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Essais

N'en faites pas une histoire, Raymond Carver

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 14 Février 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Poésie, Nouvelles, L'Olivier (Seuil)

N’en faites pas une histoire (No heroics, please, 1991) trad (USA) François Lasquin (2012) 294 p. 15 € . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: L'Olivier (Seuil)

 

Nous avons droit dans ce 8ème opus des œuvres complètes de Raymond Carver chez l’Olivier, à des miscellanées. Un bric-à-brac littéraire étincelant, celui de l’artisan de l’écriture le plus doué de sa génération. Des nouvelles de jeunesse, stupéfiantes déjà de maîtrise narrative et qui laissent présager clairement l’économie des futures grandes nouvelles : minimalisme des moyens mis en œuvre, langue épurée et faite des mots les plus simples et les plus justes, la traque obsessionnelle de la réalité la plus banale :

 

« Il se rase. En tournant la tête, il peut voir ce qui se passe dans le séjour. Iris, de profil, assise sur le tabouret, devant la vieille coiffeuse. Il pose le rasoir, se rince le visage. Ensuite, sa main se referme à nouveau sur le manche du rasoir, et au même instant il entend les premières gouttes de pluie sur le toit … » (In « Furieuses saisons »)

Petite Poucette, Michel Serres

Ecrit par Didier Bazy , le Lundi, 11 Février 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Le Pommier éditions

Petite Poucette, 2012, 84 pages, 9,50 € . Ecrivain(s): Michel Serres Edition: Le Pommier éditions

 

La véritable autorité est celle qui grandit l’autre.

Le mot « auteur » dérive de cette autorité-là.

Et si mon livre est bon, il vous augmente.

Un bon auteur augmente son lecteur.

Michel Serres

 

D’une couverture et d’un clin d’œil à Michel Ange.

Au plafond de la Sixtine, on suppose Dieu situé un peu plus haut qu’Adam.

Déjà, le doigt joue son rôle.

La Comtesse de Ségur ... et nous !, Collectif

Ecrit par Christian Massé , le Vendredi, 08 Février 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

La Comtesse de Ségur… et nous ! Ouvrage collectif, Editions Le Jardin d’Essai, 2012, 175 p. 18 €

 

Qui se souvient d’avoir lu ou d’avoir eu à lire un roman de la Comtesse de Ségur ? La réponse est imprécise, comme le sont parfois certaines couleurs, bleue, grise ou rose.

Pourtant, ce nom-là a en chacun de nous une résonnance familière. La raison en est simple : à l’école primaire, tout petit, le maître ou la maîtresse nous a fait connaître Les malheurs de Sophie, Les mémoires d’un âne, etc.

Depuis, bien des auteurs/res et des livres sont passés sous le pont de nos rivières assoiffées de lectures… Mais il suffit de relire l’un des innombrables titres de la Comtesse pour ressentir ce que Marcel Proust éprouva et développa avec sa petite madeleine trempée dans une tasse de thé : Les petites filles modèles, Pauvre Blaise, La sœur de Gribouille…

Il ne faut pas se raconter d’histoire. Née en Russie en 1799, Sophie Rostopchine, dite Comtesse de Ségur, s’est révélée une romancière digne d’être considérée comme une écrivaine française ayant donné aux femmes leurs premières vraies lettres de noblesse. Sans aucun doute, elle a influencé Colette (et ses Claudine…), George Sand (Contes d’une grande mère…), Marguerite Yourcenar (Souvenirs pieux). Elle est décédée à Paris en 1874.

Les feux, Raymond Carver

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 31 Janvier 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Nouvelles, L'Olivier (Seuil)

Les feux, (Fires 1983) trad. (USA) François Lasquin, 2012. 213 p. 14 € . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: L'Olivier (Seuil)

 

 

« Les feux » constitue le 7ème opus des œuvres complètes de Raymond Carver dans leur nouvelle traduction aux éditions de l’Olivier.

C’est un volume éblouissant. Non seulement le grand Carver nous offre quatre nouvelles sublimes mais il nous livre, et c’est bien plus rare, des poèmes magistraux et des textes de réflexion sur l’art du nouvelliste, sur son rapport à l’acte même de création de la nouvelle.

Quand Raymond Carver écrit, l’écriture n’a même plus d’existence tant elle laisse place à l’évidence de la vie. L’art de la nouvelle, qu’il a élevé au plus haut niveau de la littérature américaine, au plus haut niveau de la littérature tout court, ne peut s’accommoder de la moindre défaillance. La brièveté, la densité l’interdisent. Et l’écriture est pour lui un outil au service du réel, qui traque la réalité dans ses moindres recoins, les plus secrets comme les plus exposés.

Pourquoi je hais l'indifférence, Antonio Gramsci

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 10 Janvier 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Italie, Rivages poche

Pourquoi je hais l’indifférence, traduit de l’italien, préfacé et annoté par Martin Rueff, 2012, 205 p. 8,65 € . Ecrivain(s): Antonio Gramsci Edition: Rivages poche

 

Lire Gramsci est naturellement un moment important pour la compréhension de l’histoire de la pensée au XXème siècle, de l’histoire du mouvement social et du communisme européen. Et pourtant le bonheur que procure la lecture de ce livre particulier n’a pas grand-chose à voir avec cela. On y trouve rassemblés des textes divers, portant sur les sujets de prédilection d’Antonio Gramsci : les valeurs humaines, la fonction de la culture, les vertus de l’homme privé, la grandeur des humbles. On y trouve surtout une écriture stupéfiante comparée aux grands textes du genre : à la fois très belle et totalement décalée par rapport aux « écrits politiques ». Loin de Lénine, de Mao, du Che, la petite chanson d’Antonio Gramsci fait entendre sa différence radicale.

Point de leçon de socialisme, point de credo révolutionnaire, point de méthode de prise de pouvoir ni de dictature du prolétariat ! Non. Des textes qui parlent de l’amour des hommes et le cœur de Gramsci se confond magnifiquement avec son intelligence. Gramsci aime le genre humain, authentiquement, pas comme « masse » de manœuvre. Il aime les hommes, les femmes du peuple un par un, dans leurs qualités personnelles, leur dévouement, leur labeur, leur humilité. Il aime la morale individuelle, la capacité des humbles à s’entraider, à se soutenir dans la misère, malgré la misère.