Identification

Essais

Le Póntos, Marcelin Pleynet

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Lundi, 22 Septembre 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Gallimard

Le Póntos, 128 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Marcelin Pleynet Edition: Gallimard

 

« La frénésie de celui qui voit peut s’accompagner du calme non spectaculaire d’un recueillement du corps ».

Le Póntos de Marcelin Pleynet, n’est-il pas ce grand livre écrit en français, qui jette un pont entre deux mondes ? Deux langues ? La langue classique et la langue moderne ? Sur les décombres d’un monde qui feinte d’ignorer qu’entre terreur et barbarie l’enfer est toujours pavé de bonnes intentions ? C’est ainsi que d’entrée de jeu, et tout à fait sérieux, Marcelin Pleynet donne le ton : « Le meurtre inutile est au cœur ». C’est écrit là, Dans les saisons du centre, la première partie du Póntos : « Doués d’intelligence, ils savent d’eux-mêmes deviner les désirs et les pensées de l’étendue ». Pas de dette, dites-vous, plutôt un bond, semblable à la poésie de L’Iliade et de L’Odyssée : « Il a bondi ». Et vous voilà, chère lectrice, cher lecteur, déjà en Italie : « Seul, et dans les yeux la pupille d’or du monde, droit devant ». Lisez et lisez encore, et bientôt, cette solitude, par la magie du langage et des mots, va devenir d’un bond sur la page la vôtre.

La Grande Guerre des écrivains d’Apollinaire à Zweig, Antoine Compagnon

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard), Histoire

La Grande Guerre des écrivains d’Apollinaire à Zweig, mai 2014, 840 p. 10,60 € . Ecrivain(s): Antoine Compagnon Edition: Folio (Gallimard)

 

« Il vient une odeur de genièvre

Des forêts que ravage le feu

Les femmes gémissent sur leurs fils

On entend pleurer dans les villages les veuves »

Anna Akhmatova, Juillet 14, dans Troupe Blanche, 1917

Et tout le reste est Histoire, pourrait-on dire en sortant, sonné, admiratif, de cette somme-anthologie unique en son genre. Plus d’un an de rédaction a été nécessaire pour accoucher de ce livre, et combien d’heures pour sa gestation ? C’est à une montagne que s’est attaqué Antoine Compagnon, ici, en partant de lui-même ; ses deux grands-pères poilus, « ses » veuves et son histoire intime, pour traverser toute la guerre, d’écrivain en écrivain et nous fournir (un petit livre savant en soi) une fondamentale préface et un récit de sa méthode de travail. Cet Anapurna a été vaincu ;

La joie d’amour, pour une érotique du bonheur, Robert Misrahi

Ecrit par Marie-Pierre Fiorentino , le Jeudi, 18 Septembre 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Autrement

La joie d’amour, pour une érotique du bonheur, janvier 2014, 251 p. 15 € . Ecrivain(s): Robert Misrahi Edition: Autrement

 

La joie d’amour. Pour une érotique du bonheur aurait pu aussi s’intituler « L’anti métaphysique de l’amour » car à l’encontre de Schopenhauer qui assimilait l’amour à l’instinct sexuel afin de confirmer son pessimisme, influençant ainsi la littérature réaliste du XIX° siècle et suggérant à Freud la théorie de l’inconscient pour comprendre les névroses, Robert Misrahi veut montrer qu’il y a « un lien intrinsèque entre (sa) conception du bonheur et (sa) conception de l’amour ».

Après une introduction et un premier chapitre susceptibles de dérouter le lecteur peu familier du genre (définition des termes, problématisation, détour par l’analyse du devoir moral), la patience est récompensée par des pages de plus en plus captivantes au fur et à mesure que sont déroulés les fils de l’amour réel dans la vie quotidienne, puis dans la littérature et enfin dans la vie de ceux qui en font le sens de toute leur existence. Passée la deuxième moitié, le lecteur devient très curieux de connaître la solution que le philosophe va proposer à la question initiale : vivre durablement un amour heureux est-il possible ? Les références littéraires détaillées, la mise en scène des exemples à travers des personnages, l’appel à des termes du quotidien pour synonymes de termes spécifiques, concilient rigueur philosophique et souci d’être compris des non-spécialistes.

Le Déclin, David Engels

Ecrit par David Campisi , le Lundi, 15 Septembre 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Toucan, Histoire

Le Déclin, La crise de l’union européenne et la chute de la République romaine, Analogies historiques, 380 p. 20 € . Ecrivain(s): David Engels Edition: Toucan

Imaginez un guerrier en pleine bataille ; son bouclier est lézardé de fissures et il en est dès lors affaibli. Ces lézardes, qui peuvent lui être fatales, sont des crises économiques, sociales ou politiques.

Mais il y a pire qu’un bouclier sur le point de céder : le guerrier n’a plus de visage et ne sait pas quel est son camp. Cette identité, perdue ou reniée, est au cœur des propos de David Engels.

L’historien dresse un parallèle captivant dans une époque où nous ne cessons de croire en d’inédites situations, et où chaque génération s’imagine saisie d’une mission particulière car elle se sait unique ; chaque génération attend son tour, porte sur elle le poids du monde et cherche à en trouver toutes les solutions et à en éprouver tous les défis.

L’ambition de l’historien est ici de nous mettre en face de notre histoire commune, nous, citoyens de l’Europe. Et l’histoire est un prétexte, en réalité, car lumière est faite sur de nombreux domaines – baisse de la natalité, montée de l’individualisme, déficit démocratique, mondialisation, technocratie, d’autres encore – et l’analogie peut être considérée comme encyclopédique. David Engels tire à boulets blancs sur tout et sur tout le monde. Il abat des cloisons et dessine un ensemble de mécanismes communs entre la chute de la République romaine et l’état actuel de la construction européenne.

Mourir de penser, Pascal Quignard

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 11 Septembre 2014. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset, La rentrée littéraire

Mourir de penser (Dernier Royaume IX) 10 Septembre 2014. 222 p. 18 € . Ecrivain(s): Pascal Quignard Edition: Grasset

 

Pascal Quignard nous convoque à son neuvième rendez-vous du Dernier Royaume. Moment de recul, de réflexion, d’étrangeté dans le paysage littéraire – ô combien par les temps qui courent ! – moment de penser, de mourir un peu. Quignard tisse son œuvre, à l’écart des modes, à l’écart des courants, à l’écart du temps. Sa préoccupation n’est pas inscrite dans l’événement, elle est à jamais insérée dans la condition des humains, dans sa singularité irréductible.

Nous l’avons déjà écrit ici, l’entreprise de Pascal Quignard se situe dans une tradition antique, gréco-romaine : celle du monologue philosophique. Héraclite, Marc-Aurèle en sont deux belles figures tutélaires. Le grand autre de Quignard – si tant est qu’il en faille un – est Montaigne bien sûr dans cette manière unique de philosopher : en murmurant, à mi-voix, sans asséner de grandes vérités à son de trompe. Se regarder vivre au sein des frères humains et commenter au fil de la pensée. Il y a chez Quignard le phrasé, la structure de pensée de Montaigne. Et il y a aussi ses vertus personnelles : modestie, obsession de la vérité, amour de la culture antique et universelle.