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Essais

Molière dramaturge libertin, Antony McKenna

Ecrit par Eddie Breuil , le Samedi, 21 Septembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Molière dramaturge libertin, Éditions Honoré Champion, 2005, 254 pages + illustrations, 8 € . Ecrivain(s): Antony McKenna

 

Dans une Histoire idéale de la critique littéraire, l’ouvrage Molière dramaturge libertin d’Antony McKenna aurait été appelé à représenter un moment clef, puisqu’il constitue la mise en pratique d’une conception critique particulière, qui s’oppose à celle dominante. Malheureusement, l’ouvrage est passé relativement sous silence, ce qui traduit davantage un désintérêt relatif pour les débats littéraires et sur la façon dont le texte littéraire doit être abordé.

Il semble que deux grandes approches du texte littéraire s’opposent :

– Une attitude affabulatrice, visant à ne considérer que le texte et à produire diverses interprétations à partir de lui.

– Une attitude plus scientifique visant à vérifier une interprétation possible d’un texte, à partir du texte lui-même. Le texte n’est donc plus un prétexte dans lequel on va essayer de trouver les éléments de sa lecture, mais au contraire il est un élément visant à vérifier des hypothèses formulées, et souvent à les infirmer.

Albert Camus, fils d’Alger, Alain Vircondelet

Ecrit par David Campisi , le Lundi, 16 Septembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Fayard

Albert Camus, fils d’Alger, 2013, 456 pages, 10 € . Ecrivain(s): Alain Vircondelet Edition: Fayard

 

Qui était Albert Camus avant de devenir Albert Camus ? A quoi ressemblait le petit gosse des ruelles algéroises lorsqu’il n’était qu’un enfant ? Où vivait-il ? Quelle était sa vie ?

Tant de questions auxquelles Alain Vircondelet tente d’apporter des réponses par le prisme de la terre, le prisme du sol et du soleil. Lui qui vient d’Alger à l’instar de Camus, c’est par le ciel et la « chaleur énorme » qu’il va nous proposer une lecture de la vie d’Albert Camus, écrivain et philosophe, comédien et journaliste. Lui qui a grandi dans les mêmes rues, fréquenté les mêmes écoles et les mêmes plages, éprouvé le même soleil et caressé les mêmes absinthes, c’est une proposition très « littéraire » de la vie de Camus qui nous est fournie dans cette biographie qui, sans les nier toutefois, met de côté les grandes œuvres littéraires et philosophiques de Camus pour rester focalisé sur les terres où il a grandi.

Alain Vircondelet, usant d’une sémantique très proche des œuvres camusiennes, va peu à peu s’effacer dans le récit pour faire parler Camus, et c’est parfois le grand écrivain que nous lisons entre les mots dans deux styles très proches qui s’enlacent et se confondent. Le récit est presque un hommage au style, une tentative d’imitation réussie et troublante.

La grande étrangère. A propos de littérature, Michel Foucault

, le Samedi, 14 Septembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres

La grande étrangère. A propos de littérature, EHESS, 2013, 224 pages, 9,80 € . Ecrivain(s): Michel Foucault

 

Il est des petites astuces éditoriales qui permettent de ravir les écrivains au repos éternel et de les faire parler d’outre-tombe. L’une d’entre elles, un grand classique, consiste à publier un manuscrit inédit à titre posthume pour donner suite aux instructions de l’auteur. C’est par exemple le cas de J. D. Salinger, auteur notamment de l’excellent Bildungsroman The Catcher in the Rye (1951), qui souhaiterait que cinq de ses manuscrits paraissent à compter de 2015. On peut aussi trouver un nègre officiel qui prolongera l’œuvre du maître, à l’image du nouveau père de James Bond qui publia Devil May Care (2008) avec en couverture la mention suivante : « Sebastian Faulks writing as Ian Fleming ». Il faudra bien qu’on m’explique cela un jour car, comme a coutume de dire une célèbre productrice du PAF, « je n’ai rien compris ». De même qu’il existe des galeries d’art pour exposer sans vergogne les « trésors cachés » des grands peintres – des croquis exécutés à la hâte, des ébauches d’œuvres, voire des gribouillages –, de même qu’il existe des éditeurs sans scrupules qui n’hésitent pas à aller à l’encontre des dernières volontés de grands pontes de la littérature afin de publier en l’état leurs œuvres inachevées, à l’occasion d’un centenaire par exemple.

Feuilles de Ruth, Israël et son prochain, Salah Guemriche

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 14 Septembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Maghreb

Feuilles de Ruth, Israël et son prochain, Amazon (format Kindle, téléchargeable sur PC, 634 KB), juillet 2013, 252 pages, 6,06 € . Ecrivain(s): Salah Guemriche

Dans Feuilles de Ruth, son dernier essai, Salah Guemriche, écrivain algérien et « laïc impénitent », s’attaque à un sujet très lourd avec l’honnêteté et l’humilité, l’exigence et l’impudence d’un esprit libre passant outre à cette « irréductible exception juive au nom de laquelle on dénie à un intellectuel arabe le droit de porter la moindre critique sur Israël ». Il tente ainsi « l’impossible dialogue », auquel renvoie ce titre évoquant le plan de paix élaboré en 2003 pour le règlement du conflit Israélo-Palestinien, dans un ouvrage dont la seule ambition est d’améliorer la compréhension de ces rapports conflictuels entre juifs et non-juifs en s’approchant d’une vérité depuis longtemps faussée et d’une grande complexité.

Feuilles de Ruth est parti de la prise de conscience de l’auteur de l’évolution de cet « antisémitisme bon enfant » qui régnait autrefois en Algérie vers un « antisémitisme militant » lié à « l’antisionisme » à partir de la guerre des six jours de 1967, considérablement réactivé avec la terreur des années 1990. Il réalisa combien l’antisionisme sert désormais de couverture au judéophobe et il pensa qu’il était temps de « mettre à plat les fondements et les séquelles de cette pathologie millénaire qui travaille l’être arabe » (ou arabo-musulman), et de dénouer par la même occasion les rapports schizophréniques du Juif lui-même à l’antisémitisme et son « chantage à l’antisémitisme » tout aussi inacceptable.

Littératures francophones et théorie postcoloniale, Jean-Marc Moura

, le Vendredi, 06 Septembre 2013. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres

Littératures francophones et théorie postcoloniale, PUF, 2013 (2e édition), 222 pages, 16 € . Ecrivain(s): Jean-Marc Moura

 

 

Les analyses comparatistes, qui empruntent au champ pluridisciplinaire des études culturelles (Cultural Studies), ont souvent le mérite de proposer – si l’on me permet de détourner cette expression de Salman Rushdie – une « vision stéréoscopique » de la littérature qui se donne pour but de montrer, et ses surfaces polies, et ses aspérités.

Chose curieuse, les études culturelles ont fini par assimiler la théorie postcoloniale qui s’est développée plus rapidement dans le monde anglo-saxon qu’en France où elle n’a eu qu’un impact très limité. Elle prit d’abord son essor en Grande-Bretagne puis aux Etats-Unis pour s’incarner ensuite dans le premier ouvrage de synthèse de référence sur la question sous la plume de trois universitaires australiens : B. Ashcroft, G. Griffiths & H. Tiffin, The Empire Writes Back : Theory and Practice in Post-Colonial Literatures (London/New York : Routledge, 1989).