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Essais

La solitude des mourants, suivi de vieillir et mourir, Norbert Elias

Ecrit par Christophe Gueppe , le Mercredi, 02 Mai 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Titres (Christian Bourgois)

La solitude des mourants, suivi de Vieillir et mourir, quelques problèmes sociologiques, avril 2012, traduit de l’allemand par Sybille Muller, et de l’anglais par Claire Nancy, 2012, 119 p. 7 € . Ecrivain(s): Norbert Elias Edition: Titres (Christian Bourgois)

 

En quoi la mort constitue-t-elle un problème sociologique ? Nous mourrons seuls, dit-on, de même que nous vieillissons et que nous souffrons en nous-mêmes, sans que personne ne puisse éprouver à notre place ce qui nous touche. Si cela est partiellement vrai, cela n’empêche pas l’auteur de vouloir montrer en quoi la mort, notamment, rentre dans ce qu’il appelle un processus de civilisation, dont il prolonge l’étude ici.

Dans les sociétés modernes, nous pouvons en effet assister à ces scènes où des personnes âgées sont découvertes de nombreux jours après leur mort, dans un état de décomposition avancé, comme à la suite de la canicule de 2003 en France. Cette solitude des mourants, et des personnes âgées, est du même ordre que cette souffrance que la thérapie médicale cherche à atténuer au niveau technique, mais en ne s’intéressant qu’à nos organes. Or, ce n’est pas seulement un corps qui souffre, mais également la personne dans son ensemble, et dont la souffrance s’accroît, au niveau subjectif, de manquer de relations affectives pour l’accompagner dans cette souffrance.

L'urgence et la patience, Jean-Philippe Toussaint

, le Mardi, 01 Mai 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits, Les éditions de Minuit

L’urgence et la patience, Éditions de Minuit 2012, 107 p. 11 € . Ecrivain(s): Jean-Philippe Toussaint Edition: Les éditions de Minuit

« D’ordinaire, l’urgence préside à l’écriture d’un livre et la patience n’est que son complément indispensable, qui permet de corriger ultérieurement les premières versions du manuscrit ».

Au travers de différents petits récits, Jean-Philippe Toussaint nous fait voyager dans son univers, dans son parcours d’écrivain, mais peut-être et surtout dans sa vie tout simplement.

« J’ai oublié l’heure exacte du jour précis où j’ai pris la décision de commencer à écrire, mais cette heure existe, et ce jour existe… »

Dans la première partie de cet essai, il nous fait partager l’urgence et patience qu’il éprouve dans son travail d’auteur.

« L’urgence, qui appelle l’impulsion, la fougue, la vitesse ; et la patience, qui requiert la lenteur, la constance et l’effort. Mais elles sont pourtant indispensables l’une et l’autre à l’écriture d’un livre, dans des proportions variables, à des dosages distincts, chaque écrivain composant sa propre alchimie, un des deux caractères pouvant être dominant et l’autre récessif, comme les allèles qui déterminent la couleur des yeux ».

Mélancolique, moi ? Lettres à Malesherbes, Jean-Jacques Rousseau

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 01 Mai 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Zoe

Mélancolique, moi ? Lettres à Malesherbes, Zoé Editions, Collection « mini », 2012, 64 p. 4,50 € . Ecrivain(s): Jean-Jacques Rousseau Edition: Zoe

« Ô que le sort dont j’ai joui n’est-il connu de tout l’univers ? »

J.-J. Rousseau

 

Jean-Jacques Rousseau a écrit quatre lettres adressées à Malesherbes, rédigées entre le 4 et le 28 janvier 1762, aux travers desquelles il dépeint le bonheur qu’il a eu de savourer son exil à la campagne alors que la « société » le croyait malade. Rousseau s’est rapproché de son ami académicien qui n’a eu de cesse de le défendre avec « une droiture à toute épreuve ».

Après le Discours sur les sciences et les arts en 1750 et le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes en 1755, Voltaire ne s’est nullement privé en déclarant : « On n’a jamais employé tant d’esprit à vouloir nous rendre bêtes » et Diderot, plus lâche, s’est exprimé sur le sujet, par personnage interposé de l’une de ses pièces de théâtre : « L’homme de bien est dans la société, et il n’y a que le méchant qui soit seul ». Rousseau, quant à lui, tente de s’expliquer davantage sur les fondements de sa retraite dans La Lettre à l’Alembert sur les spectacles en 1758. Mais en vain. Il reste incompris.

Sexe et amour de Sumer à Babylone, Véronique Grandpierre

Ecrit par Guy Donikian , le Dimanche, 29 Avril 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Sexe et amour de Sumer à Babylone, mars 2012, 336 p. 8,90 € . Ecrivain(s): Véronique Grandpierre Edition: Folio (Gallimard)

 

La collection Histoire de Folio nous donne l’occasion de confirmer que la modernité de nos sociétés se situe bien du côté de la Mésopotamie, non seulement en raison de l’écriture cunéiforme que les sociétés qui s’y sont succédé ont adoptée, mais aussi pour l’organisation sociale qui prévalait et qui traduit le souci et la conscience aigüe qu’elles intégraient jusque dans l’intimité. Véronique Grandpierre, historienne, met à la disposition du lecteur une somme importante de données relatives à la conception qu’on avait du sexe et de l’amour il y a déjà 5000 ans dans cette Mésopotamie qui fut le lieu de tant de novations. C’est entre le Tigre et l’Euphrate que les dieux orientaient les comportements en la matière, faisant de la relation sexuelle un moment de plaisir dont naissent les hommes mais d’abord la végétation, les saisons…

« Et An (le Ciel), ce dieu sublime, enfonça son pénis en Ki (le Ciel) spacieuse

Il lui déversa du même coup au vagin la semence des vaillants Arbre et Roseau »,

Mais les dieux eux-mêmes ont des limites aux ardeurs qui les traversent comme Enlil, roi des dieux, qui cherche une compagne.

Langue française et poésie, Robert Notenboom

Ecrit par Valérie Debieux , le Mercredi, 25 Avril 2012. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Poésie, Le puits de Roulle

Langue française et poésie, 2012, 102 p. 10 € . Ecrivain(s): Robert Notenboom Edition: Le puits de Roulle

 

Robert Notenboom a donné une conférence au SIEL de Paris le 27 novembre 2011. Le verbatim de celle-ci figure en première partie de son ouvrage et le rappel des règles de la prosodie classique constitue la seconde.

L’auteur n’a, selon ses propos, pas hérité de la langue française, il a dû la conquérir, ce qui explique, sans doute, le profond attachement qu’il lui porte. Dans cet essai, il dépeint la langue de Molière, son histoire, sa nature, son vocabulaire, son orthographe, sa richesse vocalique, son rythme, son statut actuel entre « classicisme rassurant et verlibrisme délirant ». Il présente, avec bonheur et un souci marqué du détail, la langue française sous toutes ses facettes. Un peu à l’image d’un artisan travaillant la matière. Sa démarche, il l’explique en quelques lignes : « De même qu’un maçon doit connaître le sable et la chaux, ainsi que le maniement de la truelle, un ébéniste doit distinguer les différents bois, en connaître la dureté et la densité, maîtriser l’usage de la gouge et du maillet ; de même le poète doit-il connaître la langue qu’il a choisi de servir, être à l’aise avec sa grammaire, sa syntaxe et ce que l’on nomme communément la prosodie, à laquelle je préfèrerais donner le nom de rythmique ».