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Essais

Verlaine emprisonné, Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier

Ecrit par Eddie Breuil , le Mercredi, 06 Mars 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Gallimard, Arts

Verlaine emprisonné, Musée des Lettres et Manuscrits et Gallimard, janvier 2013, 237 p. 29 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre Guéno et Gérard Lhéritier Edition: Gallimard

L’exposition présentée au Musée des Lettres et Manuscrits recouvre une période phare pour comprendre la poésie et la personne de Paul Verlaine. Son emprisonnement (après avoir tiré au pistolet sur Rimbaud) engendre une réflexion autant sur sa poésie que sur son rapport avec Rimbaud. Il va entre autre mûrir le projet du recueil Cellulairement, écrivant en prison quelques-uns des poèmes du recueil, les envoyant à Rimbaud, qui les recopie. L’exposition propose un ensemble important de documents, et le catalogue qui l’accompagne se présente ainsi comme un outil de première main pour toute personne s’intéressant à cette période, grâce à la reproduction (et donc la mise à disposition) de documents rares ou inédits, manuscrits, documents administratifs, etc.

Néanmoins, pour la confection du volume, quelques idées ont été mises en pratique : un texte courant où Verlaine est tutoyé (pour échapper apparemment au côté supposé « rébarbatif » du discours documentaire ou historicisant…) et des tentations d’élargir le sujet, notamment par des comparaisons (le poète en prison, etc.). Parmi les ouvertures proposées, on trouve une évocation de Jean Genet (p.26), on regrettera simplement qu’il n’ait pas été fait référence à la raison d’une des arrestations de Jean Genet : arrêté en mai 1943 pour avoir dérobé une édition de luxe des Fêtes galantes de… Verlaine.

Memento du franc-maçon, Guy Chassagnard

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 05 Mars 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pascal Galodé éditeurs

Memento du Franc-Maçon, 2012, 590 p. 25 € . Ecrivain(s): Guy Chassagnard Edition: Pascal Galodé éditeurs

 

Le titre de cet imposant ouvrage de 590 pages pourrait donner à penser qu’il s’agit d’un livre destiné aux seuls initiés, d’une sorte de catéchisme maçonnique qui ne serait pour les profanes qu’un texte occulte de plus sur les prétendus « mystères » de la franc-maçonnerie.

Il n’en est rien.

Le tour de force de Guy Chassagnard est d’avoir élaboré un document « tout public » sans tomber dans la vulgarisation sensationnelle de textes d’auteurs se vantant d’informer le lecteur, qu’ils présupposent naïf, sur la franc-maçonnerie tout en feignant d’en savoir beaucoup plus que ce qu’ils veulent ou peuvent en dire, et s’acharnant à envelopper d’une atmosphère d’occultisme des éléments qui ne sont secrets que de polichinelle.

La lecture de ce mémento sera sans aucun doute utile aux profanes qui ont la saine curiosité de s’informer sur les objectifs de la franc-maçonnerie, qui ont l’envie sans a priori de mieux connaître cette association d’hommes de bonnes mœurs, et qui souhaitent se défaire des préjugés, des clichés, de l’image volontairement fausse qu’en donnent régulièrement les médias.

La société du hold-up (le nouveau récit du capitalisme), Paul Vacca

Ecrit par Olivier Bleuez , le Lundi, 04 Mars 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Mille et une nuits

La société du hold-up (sous-titré le nouveau récit du capitalisme), novembre 2012. 160 p. 13 € . Ecrivain(s): Paul Vacca Edition: Mille et une nuits

 

 

Qu’est-ce qu’un hold-up et quelles sont les conditions qui ont permis l’apparition de ce genre de crime ? Voici comment débute cet essai sur ce que l’auteur va cerner au fur et à mesure du livre : la société du hold-up. Il a fallu la conjonction de deux choses pour l’apparition du hold-up : l’accumulation de richesses et la liberté individuelle. L’auteur, en passant par la description des grands casses et de l’influence réciproque entre cinéma et hold-up, arrive à notre époque et en conclut que « le braquage n’est plus ce qu’il était. »

Là se trouve le nœud du livre : certes le braquage n’est plus ce qu’il était mais il n’est plus là où on l’attend. Il se situe au niveau des puissances financières, des nouvelles techniques numériques, des lancements d’objets culturels : son mécanisme s’est généralisé au point d’infuser toute la société.

Ce que je crois, Jacqueline de Romilly

Ecrit par Guy Donikian , le Vendredi, 01 Mars 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Editions de Fallois

Ce que je crois, 160 pages, 16 € . Ecrivain(s): Jacqueline de Romilly Edition: Editions de Fallois

 

Certains livres sautent aux yeux dès les premières lignes. Tout se condense dans les premiers mots et tout reste à dire en raison même de ces  mots. Jacqueline de Romilly dans Ce que je crois, publié quelque quatre décennies après son écriture, donne au lecteur du 21ème siècle des sujets de réflexion que le temps n’a pas rendus désuets. Ce sont en effet les événements de mai 68 qui ont déclenché chez l’helléniste ce besoin de dire ce que son « amitié vieille de plusieurs décennies avec la Grèce Antique » a suscité comme questions à l’actualité d’alors, en 1974. Et les éditions de Fallois publient ce texte en 2012.

Des convictions d’abord, comme une antienne : « Je crois d’abord que la vie est belle et mérite d’être aimée. Cela ne veut pas dire que tout y soit rose. Mais ce qui me choque est que l’on n’en poursuive pas les beautés, obstinément ». Jacqueline de Romilly commence sa réflexion par ces belles phrases, en ajoutant qu’elle n’est pas de ces naïfs qui s’obstinent à ignorer la réalité. Elle a eu son lot de difficultés, et c’est précisément ce qui l’a conduite à éprouver autant de joie à vivre.

Précis de recomposition, Anne Teyssiéras

Ecrit par Grégoire Meschia , le Jeudi, 28 Février 2013. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie

Précis de recomposition, Editions de Corlevour, 2013, 96 pages, 18 € . Ecrivain(s): Anne Teyssiéras

 

Ça commence par la fin du monde et la découverte d’un Nouveau Monde, celui d’Anne Teyssiéras. Nouveau car éternellement renouvelé. Mais son univers, ses lecteurs le connaissent. Se consacrant à l’écriture dès 1958, elle a publié de nombreux recueils de proses poétiques dans un style particulier qu’on lui reconnaît. Comme point de repère pour ne pas se perdre dans son œuvre abondante, remarquons Golem, qui en 2000 a été considéré comme la synthèse et le faîte de ses créations poétiques. Elle continue d’écrire. Ecrire pour ne pas oublier, pour ne pas être oubliée. Ecrire pour vivre, pour montrer qu’elle est vivante. Ecrire pour créer mais aussi pour recréer.

Dans son Précis de recomposition, publié aux éditions Corlevour, elle recompose encore une fois son passé, le passé de tous par les mots : elle navigue entre ses expériences personnelles et de grands événements planétaires, comme el Descubrimiento par exemple. En réponse au Précis de décomposition de Cioran (mais aussi en relisant d’autres auteurs auxquels elle fait référence en notes), elle redonne vie à un territoire laissé en friche par le philosophe. Le présent chez elle est nécessairement lié à la mémoire et se constitue toujours par rapport à un passé qui n’est jamais très loin. Sa prose si poétique n’en est pas moins philosophique et difficile à décoder.