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Essais

Malraux & Picasso, une relation manquée, Raphaël Aubert

Ecrit par Frédéric Aribit , le Lundi, 09 Décembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie

Malraux & Picasso, une relation manquée, Infolio, Collection Archigraphy Poche, 2013, 9 € . Ecrivain(s): Raphaël Aubert

 

L’histoire des arts fourmille de « relations manquées », à l’instar de celle, plus générale, de tous les hommes qui se cherchent et ne se trouvent finalement pas quand tant d’étincelles auraient pu crépiter entre eux. Et l’on se demandera encore longtemps ce que certains auraient pu se dire s’ils avaient seulement pu ou su se parler. Celle que Raphaël Aubert radiographie n’est pas, parmi de nombreuses autres au XXe siècle, la moins intéressante en termes de ratage. Car il faut attendre la mort de Picasso pour que Malraux en vienne enfin à mesurer l’ampleur d’un peintre qu’il a à peine côtoyé et longtemps ignoré. Dès l’introduction de son livre, Raphaël Aubert énonce clairement ce qui fait obstacle entre eux deux : d’une part, sur le plan esthétique, le relatif « conservatisme » de Malraux qui délaisse des pans entiers de la modernité picturale et plastique au nom du seul Georges Braque ; d’autre part, sur le plan politique, une fois l’ennemi commun du nazisme abattu, l’aveuglement communiste de Picasso, qui achoppe sur l’orientation gaullienne de Malraux, farouchement opposé à Staline.

Matière première, Raphaël Enthoven

Ecrit par David Campisi , le Mercredi, 04 Décembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard

Matière première, février 2013, 143 pages, 14,90 € . Ecrivain(s): Raphaël Enthoven Edition: Gallimard

 

Halte aux lourds concepts que nul ne comprend. La philosophie n’est pas réservée aux normaliens agrégés, aux écoles de pensée, aux professeurs qui cogitent et réfléchissent sur rien dans un sombre bureau sans jamais sortir de leur office, tel un Kant qui passa sa vie à ne rien achever, à créer, manier, manipuler puis diffuser des concepts déconnectés de la réalité, impossibles à comprendre pour qui n’est pas expert. La philosophie est démocratie, la philosophie n’est pas la tête mais le corps. Raphaël Enthoven incarne ici les grands philosophes de l’antiquité, ceux qui ne philosophaient pas dans un amphithéâtre comble mais qui proposaient leurs idées sur la place publique, là où tous pouvaient les écouter et les comprendre : les pêcheurs, les menuisiers, les badauds, riches et pauvres.

Il n’y a pas des sujets qui seraient aptes à la philosophie – l’être, le néant, l’univers, la mort, la vie, l’existence, l’amour – et des sujets qui ne le seraient pas. Tout est prétexte à philosophie : il existe un traitement philosophique de tous les sujets possibles, disait Nietzsche. Le football, le GPS, la carte de fidélité, l’iPhone, les capsules Nespresso, Lady Gaga.

Journal d’un écrivain en pyjama, Dany Laferrière

, le Mardi, 26 Novembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Grasset

Journal d’un écrivain en pyjama, septembre 2013, 320 pages, 19 € . Ecrivain(s): Dany Laferrière Edition: Grasset

 

 

Les essais sur l’acte d’écriture donnent souvent l’idée de l’aboutissement de toute une carrière littéraire qui vient offrir un regard en surplomb sur toutes les astuces déployées au fil des ans. Avec près de trente ans de métier derrière lui, on peut dire que Dany Laferrière a de la bouteille mais, paradoxe des paradoxes, son travail d’écriture n’en est pas plus facilité :

« Aujourd’hui il me faut travailler durant des heures pour retrouver cette grâce qui donnait l’impression que les images surgissaient au bout de sa tige. […] je ne sais pour quelle raison, je cherche à retrouver toujours cette spontanéité du début. L’écriture est une étrange passion dont il faut retarder le plus longtemps l’explosion si on ne veut pas se retrouver, plus tard, avec un goût de cendre dans la bouche – rien de plus terrible qu’un écrivain qui a terminé son œuvre trop longtemps avant sa mort » (p.25).

Nowhere to run, Gerri Hirshey

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 25 Novembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Rivages

Nowhere to run, Etoiles de la soul music et du Rythm & Blues, trad. (USA) Nicolas Guichard septembre 2013, 478 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): Gerri Hirshey Edition: Rivages

 

C’est en 1984 que Gerri Hirshey publie ce livre et c’est en 2013 que les Editions Payot Rivages proposent cette traduction de Nicolas Guichard. Comme le sous-titre l’indique, Nowhere to run est une histoire de la soul music, du rythm & blues depuis ses origines jusqu’aux constellations que cette musique a engendrées.

Le titre tout d’abord. Nowhere to run est le titre d’une chanson que Martha Reeves interprétait en 1965 avec les Vandellas, chanson dans laquelle elle disait  l’emprise de cette musique « dont on ne peut plus se passer, on est tombé amoureux de cette musique, on ne peut la soumettre, mais on ne peut l’abandonner. » Ceci est vrai des musiciens les plus connus comme de ceux qui ont eu une carrière plus modeste.

Comment expliquer une telle emprise ? Deux réponses sont données par l’auteur ; les origines, les racines de cette musique et pour les musiciens le sentiment d’imprimer (de graver) une phase importante voire essentielle de la musique nord américaine et mondiale.

Les Essais, Michel de Montaigne en la Pléiade

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mardi, 19 Novembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Pléiade Gallimard

Les Essais (édition de 1595), textes établis par Jean Balsamo, Michel Magnien et Catherine Magnien-Simonin, édition des Notes de lecture et des Sentences peintes, établie par Alain Legros, XCIX-1975 pages, 79 € . Ecrivain(s): Michel de Montaigne Edition: La Pléiade Gallimard

 

Il s’agit, de par son appareil critique, extrêmement riche, de par les notes de bas de page qui font se lever le soleil de l’intelligibilité sur les points du texte que le passage du temps a recouverts d’ombre, et, subsidiairement, de par la reproduction des sentences peintes et autres inscriptions de la bibliothèque de Montaigne, de la meilleure édition des Essais.

Montaigne, ce classique ?

Que nenni. Montaigne est notre contemporain capital.

Il s’épelle. C’est-à-dire qu’il épelle « ce grand corps, que nous appelons le monde », avec son cœur, sa pensée, ses forces mais aussi ses faiblesses, son assurance et son doute.

Et nous renvoie à notre corps. À notre présent du corps.

Nous incitant à le forger – ce présent.