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Essais

Le rhinocéros d'or, François-Xavier Fauvelle-Aymar

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 11 Mai 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Alma Editeur

Le rhinocéros d’or. Histoires du Moyen Âge africain, février 2013, 319 p. 26 € . Ecrivain(s): François-Xavier Fauvelle-Aymar Edition: Alma Editeur

 

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles.

Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès.

Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin ».

Au-dessus de la mêlée, Romain Rolland

Ecrit par Stéphane Bret , le Samedi, 11 Mai 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Petite bibliothèque Payot

Au-dessus de la mêlée, 215 pages, 8,15 € . Ecrivain(s): Romain Rolland Edition: Petite bibliothèque Payot

 

Qui est Romain Rolland ? Un écrivain du début de ce vingtième siècle, auteur de nombreuses biographies, ami de Charles Péguy et de Stefan Zweig. Il était aussi, pour notre plus grand bonheur, un pacifiste acharné, et un amoureux de la civilisation. Dans cet ouvrage intitulé Au-dessus de la mêlée, titre de l’un des articles et manifestes parus durant les années 1914 et 1915 dans la presse suisse, Romain Rolland nous invite à accomplir des démarches périlleuses, à emprunter des voies difficiles et étroites. Que nous dit ce polémiste, au bon sens du terme ? Qu’une guerre, loin d’être la résurrection appelée de leurs vœux par tous les bellicistes, est un désastre pour tous les belligérants : Romain Rolland se fait l’écho de la prise de position de Stefan Zweig : « Le désastre de la France serait aussi un désastre pour les penseurs libres d’Allemagne ».

Cette volonté de se situer, dès les débuts de la Grande Guerre, au-dessus de la mêlée, incite Romain Rolland à la formulation de diagnostics précurseurs à plus d’un titre : ainsi, le nationalisme exacerbé est-il stigmatisé quelle que soit son origine, sa justification ultime : « Chaque peuple a, plus ou moins son impérialisme (…) Il est la pieuvre qui suce le meilleur sang de l’Europe. Contre lui, reprenons, hommes libres de tous les pays, dès que la guerre sera finie, la devise de Voltaire : Ecrasons l’infâme ! »

Qu'est-ce qu'un peuple ?, Collectif

Ecrit par Johann Lefebvre , le Mercredi, 01 Mai 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Qu’est-ce qu’un peuple ?, Alain Badiou, Pierre Bourdieu, Judith Butler, Georges Didi-Huberman, Sadri Khiari, Jacques Rancière, La Fabrique Editions, 15 mars 2013, 124 pages, 12 €

 

La question, titre de cet ouvrage collectif, amène à considérer l’immense champ sémantique du mot peuple, et donc à pointer la difficulté d’en cerner la réalité polyvalente, que celle-ci soit abordée par la linguistique, l’histoire, la philologie, la philosophie, la sociologie, ou la politique. Les auteurs ici se rejoignent sur l’idée d’un peuple qui n’existerait pas, idée que Pierre Rosanvallon avait fondée en son concept de « peuple introuvable », le peuple étant généralement une construction élaborée par le discours dominant pour désigner une entité paradoxalement séparée, entité que le « peuple » lui-même a de grandes difficultés à identifier.

Alain Badiou nous invite, en vingt-quatre notes, à penser la qualification du mot peuple quand il est accompagné d’un adjectif qui sert une identification politique ou morale destinée soit à flouter l’être du peuple, soit à le catégoriser négativement : « une masse passive que l’Etat configure ». Aussi, le peuple ne peut se saisir de son sens, j’allais dire prendre chair, qu’à la condition d’une abolition de l’Etat existant, accédant ainsi, en qualité de catégorie politique, à une existence historique.

Cortés et son double, Christian Duverger

Ecrit par Vincent Robin , le Vendredi, 26 Avril 2013. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres, Biographie, Seuil

Cortés et son double, janvier 2013, 320 pages, 21 € . Ecrivain(s): Christian Duverger Edition: Seuil

 

 

« Et moi, je m’inscris à la suite de ce petit nombre de soldats dont je fais ici mémoire » (1).

L’Espagnol s’exprimant ainsi se proclamait le rapporteur-témoin de trois années de conquête du Mexique poursuivies aux côtés de Cortés vers 1520. Rédigé environ quarante années après ces événements, sous le titre Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, cet instructif et emblématique récit des épisodes coloniaux en Amérique centrale s’agrégea sans tarder au nom de celui qui l’avait paraphé : Bernal Diaz del Castillo. D’autres, qui étudièrent ultérieurement (au XIXe siècle) ces relations de guerre avaient confirmé ladite paternité d’écriture. Dans son Cortès et son double, l’historien, méso-américaniste de renom, Christian Duverger, se penche pourtant aujourd’hui avec une suspicion sévère et minutieuse sur la provenance réelle de ces écrits, assurément toujours considérés comme joyaux de la littérature espagnole, mais dont l’auteur n’aurait pas été, selon lui, celui que cette signature désigna trompeusement.

Aurais-je été résistant ou bourreau ? Pierre Bayard

Ecrit par Arnaud Genon , le Mercredi, 24 Avril 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Aurais-je été résistant ou bourreau ?, 2013, 158 pages, 15 € . Ecrivain(s): Pierre Bayard Edition: Les éditions de Minuit

Le champ des possibles


Pendant longtemps, on a fait des bourreaux de véritables monstres, c’est-à-dire des personnes « hors-normes » n’ayant aucun rapport avec les hommes et femmes « normaux » que nous prétendons être. On a dit d’eux qu’ils étaient des « malades », des « fous »… Il y avait dans cette attitude une commodité hypocrite qui permettait à chacun d’entre nous de se distancier, de se rassurer et par là de ne pas interroger la réelle nature du mal.

Robert Merle, dans La Mort est mon métier (1972), et plus récemment Jonathan Littell dans Les Bienveillantes (2006), ont révélé par l’écriture romanesque ce qui amenait un homme – et non pas un monstre, ou alors un monstre a posteriori – à commettre des actes monstrueux. Dans le présent essai, Pierre Bayard va encore plus loin. Il ne s’agit plus de tenter de mettre à jour, par le roman, ce qui conduit à l’innommable mais de se projeter soi-même par l’intermédiaire d’une fiction théorique durant la Seconde Guerre mondiale afin de savoir de quel côté l’auteur se serait trouvé en de pareilles circonstances : résistant ou bourreau ? Héros ou criminel ? Et s’interrogeant, il nous interroge…