ou Beethoven. Il faut le voir jouer la fantaisie après une lecture de Dante de Liszt, ce précurseur radical de la modernité, le voir danser devant une partition de Bach face à son élève le jeune Kit Armstrong dans le film de Mark Kidel, et le lire.

140 au carré, Marc-Emile Thinez

Ecrit par Philippe Chauché , le Samedi, 01 Novembre 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions Louise Bottu

140 au carré, La Révolution en 140 tweets ou Les lendemains qui gazouillent, septembre 2014, 70 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Marc-Emile Thinez Edition: Editions Louise Bottu

 

« En retard pour l’école, Jean Thinez court de toutes ses jambes d’enfant. Allez Zátopek lui lance un voisin au passage. Jean Thinez accélère ».

« Tout dans la course est révolution, le circuit qui ramène invariablement au point de départ, les jambes et les pensées, tout tourne en rond ».

Après La Chanson du Mal-Aimant de Jean-Louis Bally (recensé ici même), les Editions Louise Bottu publient un nouvel opus sous Contraintes. La contrainte est ici un tweet, 140 signes et 140 tweets pour faire gazouiller les lendemains, qui on le sait ne chantent plus depuis bien longtemps. Marc-Emile Thinez a plus d’un tour dans les tweets qu’il attribue à Jean Thinez, son double romanesque, et sous ses chaussures de sport. S’il court ce n’est pas pour distancer le vieux monde, c’est pour forger son âme tout en musclant ses mollets et ses aphorismes, sans manquer entre deux accélérations d’en rire.

« La course est automatisme. Les jambes tournent, l’esprit vacant. Le sage, Montaigne et le champion le disent, lorsqu’on court on court ».

Deleuze, les mouvements aberrants, David Lapoujade

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 27 Octobre 2014. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Les éditions de Minuit, Côté Philo

Deleuze, les mouvements aberrants, 2014, 300 pages, 27 € . Ecrivain(s): David Lapoujade Edition: Les éditions de Minuit

 

Logiques de Deleuze


Exprimer les logiques irrationnelles des mouvements aberrants dans une sorte d’encyclopédie est, selon David Lapoujade, l’entreprise philosophique de Gilles Deleuze. Excellente idée. Rare et difficile.

Rare. On réduit trop souvent Deleuze à des types de philosophie : de l’événement, de la vie, de l’immanence, des machines abstraites, des rhizomes, des déterritorialisations, des multiplicités, etc. – pour les plus savantes. On fait pencher, sur un autre plan, Deleuze du côté du philosophique non-philosophique et inversement. C’est possible mais c’est insuffisant. « Evitons le savant comme le familier ».

Difficile. Difficile encyclopédie car les multiplicités précisément prolifèrent. Difficile de donner une définition : un mouvement aberrant échappant à la raison et même, à l’ordre des raisons.

Trop, Jean-Louis Fournier

Ecrit par Gilles Brancati , le Lundi, 27 Octobre 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Editions de la Différence

Trop, juin 2014, 184 pages, 16 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Fournier Edition: Editions de la Différence

 

Quand Jean-Louis Fournier nous dit « TROP », j’ai envie de lui répondre : Pas assez. On aurait aimé qu’il nous en présente encore, de ces trop, qui empoisonnent nos choix, donc nos vies. Il dresse un inventaire de tout ce qui est « de trop » dans notre mode de vie, une façon originale de mettre le doigt là où ça fait mal, c’est-à-dire sur les excès de notre société marchande et la confusion qu’elle engendre. Bien vu.

On peut faire confiance au marketing et à son bras armé qu’est la publicité pour avoir su décliner un produit en autant de sous-produits dont on se demande, avec l’auteur, quel en est l’intérêt. Bien entendu l’auteur a dû faire des choix pour établir sa liste, mais on peut s’étonner qu’il ait omis les lessives, exemple type de l’abondance de produits qui nous sont proposés.

Où est-il le bon vieux temps où la « ménagère de cinquante ans » reprisait les chaussettes du foyer avec un œuf en porcelaine ? On ne peut qu’être satisfait qu’elle n’ait plus à le faire, mais en conséquence, on ne sait plus quelle paire choisir, accrochées par lignes entières sur des portants, pour remplacer celles que nous avons trouées.