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Essais

La Perruque de Newton, Jean-Pierre Luminet

Ecrit par Didier Bazy , le Mercredi, 27 Juillet 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Biographie, Editions, Jean-Claude Lattès

La Perruque de Newton, 2010, 354 p, 20 €. . Ecrivain(s): Jean-Pierre Luminet Edition: Jean-Claude Lattès

Pourquoi Newton devrait-il clore la magistrale série : « Les Bâtisseurs du Ciel » ? La vie des grands astronomes se poursuit bien : Messier, Herschel, Laplace, Einstein, Hubble...Oui, mais « Newton savait bien, au fond de lui-même, que la recherche de la vérité ne serait plus l'affaire de quelques initiés, mais de l'humanité toute entière. » Affaire de travail d'équipes oui. Incidences sur l'humanité aussi. Avec Copernic, les visions du monde vont basculer. Aujourd'hui, un enfant sait bien qu'il est perdu, particule, dans l'univers.

De Newton, on connaissait la pomme. Voici donc la perruque. De Newton, on savait la loi de l'attraction universelle (ou loi du carré inverse). Mais savait-on qu'Isaac, qui vécut 85 ans, « perdit » ou « gagna » beaucoup de temps à l'alchimie et aux pratiques ésotériques ?

JP Luminet montre les liens vitaux tissés entre activité rationnelle et souci soi-disant irrationnel. Une vie. Les vies, et non les biographies, recèlent des trésors de lumière et des ressorts très sombres, cocasses, comiques ou pathétiques. A fortiori les grands découvreurs. Chez eux, les contraires exultent. Les génies ont souvent des vies hors du commun (ce qui n'est pas du tout le critère du génie qui, justement, n'a pas de critères).

Jean Genet, Rituels de l'exhibition, Bernard Alazet et Marc Dambre (dir.)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 19 Juin 2011. , dans Essais, Les Livres, Livres décortiqués, La Une Livres

Jean Genet. Rituels de l’exhibition, Editions Universitaires de Dijon, 2009, 166p. . Ecrivain(s): Bernard Alazet et Marc Dambre

Issu du colloque organisé à l’Université de Paris 3 en 2007, ce recueil d’articles interroge les divers aspects de l’œuvre de Genet à travers le spectacle de l’exhibition et de son envers, les coutures qu’affiche le texte et ses creux, ses absences et ses cérémonies. Les lectures philosophiques et dévoratrices de Genet n’y prennent point le pas sur de véritables études de l’œuvre et de l’écriture en particulier.

Mairéad Hanrahan dans « L’exhibition du vide : la blessure indicible à l’origine de l’art » s’attache à mettre au jour le traumatisme originel « à la source de l’impulsion créatrice » en se référant aux théories des psychanalystes Nicolas Abraham et Maria Torok. Genet signale cette blessure au sujet de Rembrandt, de Giacometti et du Funambule. C’est elle qui doit « illuminer » (1) l’œuvre d’art, c’est du vide que doit « [s’arracher] une apparence qui montre le vide » (2). Poursuivant l’analyse de Derrida dans Glas, Mairéad Hanrahan explique que « tous les mots viennent à la place de la blessure originaire à laquelle ils renvoient sans parvenir à la dire – et sans s’y réduire ». L’œuvre de Genet ne cesse de dévoiler trous, déchirures par des effets de transparence, dans ce que Patrice Bougon appelle une « structure en palimpseste » (3) et l’auteure une « structure en éclipse ».

Environs et mesures, Pierre Senges

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 11 Juin 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Gallimard

Environs et mesures, Le Promeneur Gallimard, 2011, 101 p. 15 € . Ecrivain(s): Pierre Senges Edition: Gallimard


Ce tout petit livre est un compromis entre précis de géographie et imprécis de cartographie imaginaire. Il raconte comment, du moins jusqu’au tout début du XXème siècle, des hommes – souvent plus « scientifiques » que poètes – ont tenté de situer dans le monde sensible des lieux aussi improbables et au moins aussi évanescents que le paradis, l’ultima Thulé, l’Atlantide ou la porte des enfers, les lieux d’errance d’Ulysse étant, peut-être, les plus faciles à repérer.

Au-delà de la mystique, du rêve, de l’imagination, cela démontre aussi comment l’homme, si sage ou si fou soit-il – ce qui revient parfois au même –, cherche à encadrer et, dans le même élan et le même temps, paradoxalement, à repousser les abords de l’autre, l’ailleurs, l’au-delà. L’altérité du « pays où l’on n’arrive jamais » ou d’où l’on ne revient jamais si tant est qu’on y soit arrivé, véritable trou noir, intervalle entre deux événements.

Sur le haschich, Walter Benjamin

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande, Christian Bourgois

Sur le haschich. 2011. Traduit de l’allemand par Jean-François Poirier. 128 p. 6 € . Ecrivain(s): Walter Benjamin Edition: Christian Bourgois


Il faut saluer la réédition des textes intitulés « sur le haschich » de Walter Benjamin par Christian Bourgois dans la collection «Titres ». Ces textes sont des notes prises par l’auteur ou par les participants aux protocoles, séances durant lesquelles la prise de drogue, haschich ou mescaline, avait pour but l’observation et la retranscription des effets sur la pensée.

Derrière la description parfois aride de ces effets, ou derrière quelques fulgurances dans la succession des images et des pensées, on ne peut occulter « la volonté de savoir » qui aura animé le philosophe. Non pas un simple savoir répondant à une légitime curiosité, (on ne peut pas ne pas penser à Baudelaire) mais un savoir qui s’inscrit dans le projet révolutionnaire pour lequel il veut mettre en œuvre les « terra incognita » de la pensée que peuvent révéler ces expériences.

On est loin, ici, de la consommation actuelle du haschich, qui correspond plus à une volonté de « rêver la vie plutôt que de la vivre », la révolution de Benjamin se fondant essentiellement sur le renversement d’un ordre établi, ordre qu’aujourd’hui on ne remet pas en question avec le haschich, mais qu’on oublie grâce à l’euphorie qu’il engendre.

Eros au pays de la balle jaune, Franck Evrard

Ecrit par Arnaud Genon , le Samedi, 21 Mai 2011. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Hermann

L’érotique du tennis, préface de Denis Grozdanovitch, 2011, 22 € . Ecrivain(s): Franck Evrard Edition: Hermann

Peut-être se souvient-on de la lettre T de L’Abécédaire de Gilles Deleuze où le philosophe conceptualisait brillamment les jeux de Borg et de Mc Enroe. Le suédois, affirmait-il, était le représentant des principes populaires, incarnait le style d’un tennis de masse (lift, fond de court, balle haute) alors que l’américain, autre grand créateur du monde de la balle jaune se faisait le héraut d’une pratique aristocratique car inimitable (art de déposer la balle). Le tennis, selon Deleuze, était donc avant tout un sport dans lequel se posait le « problème du style ».

Même si cette « problématique » est évoquée par Franck Evrard, l’angle d’approche théorique du tennis se situe pour lui ailleurs : dans son érotique1. Alors que ce sport a souvent été  le véhicule de « valeurs hygiéniques et éthiques » (p.15), il choisit de l’appréhender comme « un spectacle sexué qui séduit par sa monstration de corps dénudés, accessoirisés, qui trouble par l’ambiguïté de ses danses sensuelles » (p.17). Mais son analyse ne s’arrête pas là : « Si une érotique du tennis se fonde nécessairement sur les rapprochements réels ou métaphoriques entre Eros (et ses motifs comme l’amour, le désir, le corps ou la séduction) et l’univers du tennis, elle ne peut occulter la dimension littéraire de la fiction et de la représentation » (p.20).