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Essais

Les Essais, Michel de Montaigne en la Pléiade

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 19 Novembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Pléiade Gallimard

Les Essais (édition de 1595), textes établis par Jean Balsamo, Michel Magnien et Catherine Magnien-Simonin, édition des Notes de lecture et des Sentences peintes, établie par Alain Legros, XCIX-1975 pages, 79 € . Ecrivain(s): Michel de Montaigne Edition: La Pléiade Gallimard

 

Il s’agit, de par son appareil critique, extrêmement riche, de par les notes de bas de page qui font se lever le soleil de l’intelligibilité sur les points du texte que le passage du temps a recouverts d’ombre, et, subsidiairement, de par la reproduction des sentences peintes et autres inscriptions de la bibliothèque de Montaigne, de la meilleure édition des Essais.

Montaigne, ce classique ?

Que nenni. Montaigne est notre contemporain capital.

Il s’épelle. C’est-à-dire qu’il épelle « ce grand corps, que nous appelons le monde », avec son cœur, sa pensée, ses forces mais aussi ses faiblesses, son assurance et son doute.

Et nous renvoie à notre corps. À notre présent du corps.

Nous incitant à le forger – ce présent.

Petit éloge du désir, Belinda Cannone

, le Samedi, 16 Novembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Petit éloge du désir, septembre 2013, 164 pages, 2 € . Ecrivain(s): Belinda Cannone Edition: Folio (Gallimard)

 

Dans L’Education sentimentale, Gustave Flaubert disait que « les désirs sont souvent ce qu’une vie a eu de meilleur ». A lire le dernier essai de Belinda Cannone, on ne saurait lui donner tort. Petit éloge du désir est en quelque sorte le prolongement charnel et sensuel de L’écriture du désir (2000), qui entrelaçait « la narration du désir qui meut l’écrivain à des réflexions sur le désir érotique dont il a parfois à écrire » (1). Voyage au bout du désir, embarquement immédiat.

L’auteure met ses talents de romancière au service de ses compétences d’essayiste pour écrire, transcrire et traduire un désir, défini d’une part comme « l’appétit qui gît en soi, nous disposant à la rencontre intime d’un autre corps, mouvement vital, premier – énergie pure » et d’autre part comme ce qui « représente le mouvement qui fait distinguer et élire, et qui partant de soi se dirige vers un autre choisi pour lui-même, pour ce qu’il est d’autre, différent de soi et de quiconque, et désiré, c’est-à-dire animé pour son altérité même » (p.15).

Le charme des penseurs tristes, Frédéric Schiffter

Ecrit par Arnaud Genon , le Vendredi, 15 Novembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Flammarion

Le charme des penseurs tristes, août 2013, 165 pages, 17 € . Ecrivain(s): Frédéric Schiffter Edition: Flammarion

 

Triste drille

Le bonheur, nous disent les philosophes antiques, est le souverain bien, le but ultime de nos actions. La joie, selon les uns, en est un degré inférieur ou, selon les autres, constitue une forme d’existence supérieure au bonheur. En conséquence de quoi, la mélancolie, qui s’y oppose, s’en trouve généralement dépréciée. Cependant, la mélancolie mène à l’art, elle est considérée pour beaucoup – pensons à Proust – comme « la mère des muses » et le mélancolique, qui se caractérise par « un ralentissement de son être », a le pouvoir de mettre la réalité à distance, ce que ne peut le joyeux « dont la conscience s’oublie dans le présent ». Si les livres des penseurs tristes n’offrent « aucune consolation ou espérance », exercent-ils tout au moins un pouvoir de séduction, un véritable charme capable d’aérer notre esprit « en en chassant le Sérieux ». Car contrairement à ce que nous fait croire la doxa, « les penseurs tristes […] ne sont pas pour autant des penseurs de la tristesse [et] nous rendent le sourire ». Et c’est sur dix d’entre eux que Frédéric Schiffter se penche dans le présent essai, de Socrate à Roland Jaccard, figures qui « forment une aristocratie transhistorique de l’ennui – montrant par là l’éternité de la maladie du temps ».

L’Orient mystérieux et autres fadaises, François Reynaert

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 12 Novembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Fayard, Histoire

L’Orient mystérieux et autres fadaises, octobre 2013, 430 pages, 23 € . Ecrivain(s): François Reynaert Edition: Fayard

 

Ottoman en emporte le vent

(ou Asie mineure et fa dièse)

 

François Reynaert doit aimer les fadaises. Il nous avait déjà enchantés avec Nos ancêtres les Gaulois et autres fadaises, le voilà qui réitère avec ce nouvel opus.

Résumer 2500 ans d’histoire en 400 pages n’est pas une mince affaire mais il possède l’art de simplifier ce qui paraît complexe. Il montre comment l’empire arabe connut son apogée et comment il déclina parce que l’islam, après avoir montré une grande ouverture d’esprit à l’égard des autres cultures, se sclérosa et se replia sur lui-même, notamment sous l’action néfaste de religieux tatillons qui, par exemple, mirent 200 ans pour accepter l’invention de l’imprimerie.

Le petit château de Diderot, Roger Bruyeron

Ecrit par Alhama Garcia , le Jeudi, 07 Novembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Hermann

Le petit château de Diderot, Entretien d’un philosophe avec son ombre, juillet 2013, 18 € . Ecrivain(s): Roger Bruyeron Edition: Hermann

 

On croit connaître les grandes lignes de l’épopée intellectuelle de l’Encyclopédie, l’extraordinaire impact sur les courants de pensée, le rôle moteur des philosophes qui, sur deux longues décennies, interrompues par les abandons, la censure royale, ont osé s’y impliquer ; l’originalité dans son approche des techniques, son importance accordée à l’image… mais la richesse des thèmes abordés est inépuisable du fait même des changements de perspective que notre regard critique, évoluant par définition, suscite. Et le travail de fond sur un seul article, avec toutes les passerelles possibles, est une méthode certainement efficace.

Un simple article comme celui de Jouissance, qui aurait été mal ou non lu il y a cinquante ans prend avec les changements sociétaux des significations différentes. C’est la richesse de ces textes qui, les générations passant, se font littéralement re-lire, qui découvrent leur propre capacité à susciter l’émotion et la réflexion dans la nouvelle approche qu’en fait une société autre. Car ne nous trompons pas : les mœurs passées nous sont opaques, et nous aurions sans doute autant de mal à jouer les chrononautes sous Louis XV que du temps de Tibère.