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Essais

Maxa, la femme la plus assassinée du monde, Agnès Pierron

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Vendredi, 04 Novembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres

Maxa, la femme la plus assassinée du monde, L’Entretemps, 2011, 377 p. 27 €. . Ecrivain(s): Agnès Pierron


Maxa, nom de guerre de Marie-Thérèse Beau, nom de scène de l’interprète principale du Grand-Guignol durant l’entre-deux-guerres. Nom à l’affiche de spectacles sanglants et d’un érotisme morbide. On la nomme « la Sarah Bernhardt de toutes les atrocités », « la Madone de l’horreur », « la Rachel de tous les martyres ». Colette notamment rend compte de ses interprétations. L’auteur retrace la carrière de cette actrice originale et oubliée. Maxa règne là où règne l’épouvante, dans ce théâtre des têtes coupées tant décrié et qui connut pourtant un succès fou. On peut y voir un lointain ancêtre du gore, les prémices de la Hammer.

L’essai inspiré d’Agnès Pierron nous transporte dans ce monde des spécialités : « au Grand-Guignol, on est dans les humeurs : sueur, sang, sperme ; à l’Enfer, on est dans le sec, dans le feu. Au cabaret du Néant, aussi, puisque les squelettes tombent en poussière. » Elle ranime ce peuple disparu où se pressent auteurs, metteurs en scène, artistes et directeurs de théâtre autour de la divine Maxa et de ses cris de gorge. A la fois, biographie, essai sur un genre théâtral et enquête personnelle, ce livre se dévore et nourrit le lecteur d’une multitude de références érudites et populaires ; les unes éclairant les autres, sans contradiction. Tout un art du contraste qui sied bien à cette figure singulière.

Beat Hotel, Barry Miles

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 30 Octobre 2011. , dans Essais, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, La rentrée littéraire, Le Mot et le Reste

Beat Hotel, trad. de l’anglais Alice Olatron, septembre 2011, 300 p. 23 €. . Ecrivain(s): Barry Miles Edition: Le Mot et le Reste

Generation B. Aujourd’hui, chacun se prend pour une grande star de la création artistique. Dit Jérôme Bourgeois. Sans doute se rappelle-t-il le mot de Warhol en 1968 : Dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale. Nous sommes, à présent, dans le futur. Et ce futur-ci est notre présent. Et Jérôme Bourgeois n’aura pas forcément droit ici à son quart d’heure.

Bien avant la X Generation, il y eut la Beat Generation. C’est Kérouac qui lança la formule en 1948.  Holmes en publia le manifeste dans le New York Times Magazine, le 16 Novembre 1952 : The origins of the word « beat » are obscure, but the meaning is only too clear to most Americans. More than mere weariness, it implies the feeling of having been used, of being raw. It involves a sort of nakedness of mind, and, ultimately, of soul ; a feeling of being reduced to the bedrock of consciousness. In short, it means being undramatically pushed up against the wall of oneself.

Le mouvement Beat est né contre les préjugés et le puritanisme américain d’après-guerre. Alcools, drogues et délires doivent être repensés en termes d’effets et non de causes. Produit par et surtout dans le Système (ici réhabilité…), le mouvement Beat est dépréciation revendiquée par ironie sur son sort, synchronisation et coïncidence, instantanés et connexions, arc électrique tendu en vécu expérimental et Universel historique.

Instants critiques. Le temps du refus IV, Michel Mourlet

Ecrit par Christopher Gérard , le Lundi, 26 Septembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions

Instants critiques. Le temps du refus IV, Ed. Alexipharmaque, 176 p., 20€ . Ecrivain(s): Michel Mourlet

 

Depuis bientôt cinquante ans, Michel Mourlet ferraille sans faiblir contre l’imposture aux mille faces ou, pour le citer, contre « la conjuration des trois T : Trissotin, Tartuffe et Torquemada ». Dès la fin des années 50, cet écrivain amateur de théâtre et de cinéma – théoricien, dans Présence du cinéma, du courant dit mac mahonien - livre ses premières escarmouches contre le snobisme d’avant-garde.

Sous le titre générique Le Temps du refus, trois recueils d’essais ont paru depuis 1976, L’Éléphant dans la porcelaine (La Table ronde), Crépuscule de la modernité (Trédaniel) et La Guerre des idées (France Univers), qui tous trois mettent en pièces les erreurs à la mode avec autant d’esprit que d’opiniâtreté. Aujourd’hui, c’est un quatrième volume, Instants critiques, qui paraît dans une maison dont l’enseigne, Alexipharmaque, définit à la perfection  l’esprit de l’éditeur comme celui de son nouvel auteur, puisque ce terme grec désigne le contrepoison. Près d’un demi-siècle de rébellion aristocratique contre la culture officielle trouve ainsi non une improbable conclusion – il reste du pain sur la planche et M. Mourlet a gardé des jarrets de mousquetaire -, mais un premier bilan, entre lucidité (« la liberté de parole, soit par censure hiérarchique, soit par autocensure, soit par abrutissement spontané, a été divisée par deux ») et optimisme, car cette église du néant se lézarde de jour en jour.

Douce orthodoxie, Vladimir Volkoff

, le Samedi, 10 Septembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, L'Âge d'Homme

Douce orthodoxie, Lausanne, 2011 . Ecrivain(s): Vladimir Volkoff Edition: L'Âge d'Homme

Bien que responsable d'une oeuvre déjà conséquente, Volkoff avait encore moult projets. Parmi ceux-ci un volume qui se serait intitulé Douce orthodoxie. Grâce au patient travail de Lydwine Helly il nous est donné aujourd'hui de tenir entre nos mains, non certes le livre projeté par Vladimir Volkoff mais du moins son « ombre portée », la « figure » d'outre-tombe de cet ouvrage non-fait...

La vie terrestre de l'écrivain s'est « éteinte » trop tôt. « Drôle » de conjonction, c'est l'année même où apparaît ce signe posthume d'une âme vivante que disparaît l'éditeur et ami de Volkoff... Conjonction encore il se trouve que, précisément, c'est à Vladimir Dimitrijevic que Volkoff avait emprunté la savoureuse expression de « douce orthodoxie », que l'éditeur, lui-même avait su extraire du titanesque roman Migrations de son compatriote Tsernianski...

Le langage mystique et codé des écrivains et des livres authentiques !

Composé de larges extraits des livres de V.V et de quelques très beaux indédits, la composition de ce livre singulier, met en relief la particulière profondeur des propos de l'écrivain... La douce saveur de la foi est le propulseur aussi bien que le but. Entre les deux c'est toute l'étendue du talent de Volkoff à évoquer les noires et lumineuses complexités des rapports humains.

Histoire naturelle de Selborne, Gilbert White

Ecrit par Didier Bazy , le Jeudi, 08 Septembre 2011. , dans Essais, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Le Mot et le Reste

Histoire naturelle de Selborne. Traduit de l'anglais (18°) par Nicole Mallet. 2011, 23€. . Ecrivain(s): Gilbert White Edition: Le Mot et le Reste


Traduite pour la première fois en français, l'histoire naturelle de Selborne est un monument. Il était grand temps de découvrir Gilbert White (1720-1789) en France. Car en Grande Bretagne c'est non seulement un classique mais Un des trois livres les plus publiés et réédités. L'hexagone est fermé, il faut le percer du dehors. Les Editions Le mot et le reste s'en occupe.

A première vue, deux séries de lettres destinées à deux savants britanniques. En fait, il s'agit bel et bien d'une grande et belle composition. Et le régime épistolaire nous implique et nous interpelle toujours.

Gilbert White est un pasteur érudit et curieux des choses naturelles. Selborne est un petit village isolé non loin de Londres. White observe, note, vérifie, expérimente. Sa méthode, originale pour l'époque, consiste à analyser les milieux naturels tels qu'ils se donnent et tels qu'ils changent dans le temps. Les plantes, les insectes, les asticots, les oiseaux, la terre, le tout dans cet espace de Selborne et au gré des saisons, voire du climat. Voici le pionnier de l'éthologie, un des premiers écologues modernes.